Programme EVAQ : naître dans le ciel

À Kuujjuaq, un prématuré doit naître. Afin d'assurer sa viabilité, le seul avion-hôpital du gouvernement provincial évacue la mère vers Québec. Soudain, Paco veut voir le jour. Mais en faible altitude, les turbulences sont trop fortes pour un accouchement. Un contrôleur aérien détourne alors les avions en haute altitude, pour permettre à l'avion-hôpital de prendre leur place. Quelques minutes plus tard, Paco naît dans le ciel, comme un ange.
De tels patients, le programme Évacuations aéromédicales du Québec (EVAQ) en transporte 3700 par an. Même en 2008, plusieurs villages du Québec comme Kuujjuaq ne sont pas reliés par la terre. Ce service permet donc au ministère de la Santé et des Services sociaux de remplir sa mission en offrant à tous les Québécois malades un transfert rapide et sûr, mais surtout, un accès à des soins de qualité.
Avant 1981, le gouvernement transportait 300 patients par an, mais dans des conditions sommaires, raconte le Dr Pierre Fréchette. Dans les années 70, des médecins réquisitionnaient les avions gouvernementaux qui n'étaient pas équipés médicalement. Il a donc créé EVAQ en 1981, en ajoutant à la flotte du gouvernement un avion-hôpital, équipé comme une unité de soins intensifs et supervisé par un médecin et deux infirmières.
Mais jusqu'en 2000, des médecins en région exigeaient aussi d'évacuer des cas non urgents. Ainsi, le dr Fréchette a mis sur pied un service de navette sans médecin, mais avec deux infirmières.
Aujourd'hui, le programme EVAQ compte quatre avions, un service privé de navette ayant été ajouté pour les cas stables. Il dispose d'un budget annuel d'un million de dollars et emploie 21 médecins et 15 infirmières, qui sont formés à l'hôpital de l'Enfant-Jésus, responsable du programme. Il s'agit de la seule formation en soins aéromédicaux avec celle des Forces canadiennes.
EVAQ : plus qu'une panacée
Pierre Fréchette, fondateur et directeur médical d'EVAQ, nie qu'il s'agisse d'une panacée. Un chirurgien à Kuujjuaq serait futile. Il ne pratiquerait pas assez d'interventions pour maintenir son niveau d'expertise. «Même avec des milliards investis dans les soins de santé en région, ce service existerait», affirme-t-il.
EVAQ évite aussi d'alourdir le système de santé avec des cas qui deviendraient urgents s'ils n'étaient pas traités. De plus, un cas de vie ou de mort coûte 7000 $ à évacuer avec l'avion-hôpital, tandis qu'un cas stable coûte 2000 $ avec une navette.
Pour répondre aux besoins spécifiques de chaque malade, le gouvernement a plutôt investi dans l'observation clinique avec une dizaine de recherches. Depuis 1981, EVAQ a su adapter ses soins de santé aéromédicaux à un environnement hostile : variations de pression, turbulences, altitude, etc.
«Mais on n'a pas effectué beaucoup de recherches en 27 ans. La masse critique de patients n'est pas assez importante pour tirer des conclusions», explique Pierre Fréchette.
Néanmoins, il aimerait d'ici un an chiffrer la tolérance des patients à la pressurisation «pour déterminer à quelle altitude maximale voler pour dépenser moins d'essence».
Pour réduire les coûts, le Dr Fréchette souhaite remplacer l'avion-hôpital par deux avions : un avion-hôpital plus récent et un avion-ambulance sans médecin.
«Un médecin ne peut rien faire dans un avion pour quelqu'un qui souffre d'une appendicite, sauf atténuer sa douleur. Seul un chirurgien peut l'opérer», nuance-t-il.