Dans Prismes, Benoît Lachambre a beaucoup travaillé la forme de l'oeuvre chorégraphique, son aspect visuel, sa lumière.

Prismes: dans l'oeil de Benoît Lachambre

Pour Benoît Lachambre, créer est une nécessité. Le chorégraphe montréalais arrive à la salle Multi de Méduse avec une pièce flamboyante, qui titille les sens tout en évoquant notre dépendance au divertissement. Place à Prismes.
Pour Prismes, conçue pour la compagnie Montréal Danse, Benoît Lachambre a remporté le prix du Conseil des arts et des lettres du Québec en 2014 pour la Meilleure oeuvre chorégraphique. Une reconnaissance qui fait chaud au coeur de l'homme dont le travail d'enseignant et de chorégraphe est hautement apprécié en Europe et ici depuis plus de 20 ans. «Oui, c'est une belle reconnaissance, admet-il. Même s'il y a toujours une partie de nous qui en voudrait plus [rires]. [...] Mais j'ai fait cette oeuvre par nécessité et c'est ce que je veux continuer de faire.»
Benoît Lachambre a commencé sa recherche chorégraphique dans les années 80, après une carrière d'interprète au sein des compagnies Les Ballets Jazz de Montréal et Toronto Dance Theatre. Il a adhéré au mouvement post-moderniste à New York avant d'approfondir ses connaissances en Europe. Il a développé l'approche somatique, qui étudie le corps intérieur, extérieur et en relation avec les autres.
Pour Prismes, Benoît Lachambre a beaucoup travaillé la forme du spectacle, son aspect visuel, sa lumière, en partant du phénomène de la persistance rétinienne (croyance selon laquelle notre perception du mouvement serait le résultat d'une vision persistante). «Je voulais induire dans l'oeil des spectateurs une façon de regarder l'oeuvre, de percevoir le rayonnement des corps», indique-t-il.
Les extraits de la pièce nous offrent des images fortes, colorées, versant à l'occasion dans le sarcasme. Surtout lorsqu'elles font référence à ce que Benoît Lachambre appelle notre dépendance au divertissement. «L'oeuvre artistique est aussi le reflet d'une société qui veut être divertie de façon presque constante, explique-t-il. Cette dépendance est l'un des questionnements. Mais c'est fait de façon légère pour ne pas que ce soit moraliste.» Pour l'esthétique de la pièce, le chorégraphe s'est inspiré de l'art déco des années 20 et de la théorie queer qui joue sur le genre et l'orientation sexuelle. Et dans le but d'amplifier la flamboyance de la danse, il fallait une musique tout aussi étincelante. La Symphonie no 5 de Beethoven s'est rapidement imposée.
Implication des danseurs
À la tête de sa compagnie Par B.L.eux depuis 1996, Benoît Lachambre implique beaucoup les danseurs dès le début du processus chorégraphique. «L'action chorégraphique des danseurs est essentielle, dit-il. La pièce ne pourrait exister sans ça.» Les six danseurs (trois hommes, trois femmes) ont été choisis pour leurs qualités professionnelles, mais aussi personnelles. «Ils doivent être ouverts d'esprit», laisse également tomber en rigolant le chorégraphe. Le lâcher-prise (ou release) qu'il insuffle dans les mouvements de ses oeuvres est de toute évidence aussi demandé aux danseurs qui s'abandonnent totalement dans ses propositions les plus déjantées.
<p>Le chorégraphe Benoît Lachambre </p>
=> Vous voulez y aller?
Quoi : Prismes de Benoît Lachambre
Qui : Montréal Danse
Quand : du 22 au 24 octobre à 20h
Où : salle Multi de Méduse
Billets : 22 $ (jusqu'à midi jeudi) ou 35 $ (à partir de midi)
Info : www.larotonde.qc.ca