Frank Tremblay

Procès des Rédemptoristes : 312 $ pour chaque agression

La cour doit rejeter le recours collectif des anciens élèves du Séminaire Saint-Alphonse parce qu'il est trop tardif, plaide l'avocat du collège. Mais si Frank Tremblay devait être indemnisé, il mériterait, selon lui, un dédommagement de 25 000 $, soit 312 $ pour chacune des 80 agressions...
D'entrée de jeu, Me Éric Lemay, qui représente le Collège Saint-Alphonse - la corporation ayant succédé au Séminaire qui n'exerce plus de fonction éducative -, a voulu convaincre le juge Claude Bouchard que même s'il demandait le rejet du recours civil, il n'endossait nullement le comportement répréhensible des prêtres pédophiles. «Le droit doit prévaloir, avec toute la sympathie que nous pouvons tous avoir pour toute victime d'abus sexuel», fait valoir Me Lemay, en regardant le requérant Frank Tremblay. 
En raison du délai de plus de 25 ans entre les agressions sexuelles subies par Frank Tremblay aux mains de Raymond-Marie Lavoie et le dépôt du recours collectif en 2010, la procédure est prescrite à sa face même, estime Me Lemay.
La loi prévoit qu'une victime doit poursuivre au civil son agresseur dans les trois années suivant les abus, à moins de prouver qu'elle était dans un état psychologique ou physique rendant impossible une telle démarche judiciaire.
Frank Tremblay, comme les 12 autres victimes ayant témoigné, a failli à démontrer cette impossibilité d'agir, plaide Me Lemay.
Quel obstacle?
Nulle part dans la preuve, affirme le procureur, on ne peut identifier l'obstacle qui aurait empêché Frank Tremblay de dénoncer son agresseur pendant toutes ces années. «La honte exprimée par certains membres n'est pas une impossibilité d'agir», fait remarquer Me Lemay. 
L'avocat du collège Saint-Alphonse a passé beaucoup de temps à tenter de démolir le rapport et le témoignage du Dr Hubert Van Gijseghem, expert psychologue des demandeurs, spécialisé dans les abus sexuels chez les enfants.
Le Dr Van Gijseghem avait affirmé, avec une certitude de 95 %, qu'à son avis, tous les membres du groupe ont été dans l'impossibilité d'agir jusqu'à ce que Frank Tremblay brise le silence. «Si ce n'est pas du "pifomètre" injustifiable, nous nous demandons ce dont il s'agit», a lancé un Me Lemay virulent au point où le juge Claude Bouchard lui a demandé de modérer ses propos.
Dommages
Par ailleurs, les dommages moraux de 250 000 $ réclamés par Frank Tremblay sont «totalement déraisonnables» juge Me Lemay.
Si un dédommagement était consenti, le quantum devrait se rapprocher de 25 000 $, a dit l'avocat. Les procureurs des victimes ont eu tôt fait de calculer qu'avec cette somme, Frank Tremblay obtiendrait donc 312 $ pour chacune des 80 nuits d'abus sexuels passées dans la chambre de Raymond-Marie Lavoie.
La demande pour des pertes de revenus passés et futurs devrait être totalement rejetée, estime Me Lemay.
De même, rien ne justifie selon lui une condamnation à des dommages punitifs.
Selon l'avocat, une preuve «béton» a démontré que personne parmi les employés laïques du Séminaire n'était au courant des agressions sexuelles.
Les plaidoiries des Rédempto-ristes et de Raymond-Marie Lavoie se poursuivent aujourd'hui.