La jument était couchée sur le côté dans un box très sale, empli de crottin, sans eau ni foin ni autre nourriture.

Protection des chevaux: l'association Galahad veut être plus impliquée

L'Association québécoise de protection des chevaux Galahad, qui offre l'accès à un réseau de 110 refuges temporaires ou permanents à travers la province, souhaite être impliquée de plus près dans les situations de négligence pour éviter que des situations dégénèrent comme à Manseau où deux chevaux sont morts de faim et de soif au début du mois.
Galahad est formée d'une quarantaine de bénévoles qui sont tous également des professionnels du monde équin. L'organisation (www.lerefugedegalahad.com), la seule consacrée au bien-être équin au Québec, intervient pour favoriser l'adoption de chevaux (environ 150 par année) dont les propriétaires ne peuvent plus s'occuper pour diverses raisons : déménagement, divorce, manque d'argent; elle est aussi appelée parfois pour des cas de négligence.
«On va sur place et on sensibilise les propriétaires aux bons soins à donner. Et quand ça ne fonctionne pas, on appelle le MAPAQ [ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, qui a pour mandat d'intervenir en vertu de la loi]», explique la présidente du conseil d'administration, Chamie Cadorette.
Celle qui a été entraîneuse en équitation pendant 25 ans dit souhaiter que les citoyens fassent davantage appel à son organisme lorsqu'ils sont témoins de situations problématiques. Par sa façon d'intervenir, Galahad sauve de nombreux chevaux en aidant les propriétaires à en prendre soin plutôt qu'en leur remettant simplement un constat d'infraction, avance-t-elle.
Au MAPAQ de sévir
Lorsque la négligence ou la maltraitance persiste, elle précise toutefois qu'il revient au MAPAQ d'appliquer la loi. Elle maintient d'ailleurs ce point de vue même si l'action gouvernementale à Manseau semble avoir été déficiente.
Elle ne cache pas avoir été extrêmement choquée par cette situation et l'a fait savoir dans une lettre au ministre responsable François Gendron et aux personnes impliquées dans la table de concertation mise sur pied par le Ministère il y a quelques mois, justement pour mieux faire face aux plaintes concernant les chevaux.
Ce n'est que depuis mai 2012 que les chevaux sont officiellement protégés par la loi P-42 sur la protection sanitaire des animaux, au même titre par exemple que les chiens et les chats. Le ministre a créé un comité d'experts - dont Mme Cadorette fait partie - pour trouver des solutions à l'augmentation des plaintes qui a suivi cette modification. C'est cette initiative qui lui fait croire en une réelle volonté de l'État d'améliorer le sort des chevaux, et ce, malgré ce qui s'est produit à Manseau.
Elle croit d'ailleurs que cette situation a secoué bien des gens au Ministère et devrait stimuler des changements dans les façons de procéder.
Selon Chamie Cadorette, le MAPAQ n'a jamais fait appel au réseau de refuges Galahad bien qu'il connaisse son existence. «Soit ils ont leurs propres refuges [ce qu'elle ignore], soit ils n'ont jamais fait de saisies», suppute-t-elle. Vendredi, Le Soleil n'avait pu obtenir de réponse à ce sujet.
Période de rodage
Le président de l'Association des vétérinaires équins du Québec, le Dr Jean Bernier, partage en quelque sorte l'opinion de Mme Cadorette. Selon lui, la prise en charge des chevaux par les inspecteurs du MAPAQ est récente et encore en période de rodage, mais représente malgré tout une amélioration par rapport au passé. «Il y a 10 ans, c'était le désert en ce qui regarde le bien-être des chevaux.»
Comme le médecin vétérinaire Denys Frappier qui a euthanasié un des deux chevaux de Manseau parce qu'il ne pouvait plus être sauvé, il croit que la professionnelle du Ministère aurait dû demander l'aide d'un praticien expérimenté en constatant la piètre condition des deux bêtes le 19 décembre.
Ce devrait être la façon de faire selon lui lors des cas majeurs, qui demeurent malgré tout occasionnels.