Lors d'une rencontre avec les journalistes mercredi, Marie-Renée Baillargeon, accompagnée de Marc Bellemare, a lancé qu'aucune accusation criminelle n'a été déposée parce que l'avocat a beaucoup d'influence à Québec et qu'il est craint.

Présumée agression par un avocat de Québec : le ministre n'interviendra pas

Le ministre de la Justice Bertrand St-Arnaud ne forcera pas le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) à se pencher de nouveau sur le dossier d'une femme de 29 ans, Marie-Renée Baillargeon, qui affirme avoir été agressée sexuellement il y a 15 ans par un avocat de Québec, mais contre qui aucune accusation criminelle n'a été déposée.
Lors d'une mêlée de presse, le ministre a indiqué mercredi avoir été rassuré par les réponses obtenues de la part du DPCP.
«Je constate qu'il y a eu une analyse rigoureuse, indépendante, par plusieurs procureurs chevronnés qui ont tous conclu que dans ce dossier, à la lumière de la preuve qu'il y avait, qu'il n'y avait pas lieu de porter des accusations criminelles», a-t-il affirmé.
La semaine dernière, Mme Baillargeon a accordé une entrevue au Journal de Québec, dans laquelle elle dénonçait la décision de la procureure de la Couronne, Me Carmen Rioux, de ne pas aller de l'avant avec le dépôt d'accusation criminelle, et elle exhortait le ministre St-Arnaud d'intervenir. Elle assure que les conclusions de l'enquête policière étaient sans équivoques et que l'homme aurait dû être traîné devant les tribunaux.
L'individu qui fait l'objet d'une enquête a d'ailleurs échoué au test du détecteur de mensonges, ajoute Mme Baillargeon, mais les conclusions d'un tel examen ne sont pas recevables devant la cour.
La décision du ministre a atteint la jeune femme tel un coup de poignard. Lors d'une rencontre avec les journalistes mercredi, Mme Baillargeon a lancé qu'aucune accusation criminelle n'a été déposée dans cette affaire tout simplement parce que l'avocat a beaucoup d'influence à Québec et qu'il est craint.
«Je sais pas si je peux dire ça, mais c'est clair et net qu'il [le ministre St-Arnaud] n'a jamais vécu ce que j'ai vécu», a lancé la jeune femme, émotive. «Parce qu'il n'aurait pas fait ce choix-là.»
Travail bâclé, dit Bellemare
L'avocat de la femme, Marc Bellemare, affirme pour sa part que le DPCP a «bâclé» son travail dans cette enquête, car il avance que Me Rioux n'a jamais rencontré la plaignante pour obtenir de vive voix sa version des faits. 
«Ils n'ont pas rencontré la victime, indique l'avocat. Ça ne vaut rien! Analyser une preuve, sans rencontrer la victime. C'est du travail bâclé. Quand on décide de la nécessité de déposer des accusations, sur une question aussi importante, on rencontre la victime et on lui dit : "Explique-nous ce qui s'est passé."»
Me Bellemare étudie maintenant les possibilités de déposer un recours civil contre cet homme au nom de sa cliente. La décision sera prise de concert avec Mme Baillargeon.
Le Directeur des poursuites criminelles et pénales se défend
Le porte-parole du DPCP, Me René Verret, assure que Marie-Renée Baillargeon a pu raconter sa version des faits à la procureure de la Couronne, Carmen Rioux. Le 22 juin 2011, l'avocate a rencontré la plaignante en compagnie de la sergente-détective de la police de Québec, Sylvie Montreuil. La réunion qui s'est étirée sur une période d'une heure et demie a permis à la plaignante de dire comment les gestes allégués se seraient produits, précise Me Verret. Me Rioux a revu la plaignante le 19 octobre 2011, pour lui expliquer durant 45 minutes pourquoi aucune accusation ne sera déposée. Me Verret promet que le statut de l'homme qui fait l'objet d'une enquête n'a eu aucune influence sur la décision, en rappelant qu'un des procureurs qui a révisé l'enquête policière dans le dossier de Marie-Renée Baillargeon, le procureur-chef Steve Magnan, a fait condamner un ex-juge de la Cour d'appel, Jacques Delisle, pour le meurtre prémédité de sa conjointe. Me Verret refuse d'expliquer les motifs exacts qui ont incité Me Rioux à ne pas enregistrer d'accusation contre cet homme.