Projet de cimenterie à Port-Daniel: le montage financier divise les partis

Le projet de cimenterie à Port-Daniel divise les candidats de Bonaventure aux élections québécoises. C'est principalement le montage financier nécessitant un fort engagement du bras financier de l'État qui irrite la Coalition avenir Québec et Québec solidaire.
Pour une rare fois, le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral s'entendent sur un point, en apparence du moins, et c'est la cimenterie. Le député sortant du PQ Sylvain Roy est d'accord tant avec le principe de construire une cimenterie à Port-Daniel qu'en ce qui a trait à l'offre de 450 millions $ d'Investissement Québec et de la Caisse de dépôt et placement du Québec, offre que son rival libéral Damien Arsenault approuve.
Sylvain Roy assure que la cimenterie répond à un besoin de création d'emplois, surtout dans une MRC, celle du Rocher-Percé, qui vit une situation de précarité économique depuis la fermeture de la papeterie Gaspésia de Chandler en 1999.
Il parle même d'une question «de santé publique» parce «qu'une meilleure situation économique est l'un des déterminants de la santé».
Au sujet de l'approbation du projet par Québec sans que le projet de 1 milliard $ ait été débattu devant la population devant une instance neutre comme le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, il répond savoir «que ça crée des discussions [...] Le permis a été émis avant telle date et la réalité, c'est que pour l'environnement, les règles ont été suivies. Ça correspond aux attentes du ministère, attentes qui sont claires [...] Je fais confiance aux fonctionnaires du ministère».
>Damien Arsenault, qui a été député de Bonaventure de décembre 2011 à septembre 2012, appuyait le projet à l'époque, et il exprime la même confiance pour les employés du ministère de l'Environnement qui ont fait l'évaluation de la future usine que pour les analystes d'Investissement Québec et de la Caisse de dépôt et placement.
«On espère que tout a été fait dans les règles de l'art pour que ce projet-là aille de l'avant le plus vite possible», résume-t-il.
Apporter des précisions
Vendredi toutefois, Sylvain Roy a sommé Damien Arsenault de préciser sa position sur la cimenterie, surtout à la lumière de propos tenus le 4 février par le député libéral de Louis-Hébert, Sam Hamad, qui n'en revenait pas de l'appui conféré par l'État, alors qu'il n'y avait «pas de nouvelles qu'on va consommer plus de ciment au Québec. [...] J'ai pas vu d'études économiques en faveur du projet. [...] On n'a pas vu rien d'autre qui justifie un investissement [...].Je ne sais pas comment on peut s'aventurer dans un projet comme ça».
M. Arsenault rappelle avoir publié un communiqué au lendemain de l'annonce du 31 janvier, dans lequel «je félicitais tout le monde ayant participé à ces négociations. C'est très malhabile de sa [M. Roy] part».
Lors de la campagne de 2012, Jean-Marc Landry, de la Coalition avenir Québec (CAQ), exprimait son appui pour la cimenterie, «pour les 150 ou 400 emplois, selon la source, qu'elle créera».
Il ne voit pas de contradiction entre ce point de vue et le fait que son chef, François Legault, ait pourfendu l'entente d'appui de 450 millions $ annoncée le 31 janvier par la première ministre Pauline Marois.
«François Legault a dit à Gaspé que l'entente serait respectée dans un gouvernement de la CAQ. Mais quand on regarde le montage financier, on réalise que les montants engagés par les différents organismes gouvernementaux sont extrêmement importants [...] surtout dans un contexte de surcapacité de l'industrie [...] Plus on regarde le montage financier, plus on constate que la participation du groupe Beaudier, donc privée, est moins importante qu'anticipée», souligne M. Landry.
Patricia Chartier, du Québec solidaire, n'aurait pas écarté le projet d'emblée, mais l'absence de processus d'évaluation publique, la combustion de coke de pétrole pour alimenter les fours à ciment et la taille du projet, avec une production prévue de 2,2 millions de tonnes par an, le disqualifient.
«On ne connaît pas l'impact du projet sur les pêches commerciales, sur le tourisme et sur l'agriculture [...] Et 450 millions $ de fonds publics, c'est exagéré. On devrait prioriser d'autres enjeux, comme le chemin de fer. La cimenterie n'entre pas dans les technologies que nous voudrions voir se développer dans la région», dit-elle.