Le déséquilibre du désir sexuel dans un couple entraîne un «effet spiral» qui, entre autres, fausse les perceptions des conjoints quant à la fréquence attendue des ébats amoureux.

Quand l'un pourchasse l'autre sexuellement

La perception du désir sexuel de chaque conjoint peut être polarisée dans un couple. Quand l'un fuit les relations sexuelles de façon systématique et que l'autre le pourchasse, il se produit souvent un «effet spiral», selon le célèbre médecin sexologue William Masters. Que ce soit un homme ou une femme, celui qui essuie les refus répétitifs de son conjoint peut se sentir rejeté, non aimé et non désirable. Au début, il réagit d'abord en augmentant la fréquence de ses approches sexuelles dans l'espoir de regonfler son ego malmené. Cela applique malheureusement une pression sur le conjoint moins intéressé sexuellement qui se force alors pour répondre aux exigences de l'autre. À la longue, cela peut mener à des dysfonctions sexuelles et même à de l'aversion sexuelle.
La spirale s'accentuant avec le temps, le conjoint frustré peut s'imaginer à tort que l'autre l'aime vraiment peu. En conséquence, le «pourchasseur» peut développer de l'insécurité par rapport à son image corporelle, des problèmes d'estime de lui-même, de la dépression, de l'irritabilité et de la culpabilité. La relation du couple en souffrira et risquera de se détériorer. Typiquement, la distance s'installera sournoisement dans le couple. Les gestes quotidiens de tendresse diminueront progressivement, la communication se ternira et les habilités de résolution des problèmes du couple s'affaibliront.
Au fil des années, j'ai observé chez mes clients que cet effet spiral comporte une autre dimension, celle de la perception de plus en plus fausse que l'autre conjoint s'éloigne des attentes en matière de fréquences des relations sexuelles. Autrement dit, plus le conjoint «pourchasseur» s'avance sexuellement, plus il est perçu par l'autre comme ayant des besoins sexuels disproportionnés qu'il serait impossible de combler, comme s'il devenait un obsédé sexuel harceleur. Et inversement, plus le conjoint inhibé sexuellement fuit les relations sexuelles, plus il est perçu par l'autre comme une personne asexuée qui ne s'intéresse pas à la sexualité et qui est imperméable à la séduction, comme si elle devenait une personne frigide. Souvent dans ces cas-là, les deux conjoints en viennent à s'imaginer que leur vis-à-vis entretient des attentes de fréquences sexuelles diamétralement opposées aux leurs et restent donc campés chacun sur leurs positions. Ce qu'ils ignorent c'est qu'en réalité, non, le conjoint qui a plus de désir ne ferait pas l'amour trois ou quatre fois par jour, ni même chaque jour, si l'autre acceptait toutes ses initiatives sexuelles. Et ils ignorent aussi que la personne «inhibée» aurait suffisamment de désirs sexuels si elle ne se sentait pas obligée de livrer cette marchandise plus souvent qu'elle ne le désire spontanément.
Malheureusement, ce genre de tension peut gâcher le quotidien. Et chaque jour devient obsédant, le «pourchasseur» espérant toujours marquer enfin un point, tandis que la pourchassée souhaite éviter d'être harcelée. Typiquement, ces couples se touchent de moins en moins, fuient de plus en plus le contact visuel et s'adressent de moins en moins de paroles affectueuses. Le mari, disons que c'est lui qui désire le plus de relations sexuelles, s'approche-t-il qu'il est soupçonné de le faire avec des intentions sexuelles (perçues comme malveillantes!) et l'épouse s'avance-t-elle qu'elle est perçue comme une agace qui n'ira nulle part. La distance, la colère et l'amertume risquent de s'installer dans ce couple de façon permanente avec de graves conséquences. Quand l'un des deux en vient à dire «d'accord, je ne t'en reparlerai jamais plus...», il y a du danger dans l'air. Distanciation du couple, infidélité, dépression et séparation sont alors possibles.
Comment sortir de cette impasse? En comprenant mieux ce qui explique cette tension conjugale au sujet de la fréquence des relations sexuelles. Premièrement, dans tout couple, il y en a toujours un qui a plus de libido que l'autre. Autrefois, c'était généralement l'homme. Ce n'est plus systématique, loin de là, car l'inverse se trouve souvent maintenant, j'en suis témoin dans mon cabinet. Il faut donc trouver un modus vivendi qui respecte le rythme de chacun. Évidemment, j'exclus ici le retrait sexuel qui précède le divorce. Dans ce cas, la distance sexuelle a un autre sens, celui du désengagement progressif jusqu'à la rupture.
Mais quand les deux conjoints tiennent l'un à l'autre, la différence aiguë de désir sexuel reflète souvent une bataille de pouvoir. C'est souvent celui qui se sent traité en inférieur qui conteste son statut en faisant languir l'autre sexuellement. Souvent, le manque de désir sexuel exprime de la colère. Il y a beaucoup d'autres explications au manque de désir dans un couple. Je voulais attirer l'attention aujourd'hui sur l'erreur typique de perception mutuelle dans ce genre de situation qui est réversible.