C'est une question «de principe» qui a jusqu'ici empêché Michel Rivard de franchir la frontière publicitaire...

Pub, principes et chèques de paie

Écrire des chansons qui marquent l'imaginaire, ça attire les fans... Mais aussi les publicitaires. Au fil des ans, Michel Rivard aurait pu vendre Ginette, La complainte du phoque en Alaska ou Seulement qu'une aventure d'Offenbach, dont il a signé les paroles. «J'ai toujours refusé... et j'ai refusé de très beaux chèques!» lance-t-il.
Le chanteur n'a rien contre les artistes qui s'adonnent à des emplois «alimentaires». Il admet sans gêne que son rôle de prof à Star Académie en était un. «C'était des années où je ne faisais pas de shows et oui, je voulais gagner ma vie, confirme-t-il. Les gens s'imaginent que parce qu'on entend une toune à la radio, l'artiste est riche et qu'il n'a pas à s'inquiéter de comment il va payer son hypothèque...»
Quand une chaîne de rôtisseries a voulu Ginette, Beau Dommage a refusé. Et c'est une question «de principe» qui a jusqu'ici empêché Michel Rivard de franchir la frontière publicitaire... Même s'il concède avoir presque fléchi lorsqu'un réalisateur respecté l'a approché. «Jean-Claude Lauzon qui m'appelle chez nous... Je me voyais déjà au cinéma!» raconte-t-il candidement. Ce n'est pas un rôle au grand écran que le cinéaste avait pour lui, mais la demande d'inclure La complainte du phoque en Alaska dans une campagne pour Bell Canada. Le chanteur admet que la capsule, qui montrait un père dans une cabine téléphonique en train d'endormir son enfant à l'autre bout du Canada, était «un beau produit. J'étais torturé, explique-t-il. J'y ai pensé toute la nuit et j'ai refusé. Je me disais que chaque fois que j'allais chanter cette chanson, les gens auraient en tête des images de Bell Canada.»
À un autre moment, il a opposé un refus catégorique lorsqu'on a réclamé Seulement qu'une aventure pour une pub de McDonald's. Une position qu'il a presque regrettée, plus tard, lorsqu'il a appris que ses mots n'auraient pas figuré dans l'annonce. Surtout que le compositeur de la musique, John McGale, lui en a voulu parce que le cachet associé au contrat lui aurait à l'époque offert un coup de pouce bienvenu.
«Je ne veux pas jouer au chevalier, assure Michel Rivard. C'est mon principe à moi. Bob Dylan l'a fait, Karkwa l'a fait, Claude Léveillée aussi. Il y a plein de gens qui l'ont fait, et ça ne m'a pas empêché de continuer à respecter leur oeuvre. Ils l'ont fait parce qu'ils en avaient besoin. Claude Léveillée, il l'avait dit publiquement que ça lui avait fait de quoi de donner Frédéric à McDonald's.»
S'il ne juge pas, Rivard n'a pu s'empêcher de sourciller en entendant Engagement de Robert Charlebois dans une publicité de magasins de vêtements. «C'est la toune qui faisait danser la contre-culture, note-t-il. C'est rendu que ça annonce L'Aubainerie. On est rendus là, faut croire...»
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Chiffres et des cordes
Des guitares, Michel Rivard en possède plusieurs. En entrevue, il refuse de chiffrer l'inventaire de sa collection. «J'en ai plus que j'en ai besoin pour gagner ma vie», avance-t-il simplement. Les nombres, il les garde plutôt pour dater ses acquisitions. Sa plus ancienne le dépasse en âge, puisqu'elle a été fabriquée dans les années 30. «Mais la plus vieille que j'ai achetée neuve date de 1975, précise le musicien. Je l'ai achetée pour remplacer celle avec laquelle j'avais composé toutes mes tounes de Beau Dommage.» Ledit instrument a été volé dans sa voiture, stationnée la fenêtre ouverte dans le Vieux-Montréal. L'artiste, qui justifie toujours ses achats de guitares en se disant qu'il y a «une toune ou deux de cachées dedans», s'en mord encore les doigts...
La première et la dernière
Enfant, Michel Rivard a appris la musique sur une guitare «achetée pour 20 $ au Miracle Mart». Il raconte avoir joué de cette première complice jusqu'à la briser. La dernière, elle, n'a pas de prix à ses yeux. Elle s'est jointe tout récemment à sa collection, façonnée par le luthier montréalais Pierre Laporte. «C'est mon ami, c'est lui qui répare mes guitares depuis des siècles, raconte Rivard. Il m'en avait déjà fait une que j'ai revendue avec son accord parce que ce n'était pas exactement ce que je voulais. Mais là, on a choisi le moindre morceau de bois ensemble. J'ai photographié toutes les étapes, le gossage de chaque petit morceau. Je sais exactement comment elle est faite en dedans. On a choisi ensemble les bois, les couleurs, la décoration. C'est une pièce unique qui est le fruit de son artisanat de haut niveau et de mes goûts à moi. Elle est très personnalisée et très précieuse aussi.»
De l'importance du bois
Michel Rivard aime bien dire à la blague qu'il est «du genre à regarder des revues de guitares toutes nues. J'achète des magazines juste pour les regarder», avoue celui qui dit connaître l'influence de certaines essences de bois sur les sonorités. Pour sa nouvelle six-cordes, il dit avoir voulu trouver un son «qui pouvait ressembler à une vieille Gibson... Mais j'avais le goût d'encourager mon chum luthier, explique-t-il. On est parti de cette idée et Pierre Laporte m'a proposé des bois». Il a opté pour l'acajou et pour l'épinette dite bear claw - à cause des motifs qui y sont imprimés naturellement -, choisie pour la table d'harmonie. «Quand il vente pendant des années dans la même direction, l'arbre va se tordre, décrit-il. Ça ne change rien au son, c'est juste que je trouvais ça cute.» Le bois a été bûché en Colombie-Britannique par un Gaspésien. «Lui, il récupère de grosses épinettes qui sont tombées d'elles-mêmes. Aucun arbre n'a été tué pour produire ce bois-là», se réjouit Michel Rivard.
Toujours à ses côtés
Michel Rivard n'a pas habitué ses fans à un rythme de production effréné : neuf albums (dont une relecture symphonique de ses chansons) ont jalonné son parcours en solo depuis 1977. «Mais même quand je prends du repos, j'ai toujours une guitare avec moi. J'écoute de la musique, j'ai toujours quelque chose pour enregistrer pas loin», confie l'auteur-compositeur-interprète. Pour lui, laisser glisser six ou sept ans entre deux albums faisait partie du processus de création. «C'est le temps que ça prenait pour vivre autre chose. Je ne me dis pas que j'aurais pu en faire plus, parce que je ne sais pas ce que j'aurais dit. Chaque album est arrivé avec son bagage d'expériences à traduire», évoque celui qui espère maintenant accélérer un peu la cadence. «C'est un entonnoir, observe l'artiste de 62 ans. Si j'attends encore huit ans avant de sortir un disque, il ne m'en restera plus beaucoup à faire. J'ai le goût de me mettre des délais plus courts...»