Les compagnies engagées dans l'industrie du cacao étudieront l'impact de leurs pratiques sur les droits des femmes dans leurs chaînes d'approvisionnement et produiront un plan d'action d'ici mai 2014 pour corriger les iniquités.

Pressions sur l'industrie alimentaire: de l'espoir avec Oxfam

Écrire à une grande compagnie pour dire qu'on n'est pas d'accord avec ses pratiques, est-ce utile? Participer à une campagne de boycottage? Signer des pétitions? Manifester?
Devant le gigantisme de l'industrie alimentaire, on se sent bien petit et impuissant. Les éternels idéalistes diront que nous avons le pouvoir de changer les choses, alors que les plus défaitistes hausseront les épaules.
Avec sa campagne La Face cachée des marques, lancée il y a un an, l'organisme Oxfam tend à démontrer qu'il y a peut-être de l'espoir, même si ça ne va jamais aussi vite et aussi loin qu'on aimerait. Après tout, personne n'aime être montré du doigt... si ça risque de coûter des pertes de marché.
L'organisation humanitaire vient de publier son premier bilan annuel de classement des 10 plus grandes entreprises alimentaires au monde selon leur respect d'une série de politiques sociales et environnementales.
Résultat? «Plusieurs leaders du secteur ont fait de grands progrès dans l'amélioration de leurs politiques sur les droits fonciers, les droits des femmes et les émissions de CO2. Dans l'ensemble, les avancées des "10 géants" demeurent cependant trop lentes, freinées par quelques entreprises qui restent à la traîne et ne manifestent pas un intérêt ou une ambition suffisante.»
Les sept thèmes passés sous la loupe sont la transparence dans les communications, les femmes agricultrices et petites productrices dans la chaîne d'approvisionnement, les ouvriers agricoles, les petits agriculteurs, les terres en termes d'utilisation durable, de droits et d'accès, l'eau en termes d'utilisation durable, de droits et d'accès, et le climat en termes de réduction des gaz à effet de serre et d'aide aux agriculteurs pour des mesures d'adaptation.
Gestion des terres
Les progrès des entreprises sont mesurés à partir des documents publics qu'ils produisent sur ces sujets. Pour la première année, deux thèmes ont été regardés de plus près, soit la question de l'accès aux terres et celle des droits des femmes.
Parmi les points positifs, la déclaration de tolérance zéro de Coca-Cola devant l'accaparement des terres «a envoyé un signal extrêmement fort», dit Lauren Ravon, conseillère principale des politiques pour Oxfam.
Danone arrive bon dernier au classement en matière de gestion des terres, mais Mars ne fait guère mieux. «Le groupe manque non seulement de connaissances probantes, mais il ne fait, par ailleurs, aucun effort pour en savoir ou en faire plus.»
En matière de droits des femmes, l'organisme a ciblé particulièrement trois compagnies, Mars, Nestlé et Mondalez, qui, à elles trois, contrôlent la majeure partie de la production du cacao dans le monde. Au-delà des questions de principes, celles-ci se sont engagées à réaliser une étude d'impact de leur chaîne d'approvisionnement sur les conditions de travail, salaires, etc. et à présenter un plan d'action d'ici mai 2014 pour corriger les inégalités.
Pour l'ensemble de sa «performance» tous thèmes confondus, le cancre des cancres est General Mills (Cheerios, Betty Crocker, Häagen-Dazs, Old el Paso...).
«Absence de reconnaissance des droits fonciers des communautés, absence d'action visant à mettre fin à l'utilisation des terres agricoles pour des cultures destinées à la production de carburant et absence d'exigence concernant l'utilisation des terres par les fournisseurs et ses répercussions sur les populations et la planète. Un "non" ferme et définitif.»
«Demandez à General Mills d'écouter ses clients et de publier combien de cacao, de canne à sucre et de soja il achète, et de quels pays ces matières premières proviennent afin que ses consommateurs sachent si le groupe opère avec éthique ou non», suggère Oxfam.
Le site de La Face cachée des marques permet de connaître le bilan exact de chacune des grandes entreprises dans chaque domaine. Un tableau convivial vous permet de savoir où logent vos produits préférés.
Mon premier essai, les biscottes Ryvita, que j'aime bien. Elles sont santé, je me disais que ça augurait bien. Erreur. La marque est détenue par Associated British Foods (Mazola, Ovaltine...), qui obtient... 27 % au classement général. «ABF s'est amélioré sur les questions liées aux inégalités hommes-femmes, au climat et aux terres, ce qui lui a permis de quitter la dernière place. Toutefois, le score d'ABF reste relativement faible en ce qui concerne l'évaluation de son impact sur les producteurs, les communautés et la planète. Plus mauvais élève en termes de gestion de l'eau et réalisant un score faible dans le domaine du soutien aux femmes et aux agriculteurs, ABF doit encore s'améliorer sur de nombreux points.»
On se reprend : la mayonnaise Hellmann's de la compagnie Unilever (Lipton, Knorr...). À 63 %, elle obtient «de bons résultats dans les domaines du soutien aux petits exploitants agricoles, des droits des ouvriers, de la gestion du changement climatique et de la consommation d'eau. Unilever s'est récemment engagée en faveur des droits fonciers en soutenant les femmes, mais la marge de progression reste considérable». Nettement mieux!
Le site donne également les liens pour contacter les compagnies par l'entremise des médias sociaux et leur faire part de vos préoccupations de consommateurs. Au cours de la première année, plus de 400 000 personnes à travers la planète ont participé à la campagne.
Pour faire vos propres vérifications: www.behindthebrands.org/fr