La technologie a atteint des sommets de simplicité et les coûts permettent désormais au commun des mortels de partager du creux de la main les aventures en plein air, peu importe où elles se déroulent sur la planète.

Quand Facebook part à l'aventure

En cette époque moderne où les communications circulent à vitesse grand V, même l'aventure s'est fait rattraper. Sitôt imaginés, expéditions et voyages au long cours se vivent désormais sur Facebook ou Twitter, comme si autrement ils ne pouvaient exister. Les médias sociaux ont-ils ainsi atteint des frontières qu'il aurait été préférable de ne pas franchir dans l'univers du plein air?
Qui de mieux placés que les principaux acteurs de quelques-uns des projets d'aventure qui vous ont fait voyager dans nos pages ces derniers mois pour y réfléchir? En direct de l'Arctique, au coeur des Rocheuses, ou encore sur les routes du Mexique, ces aventuriers vous ont transportés avec eux grâce au numérique.
«Il est loin le temps des cartes postales et du téléphone...» observe François-Xavier Delemotte, de Rêve Nomade (revenomade.com). Actuellement à vélo à travers le monde avec sa femme Cécile et sa fillette Emma, âgée de sept ans, le Français d'origine offre une fenêtre grande ouverte sur leur singulière aventure, notamment grâce à Facebook et à un blogue.
«C'est une partie relativement importante de notre voyage, car cela nous permet de rester "connectés" avec d'autres : familles, amis, et tous ceux qui nous suivent et qui, par notre intermédiaire, voyagent un peu aussi», écrit le cycliste et grimpeur, alors qu'il se trouve actuellement au Mexique. «Depuis le début, l'une des raisons d'être présent sur les médias sociaux est aussi de rejoindre un auditoire plus large», souligne-t-il.
Delemotte, qui n'hésite pas à utiliser le Web pour l'aider dans la logistique du périple et pour provoquer des rencontres, estime à environ cinq heures par semaine le temps total qu'il consacre au «partage» de son aventure.
Une façon de combattre la solitude, car malgré les rencontres constantes, elles restent de courte durée. «Facebook compense partiellement ce manque, grâce à ces inconnus qui se prennent d'affection pour notre aventure et nous envoient des messages qui nous font beaucoup de bien.»
Une présence réconfortante qui a accompagné le quatuor du projet Karibu (projet-karibu.com). Pour Jacob Racine, Marie-Andrée Fortin, Sébastien Dugas et Bruno-Pierre Couture, la traversée du Québec de Montréal à Kuujjuaq en ski de fond n'aurait pas été la même sans cette «foule silencieuse, mais bien présente». 
Pour Dugas, cette présence était à accepter, à apprivoiser. «L'utilisation des médias sociaux dans les expéditions ouvre une porte qu'il faut savoir gérer si on ne veut pas en perdre le contrôle. Elle permet au monde extérieur de s'infiltrer là où, jusqu'à tout récemment, l'accès était complètement impossible.»
Selon le Rimouskois d'origine, l'impact de ce «juge et complice» peut être aussi bien psychologique que physique. «Une simple photo aimée ou commentée peut avoir une incidence directe sur les décisions prises sur le terrain. [...] Il faut donc faire attention à ne pas tomber dans la télé-réalité.»
Partis sans stratégie précise de communication, les Karibu comptaient sur une seule collaboratrice pour les tenir à jour et faire le relais sur la page Facebook. Une tâche vite devenue colossale. «C'était un beau problème», glisse cependant Jacob Racine.
Si c'était à refaire, il voudrait un contact plus direct avec le public. Quitte à y accorder davantage de temps et au risque de perdre une partie de cette «bulle d'expédition».
Car au-delà de la visibilité pour les commanditaires, il y a ce désir d'entretenir un lien avec les amoureux de l'aventure. «Plusieurs personnes nous ont suivies et nous ont partagé leur détermination dans leurs projets, leur engagement à s'entraîner, à changer quelque chose dans leur vie», se rappelle à son tour Marie-Andrée Fortin. «Ce volet de partage m'a apporté une fierté, un engagement envers toutes ces personnes.»
Bouée de sauvetage
Tout juste de retour d'un tour du monde à la voile en solitaire, le navigateur de Québec Sylvain Fortier (challengevertautourdumonde.com) s'est tourné naturellement vers les médias sociaux. «Étant donné qu'aucun média n'avait souligné son intérêt face à un suivi de mon périple, c'était le seul moyen de rejoindre le public.»
Budget oblige, Fortier n'utilisait qu'une radio à onde courte (HF) pour communiquer en mer. Malgré les limites du système, et grâce à un réseau de collaborateurs à terre, l'aventurier a très bien vécu avec l'absence de communications par satellites.
Cela ne l'a pas empêché de mettre à jour un carnet de bord Web trois fois par semaine. «Les médias sociaux m'ont demandé beaucoup de temps. Mais parfois, je me disais qu'ils me tenaient en vie aussi. Le fait de passer du temps à écrire pour donner des nouvelles à mes lecteurs me tenait occupé et probablement cela m'aidait à garder un équilibre entre les deux oreilles...»
Durant sa traversée du Canada en canot et en kayak, de Prince-Rupert à Québec, le duo formé de Déreck Pigeon et de Guillaume Normandin (Traverseecanada2013.com) racontait quant à lui ses aventures grâce à une balise satellitaire, quand il n'avait pas accès au réseau cellulaire ou au Wi-Fi.
«Si tu n'es pas sur les réseaux sociaux, personne ne va en parler», résume Déreck Pigeon. Par Facebook, ils ont su rejoindre les amateurs de plein air. Sans compter d'autres aventuriers. Comme les pompiers Sébastien Lapierre et Olivier Giasson, de Rêve de glace (revedeglace.ca). En effet, pendant que les kayakistes tentaient dans l'Arctique de faire la première traversée du Passage du Nord-Ouest en une seule saison, ils communiquaient par balises interposées avec Pigeon et Normandin.
Lapierre se souvient de ces encouragements reçus par satellites, alors que les deux expéditions se trouvaient à des milliers de kilomètres l'une de l'autre. Même enthousiasme quand ce fut au tour de la populaire rameuse océanique Mylène Paquette de saluer l'effort de Lapierre et Giasson... en direct de l'Atlantique!
D'ailleurs, grâce aux médias sociaux, la petite communauté d'aventuriers québécois n'a probablement jamais été aussi vivante qu'aujourd'hui.
Mais pour le navigateur Sylvain Fortier, il faut néanmoins demeurer vigilant. «Est-ce que les médias sociaux créent des contacts entre les êtres humains, ou bien ils les distancent car ils coupent les liens entre les corps par des écrans?
«Il faut faire attention et ne pas se laisser berner par les apparences...»