Patrick Mathieu tente d'établir les mécanismes moléculaires impliqués dans la calcification des valves cardiaques.

Quand le coeur bat pour la recherche

Lundi matin, au bloc opératoire. Mardi, au laboratoire. Mercredi, en consultation. Voilà une routine que le chirurgien cardiaque Patrick Mathieu a vécue pendant plusieurs années, mais cela, c'était avant...
Aujourd'hui, le médecin chercheur au Département de chirurgie de la Faculté de médecine de l'Université Laval occupe la majorité de son temps à élucider les mécanismes de la calcification cardiovasculaire et de leurs liens avec le métabolisme. Plus précisément, il tente de trouver les mécanismes moléculaires impliqués dans la calcification des valves cardiaques.
«On s'intéresse surtout aux maladies qui attaquent les valves. Par exemple, la sténose aortique, une maladie qui est fréquente dans la population vieillissante», explique celui qui est chercheur au Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. «Si on regarde chez les gens qui ont 65 ans et plus, la prévalence, c'est-à-dire si on prenait 100 personnes, cinq auraient facilement cette maladie-là.»
Avec une prévalence de 5 % à 10 % chez la population âgée, cette maladie pourrait devenir bientôt une véritable problématique au Québec, surtout qu'on ne cesse de parler de vieillissement de la population.
Les facteurs de risques liés à la sténose aortique sont le diabète, l'obésité, l'hypertension et la dyslipidémie. Lors du développement de la sténose aortique, le tissu valvulaire entre dans un état inflammatoire et s'épaissit. Du calcium peut se déposer sur la valve, réduisant la souplesse des feuillets.
Les patients peuvent observer des symptômes comme des douleurs thoraciques, de la fatigue, des essoufflements, des étourdissements, des évanouissements ou des difficultés à l'exercice.
Aucun traitement médical
Aucun traitement médical n'est actuellement disponible pour vaincre la sténose aortique. Comme pour plusieurs autres maladies des valves cardiaques, le seul remède est de passer sous le bistouri.
«Il faut remplacer la valve qui est malade», indique le Dr Mathieu.
La bonne nouvelle, malgré le fait que les traitements sont très limités, c'est que les maladies des valves peuvent être diagnostiquées très tôt. «On utilise l'échocardiographie, des modalités d'imagerie chez le patient. Cela permet de diagnostiquer la maladie précocement», soutient le détenteur d'un doctorat de l'Université de Montréal, qui travaille sur cette problématique depuis plus de 10 ans. «Malheureusement, il n'y a aucun traitement qu'on puisse donner aux patients pour ralentir, voire même arrêter la maladie lorsqu'elle est au stade initial ou modéré.»
Les travaux de recherche du Dr Mathieu, qui sont «un travail d'équipe», ont pour but de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques afin de prévenir la calcification des valves cardiaques. Il s'agit donc de travaux mécanistiques qui pourraient un jour prévenir le développement des calcifications cardiovasculaires.
«Nous avons notamment identifié que le développement et la progression de la sténose aortique sont influencés par une famille d'enzymes et de récepteurs. Cette découverte ouvre des perspectives de traitement potentiel que nous évaluons actuellement. Nous aurons peut-être un jour un traitement pharmacologique pour certaines maladies valvulaires cardiaques», conclut le Dr Mathieu.
***************
L'amour... et la recherche
Il n'y a pas que de la recherche au laboratoire du médecin chercheur Patrick Mathieu... il y a aussi l'amour. Ablajan Mahmut, étudiant de nationalité chinoise au doctorat à l'Université Laval depuis deux ans et demi, étudie principalement l'axe des lipides sur le développement de la sténose aortique. Il travaille aujourd'hui au centre de recherche avec sa femme, Elnur, qui est présentement en congé de maternité. «Je voyage beaucoup, nous sommes venus ici pour connaître une différente culture et pour apprendre», soutient M. Mahmut, qui a obtenu son master en France, avant de venir s'établir dans la capitale-nationale.