Publicité trompeuse

Verra-t-on un jour les élus cesser de traficoter la vérité à des fins électorales? Probablement pas, mais ce n'est pas une raison pour fermer les yeux. Samedi, le gouvernement Marois a acheté de la publicité pour annoncer sa décision d'investir 115 millions $ dans une prise de participation à l'exploration pétrolière dans l'île d'Anticosti. La nouvelle avait déjà fait la page couverture des journaux vendredi, mais le gouvernement a cru utile - ou payant électoralement - de s'acheter une pub à nos frais samedi. Une dépense qui ne sera pas imputée au budget de la campagne électorale du Parti québécois.
Je n'aime pas ce genre de gaspillage des fonds publics, mais j'ai l'habitude. Tous les partis au pouvoir le font. Ce qui me révolte, c'est quand on en profite pour tripoter la vérité, à même nos impôts. Le message de samedi nous disait que le Québec reprend ses droits sur les ressources naturelles en participant à l'exploration pétrolière sur Anticosti, et qu'il s'engage à le faire de façon sécuritaire et respectueuse de l'environnement. Jusque-là, ça va.
Mais là où ça ne va pas, c'est quand la pub ajoute que «les Québécois pourraient envisager de possibles retombées économiques de 45 milliards $ sur 30 ans». Je comprends qu'on écrit ça au conditionnel, mais quand même. Personne n'est en mesure de faire de telles prédictions pour le moment. Les chiffres mirobolants avancés jusqu'à maintenant par les promoteurs n'ont jamais été démontrés.
Sur le site de l'Office de la protection du consommateur, on peut lire qu'un «message publicitaire contenant des renseignements faux, trompeurs ou ne présentant pas toute la vérité est illégal». Peut-on prétendre que la publicité gouvernementale présente toute la vérité? Pas du tout. Une telle pub serait probablement dénoncée par l'Office de la protection du consommateur si elle était le fait d'une entreprise privée.
Soucieux de redorer son image économique, le gouvernement Marois a fait deux annonces controversées la semaine dernière : le projet d'une cimenterie à Port-Daniel, et le feu vert à l'exploration pétrolière dans l'île d'Anticosti. Dans les deux cas, la première ministre a insisté sur la participation d'Investissement Québec. Ça fait sérieux, Investissement Québec. Mais il faut bien comprendre que dans les deux cas, la participation financière de Québec est une décision politique et non d'Investissement Québec. L'organisme ne fait qu'exécuter le mandat qu'on lui a donné. Pour ce faire, il gère l'enveloppe budgétaire du Fonds de développement économique, dont les décisions d'investissement ne sont pas soumises au conseil d'administration d'Investissement Québec. Cela ne veut pas dire que les décisions sont mauvaises, mais elles demeurent politiques. Or, les décisions politiques impliquant des centaines de millions de dollars juste avant les élections, c'est dangereux.
Transparence, qu'ils disaient...
Lorsqu'ils étaient dans l'opposition, les péquistes promettaient la transparence. Maintenant qu'ils sont au pouvoir, ils déposent un budget jeudi, juste avant la relâche des travaux parlementaires pour une période de deux semaines. Ce qui leur évitera d'avoir à expliquer leurs décisions budgétaires à la période de questions. À la reprise des travaux de la chambre, le 11 mars, si reprise il y a, le gouvernement déclenchera des élections. Vous avez des questions sur le budget? Oubliez ça, d'autant plus que les crédits budgétaires, c'est-à-dire les budgets de dépenses des ministères, qui sont normalement publiés en même temps que le budget, ne seront pas dévoilés jeudi. C'est habile comme stratégie, mais pour la transparence, il faudra repasser.