La jument était couchée sur le côté dans un box très sale, empli de crottin, sans eau ni foin ni autre nourriture.

Protection des chevaux: le MAPAQ intervient

L'étau se resserre autour des propriétaires de chevaux négligents. Pour la première fois depuis qu'il en a reçu le pouvoir en mai 2012, le ministère de l'Agriculture a saisi sept chevaux en Outaouais vendredi. «Ça va montrer qu'il n'y a plus de niaisage», se réjouit la présidente de l'Association québécoise de protection des chevaux Le refuge de Galahad, Chamie Cadorette.
Il y a longtemps que les amis des chevaux piaffent devant l'apparente inaction du Ministère lorsqu'il s'agit de protéger l'espèce équine. L'intervention de vendredi auprès d'un propriétaire négligent et récalcitrant est toutefois perçue comme un tournant par le seul organisme communautaire entièrement dévoué à cette cause.
Pour la présidente de Galahad, Chamie Cadorette, l'intervention en Outaouais constitue une avancée certaine dans la prise en charge du bien-être équin. «Souvent, dit-elle, des propriétaires nous disaient "Je m'en fous" parce qu'ils ne croyaient pas au sérieux des interventions du Ministère.» Désormais, croit-elle, ils sauront que celui-ci est en mesure de prendre des mesures sévères.
Au ministère (MAPAQ), la vétérinaire Nathalie Canac-Marquis n'a pas voulu se prononcer lundi sur le fait qu'il a fallu près de deux ans pour en arriver à une intervention aussi musclée, mais a expliqué au Soleil qu'une saisie animale repose sur un processus complexe et délicat.
Le Ministère procède par gradation et vise avant tout à responsabiliser les propriétaires, dit celle qui est directrice adjointe de la direction Santé et bien-être des animaux. La première des étapes consiste généralement en un avis de non-conformité, lequel n'est assorti d'aucune sanction. Si, par la suite, le propriétaire ne suit pas les recommandations, il reçoit un avis d'infraction qui est acheminé au ministère de la Justice, lequel décidera si des poursuites peuvent ou doivent être intentées et des amendes imposées.
«Il faut faire la preuve devant un juge [qu'un propriétaire] n'a pas voulu se conformer [aux recommandations], ce qui n'est pas simple», explique la professionnelle.
Les leçons de Manseau?
La saisie de l'Outaouais survient quelques semaines seulement après qu'un cas de négligence grave a mené à la mort de deux chevaux à Manseau. Les animaux sont carrément morts de faim et de soif, et ce, bien qu'une vétérinaire du MAPAQ ait été appelée sur les lieux deux semaines plus tôt.
Est-ce que cette situation malheureuse a incité le Ministère à être plus vigilant? Pas du tout, rétorque Nathalie Canac-Marquis, qui assure qu'une meilleure prise en charge des chevaux était déjà amorcée, notamment avec la création d'un comité qui fera bientôt des recommandations comme cela a été fait en 2009 avec les chats et les chiens. «On était rendu là», dit-elle simplement à propos de la saisie de vendredi.
Il n'en reste pas moins que depuis les événements de Manseau, les canaux sont devenus plus fluides entre le Ministère et l'organisation communautaire.
Galahad, qui regroupe une quarantaine de bénévoles qui sont également des professionnels du milieu équin, fait de la sensibilisation auprès des propriétaires négligents pour les inciter à modifier leur comportement. Lorsque celui-ci ne s'améliore pas, l'organisme porte plainte au MAPAQ, mais n'a pas toujours senti dans le passé que la réaction était à la hauteur des situations dénoncées.
La semaine dernière, il disait au Soleil vouloir être davantage impliqué. C'est ce qui s'est produit vendredi, puisqu'il a été appelé par le Ministère pour assurer le transport et le confort des chevaux saisis.
Mme Cadorette dit préférer maintenant regarder en avant avec les collaborations à venir plutôt que de revenir sur le cas de Manseau.
Pour sa part, Louise Branchaud, qui suit de près les interventions du MAPAQ depuis que des chevaux sont morts sur l'île d'Orléans en 2011 (voir le site de veille citoyenne Tenir promesse,  www.tenirpromesse.org), se montrait lundi un peu ambivalente. Heureuse qu'une action concrète ait été posée, elle craignait néanmoins qu'il ne s'agisse que d'un «exercice de relations publiques».