Dès ses études au secondaire, le Dr Daniel Ménard voulait devenir médecin.

Prévenir le cancer du côlon

Gastroentérologue depuis 38 ans à Sherbrooke, le spécialiste Daniel B. Ménard est particulièrement fier de compter parmi les médecins capables de prévenir vraiment des cancers, car le cancer du côlon est l'un des rares cancers qui peuvent être prévenus par une investigation en endoscopie.
«Un homme dans la quarantaine est venu consulter parce qu'il a trouvé sur sang sur le papier de toilette. Il était inquiet, raconte le Dr Ménard. C'était peut-être une simple fissure anale, mais à cause du sang, il valait mieux passer par une coloscopie.»
Ce fut une excellente décision, se souvient-il. «Nous avons découvert la présence d'un polype dans le côlon.» Un polype qui était en train de se transformer en cancer. Une fois le polype enlevé, la possibilité de cancer était chose du passé pour ce patient.
«Chaque fois que je pratique une coloscopie, je me dis que je suis en mesure de prévenir des catastrophes. Le cancer du côlon, nous pouvons l'éviter. On peut interrompre le cancer avant même qu'il se manifeste», se réjouit-il. «Comme médecin, ce genre de cas est très valorisant parce que l'intervention fait une différence dans la vie du patient.»
Ce n'est pas le cas, par exemple, de la mammographie, qui cherche des lésions et qui ne sert pas vraiment à la prévention des cancers. Elle est plutôt un examen de détection précoce pour que les chances de succès soient meilleures. Il n'y a rien que l'on puisse faire pour prévenir un cancer du cerveau, du pancréas ou de la prostate. La coloscopie, elle, fait vraiment de la prévention, estime le Dr Ménard. En général, le polype n'est pas cancéreux, mais il peut se transformer; il suffit de l'enlever pour avoir la paix.
«Plusieurs personnes connaissent dans leur entourage une personne qui à 40 ou 50 ans est affectée par un cancer du côlon. Je dis tous les jours aux gens : "Ne vous trompez pas, le cancer du côlon est l'un des rares cancers qu'on peut prévenir." Comment le fait-on? Par la coloscopie.»
Il donne un autre exemple d'intervention valorisante. Comme il a fait une année de surspécialisation en hépatologie (pathologies concernant le foie), un jour il doit traiter un patient. Selon lui, cet homme aurait une meilleure qualité de vie s'il bénéficiait d'une greffe du foie. À cause de son âge, près de 70 ans, le patient ne fait pas partie des cas généralement admissibles, mais le Dr Ménard insiste, même si ses collègues lui rappellent que le patient aurait été exclu de la liste des greffés potentiels. Aujourd'hui, l'homme a 79 ans, il coupe son bois de chauffage et mène la vie normale de n'importe quelle personne greffée. Au moment de sa greffe, il ne lui restait que quelques mois à vivre.
«Non seulement mon insistance a permis de prolonger la vie du patient, mais il a une bien meilleure qualité de vie. Cela aussi fait partie des moments valorisants dans ma carrière. Des cas comme celui-là me permettent de mieux dormir le soir», ajoute-t-il.
Le programme de prévention du cancer du côlon commence à s'étendre partout en province. Actuellement, 35 % des patients du Dr Ménard lui ont été recommandés pour une colonoscopie préventive. C'est une portion des plus importantes de la pratique.
Au secondaire
Dès ses études au secondaire, Daniel Ménard voulait devenir médecin. «Et je n'ai jamais changé d'idée», insiste-t-il. 
Le choix de la gastroentérologie lui est apparu clair dès son premier stage en spécialité. «C'est la spécialité la plus chirurgicale, explique-t-il, car il y a beaucoup de gestes techniques à poser. J'aimais les aspects médicaux et intellectuels de la profession et tous les aspects chirurgicaux.
Dès son retour de Paris, en 1978, après une année de surspécialisation en hépatologie, il a commencé son travail de clinicien au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke en même temps que celui de professeur. «C'était pratiquement deux emplois à plein temps, de sorte que je ne faisais pas de bureau en dehors de l'hôpital». 
Il a quitté les locaux de l'hôpital de Fleurimont lorsque les réformes successives ont fait en sorte de concentrer toute la gastroentérologie à l'Hôtel-Dieu de Sherbrooke, au centre-ville. Son fils, Charles, a suivi les traces de son père, mais c'est le seul des six enfants à avoir fait ce choix de carrière.
Bien qu'il soit certain de ne pas avoir influencé directement son fils, il se souvient de sa fierté lorsque celui-ci lui a annoncé qu'il choisissait lui aussi la médecine et la gastroentérologie. Ils ont travaillé ensemble à quelques reprises puisqu'ils étaient dans la même équipe. Cependant, pas tellement longtemps, car, en 2010, il a quitté la pratique à l'hôpital pour le travail en cabinet privé, à la Clinique des Cantons.
Quant au B. dans la signature du Dr Ménard, il a été ajouté pour éviter la confusion à l'hôpital entre le docteur en médecine Daniel Ménard et le chercheur en gastroentérologie Daniel Ménard, docteur lui aussi, car il est titulaire d'un doctorat, mais pas en médecine.