Le procès de Lise Thibault s'est poursuivi, mardi, au palais de justice de Québec.

Procès de Lise Thibault : une fine ligne entre l'officiel et le privé

La ligne semblait mince entre activité privée et activité officielle au cabinet de Lise Thibault. L'inscription à l'agenda ou la présence d'un aide de camp suffisait à «officialiser» une sortie familiale à la cabane à sucre.
Le défilé des ex-secrétaires de Lise Thibault s'est poursuivi mardi au procès pour fraude de l'ex-lieutenante-gouverneure âgée de 75 ans.
Semblant tout sauf ravies de leur présence à la cour, les employées ont paru bien embêtées lorsque le procureur de la Couronne Me Marcel Guimont leur a demandé si une virée en famille à la cabane à sucre comptait comme une activité officielle, dont les dépenses sont susceptibles d'être remboursées. «Selon moi, non, a répondu Christine Lapointe, responsable de l'agenda. Mais la présence d'un aide de camp vient officialiser l'activité.»
Et le voyage à Moncton de la lieutenante-gouverneure pour assister aux funérailles de la mère d'un de ses gendres? «C'est privé, mais il y a un aide de camp...» a répondu, perplexe, Mme Lapointe.
Même interrogation concernant une visite au parc Miguasha en Gaspésie, assortie d'une expédition de pêche au saumon en juillet 2002. Encore là, la présence de l'aide de camp venait, semble-t-il, donner un caractère officiel à la sortie.
Pour sa collègue Marlène Lowe, dès qu'une activité est inscrite à l'agenda, elle devient officielle.
Même une fête familiale? «Si c'est inscrit à l'agenda, pour moi, c'est une activité officielle», a répondu à de multiples reprises l'attachée à l'agenda.
En parcourant la documentation officielle, minutieusement déposée par la Couronne tous les jours, on remarque bien peu de différences entre les activités liées à la fonction de lieutenant-gouverneur et celles touchant la Fondation Lise Thibault.
Inauguration du programme de ski assis dans un centre de ski, tournoi de golf-bénéfice, déjeuner privé avec les organisateurs d'un voyage de ski assis; les invitations sont rédigées sur du papier avec les armoiries du lieutenant-gouverneur, par des employés du cabinet, pendant leurs heures de travail.
Un emploi du temps privé
L'emploi du temps personnel de «Madame» était gardé privé, même pour les employés, a dit Estelle Blais, aide à l'informatique. «Il y avait une certaine discrétion et on respectait ça.»
La Couronne a mis en preuve une lettre rédigée par Mme Blais dans laquelle la lieutenante-gouverneure remercie le directeur de l'Éco-Village de Saint-Siméon, un centre de plein air qu'elle a visité durant la semaine de relâche en 2002, avec ses enfants et ses petits-enfants.
L'agenda de la lieutenante-gouverneure, une pièce majeure au procès, était un outil fiable, juge la secrétaire, mais seulement jusqu'à un certain point. Il était mouvant en raison du nombre d'événements qui s'ajoutaient à la dernière minute.