La présidente de l'Association des victimes de prêtres, France Bédard, s'est dite «émue et contente» de la victoire des victimes des pères rédemptoristes.

Procès des Rédemptoristes: «fière par procuration»

La présidente de l'Association des victimes de prêtres, France Bédard, salue le courage des victimes, particulièrement celui de Frank Tremblay, à l'origine du recours. Elle souhaite maintenant que les Rédemptoristes n'aient pas «l'indécence» de faire appel de la décision.
«Je suis tellement émue et contente, lance Mme Bédard, qui a elle-même perdu sa cause, dans une tout autre poursuite, pour un délai de prescription. Je suis fière par procuration. J'avais tellement raison de fonder l'Association. Les victimes ont tenu bon et ils ont réussi à contourner le délai de prescription», laisse-t-elle savoir, visiblement touchée par la nouvelle de la victoire.
Stéphane Trottier est une autre victime des Rédemptoristes. Il avait ému beaucoup de monde lors de son témoignage en levant le voile sur son identité pour inciter d'autres victimes à dénoncer les abus.
«C'est un soulagement. Ça permet de fermer la boucle. Aussi de retrouver une certaine paix intérieure et de continuer son chemin. Nous avions le fardeau de la preuve. Maintenant, ce sont les agresseurs qui ont le blâme.»
Encore aujourd'hui, il se dit heureux d'être sorti de l'ombre. «Ce qui est beau, c'est qu'on n'a pas abandonné et qu'on est restés solidaires. Ça aide d'en parler et de voir que les gens sont réceptifs. En plus, ça permet d'être plus conscients de ce qui peut arriver a nos enfants.»
Pas de réponse
Le Soleil a appelé les Rédemptoristes pour obtenir des commentaires, mais n'a pas reçu de retour d'appel.
De son côté, le Diocèse de Québec a fait connaître sa position dans un bref courriel. «Le Diocèse de Québec considère qu'il revient aux différentes parties impliquées dans ce recours collectif, ce qui n'est pas son cas, de commenter le jugement si elles le désirent. Néanmoins, il souhaite aux parties impliquées de retrouver paix et sérénité.»
Le père Bergeron se défend avec la Bible
Alors qu'un verdict de recours collectif s'abattait sur sa congrégation, le père rédemptoriste Jean-Claude Bergeron a lu jeudi en cour des passages de la Bible, afin de se défendre d'avoir écrit une lettre à l'une de ses présumées victimes.
Jean-Claude Bergeron en est aux derniers jours de son procès criminel, dans lequel il fait face à des accusations d'attentat à la pudeur et de grossière indécence sur sept élèves du Séminaire Saint-Alphonse.
Après avoir lu un verset de l'Évangile selon Matthieu, l'homme de 73 ans a résumé ce qu'il souhaitait faire comprendre à la cour : «Jésus nous dit qu'il faut savoir pardonner et qu'il faut demander pardon.»
Bergeron était alors interrogé par la procureure de la Couronne, Me Carmen Rioux, sur ce qui l'avait mené à écrire à l'une de ses présumées victimes, à l'été 1979.
Celui qui était alors responsable du dortoir des étudiants en secondaire 1 a expliqué avoir écrit à l'adolescent puisqu'il regrettait certaines paroles «blessantes». Celles-ci auraient été prononcées pendant l'année scolaire, car «ce jeune homme m'avait exaspéré à plusieurs reprises à cause de son inconduite», a-t-il dit.
«Les élèves avaient l'habitude d'abuser de moi parce que j'avais un certain problème d'autorité», a ajouté Bergeron.
La procureure de la Couronne lui a fait admettre qu'il était «normal» à l'époque que le personnel d'un pensionnat soit sévère, et qu'il avait tout de même pris la peine d'écrire à un élève pour se faire pardonner.
Me Rioux s'est aussi attardé aux épisodes pendant lesquels Jean-Claude Bergeron a admis avoir touché le pénis de certains étudiants qui avaient des problèmes de pipi au lit. Il a déjà fait valoir que c'était alors pour déclencher la miction.
Les anciens élèves ont plutôt témoigné que Bergeron les avait touchés en les nettoyant - après qu'ils eurent fait pipi au lit - ou dans le lit du surveillant, dans le dortoir.
«Processus discret»
Jean-Claude Bergeron a affirmé jeudi que le «processus» pour assister ceux qui avaient fait pipi au lit était «discret», voire «secret», par crainte qu'ils soient ridiculisés par leurs camarades. C'est pourquoi il n'allait pas vérifier sous leurs couvertures si les voisins de lit étaient éveillés, a-t-il précisé.
Le procès se poursuit vendredi avec les plaidoiries. Olivier Parent