Les causes possibles des défaillances érectiles sont multiples.

Quand érection devient préoccupation

Monsieur Jean était de bien bonne humeur ce soir-là quand il est allé au lit après un bon repas bien arrosé. Et oups... «cela» ne marcha pas comme d'habitude. Il s'endormit alors dans l'inquiétude. Le lendemain, il n'avait qu'une idée en tête et c'était de se «réessayer» afin de vérifier si «cela» fonctionnait. Horreur! Encore un échec! Il n'en fallut pas plus pour que l'anxiété de la performance soit injectée dans son esprit. À partir de cet épisode, chaque relation sexuelle était un défi. Allait-il réussir à garder son érection? La hantise de l'échec lui donnait des sueurs froides. En conséquence, il devint de moins en moins enclin à initier une relation sexuelle au cours de laquelle il risquait de décevoir sa conjointe et de perdre la face.
Dans ce cas-ci, l'origine du malaise s'explique par l'alcool qui peut avoir cet effet momentané. Sans la panique qui s'en est suivi, Monsieur Jean aurait retrouvé sa vigueur habituelle. Je prends cet exemple pour illustrer les méfaits de l'anxiété de performance dans les relations sexuelles. Quand faire l'amour devient une préoccupation au lieu d'être un moment privilégié de plaisir et de communication, les problèmes s'accumulent. Quelle que soit l'explication de la défaillance érectile, c'est le sens qui en est donné qui compte le plus. Si Monsieur Jean et sa femme en concluent que c'est le début de la fin à cause de l'âge de Monsieur, leur attitude ne sera pas la même que s'ils relativisent la situation en comprenant que «cela» peut arriver à l'occasion sans que ce soit dramatique. Mais si Madame Jean en conclut que son mari ne la désire plus, elle développera du ressentiment envers celui-ci. Et si elle est déjà en colère contre lui pour d'autres raisons de leur vie quotidienne, il se pourrait qu'elle le dénigre en son for intérieur et même qu'elle lui en tienne rigueur ouvertement.
En fait, les causes possibles des défaillances érectiles sont multiples. Avec l'âge, l'incidence de facteurs physiques et médicaux est plus grande. Mais plus l'homme est jeune, plus les chances sont grandes que l'explication soit purement psychologique. Quand on parle de facteurs psychologiques, on renvoie à l'histoire personnelle de l'homme, à ses conflits internes ou à sa relation interpersonnelle avec sa compagne. Il peut être anxieux. Il peut être déprimé. Il peut être stressé. Il peut manquer d'affirmation au point de faire l'amour quand il ne se sent pas dans cet état d'esprit. Il peut être en colère contre sa compagne. Il peut ne pas la désirer en telles circonstances particulières. Il peut être ambivalent envers elle. Il peut vouloir se désengager. Il peut être impressionné par elle ou mal à l'aise avec elle. Il peut se sentir coupable. Etc. La liste des possibilités est longue. Et il faut reconnaître que la faible libido peut être l'explication, ce qui débouche alors sur une autre histoire.
Mais quelle que soit la cause de la dysfonction érectile, si l'homme avait l'habitude de bien fonctionner avant l'apparition de celle-ci, le meilleur remède est de redécouvrir le plaisir du contact intime en reléguant en arrière plan la «performance». Cela est bien beau, vous allez me dire, mais comment y parvenir? Une façon qui fonctionne souvent fort bien, c'est d'abandonner temporairement «l'objectif» de la pénétration en se l'interdisant. Les relations sexuelles consistent alors à se caresser et à se donner des orgasmes mutuels sans pénétration. Certains couples découvrent alors des façons de faire qu'ils avaient ignorées auparavant et y prennent grand plaisir. Il est en effet beaucoup plus rare que l'érection ne soit pas au rendez-vous quand le pénis est stimulé autrement que par la pénétration. Au cours de ma carrière, j'ai assisté beaucoup d'hommes et de couples aux prises avec de telles situations transitoires de difficultés érectiles en leur proposant cette approche qui fonctionne généralement bien.
Mais l'intervention thérapeutique dans de telles situations est plus profonde que de simples conseils sur les façons de s'y prendre, car les attitudes et les sentiments des deux conjoints du couple sont impliqués et ont avantage à être travaillés. Cela est tellement vrai qu'il est recommandé même aux hommes qui utilisent le Viagra, le Levitra ou le Cialis de suivre une thérapie psychosexuelle(1).
En réalité, ce qui compte le plus dans les relations sexuelles, ce n'est jamais la perfection de la mécanique, mais c'est plutôt le plaisir d'être ensemble et le plaisir de se donner du plaisir mutuellement. Il y a plusieurs façons de le faire. La pire attitude est de se déprécier si cela ne fonctionne pas selon les normes.
(1) A. BURNETT. Erectile Dysfunction: Science and Medicine, Annual Review of Sex Reseach, vol. XVII, 2007.