«Ce qu'il faudrait faire, c'est de se pencher sur le dossier pour faire en sorte que les citoyens soient le mieux desservis possible», plaide le président du syndicat des pompiers de Québec, Éric Gosselin.

Près de cinq heures pour secourir une femme blessée en forêt

Nancy Daigneault commence à réaliser qu'elle aurait pu ne jamais se remettre de sa chute d'une montagne à Beauport, la semaine dernière. Les services d'urgence ont mis près de cinq heures à la sortir du bois, un délai qui, croit-elle, aurait été fatal si elle avait subi des blessures plus graves.
«Le délai a été beaucoup trop long. J'ai eu un service incroyable, mais j'ai trouvé ça extrêmement long parce que les secours n'avaient pas l'équipement nécessaire», exprime la dame de 46 ans.
C'était mercredi. Mme Daigneault est allée marcher avec son beau-frère sur le mont près de la rue des Hautes-Terres où elle réside, à la limite de Beauport et de Sainte-Brigitte-de-Laval.
«Je connais cette montagne-là depuis des années. C'est sûr que c'était des conditions un peu extrêmes, parce que c'était très glacé. On a glissé le long de la falaise, on a fait une bonne chute.» Sa jambe s'est cassée en atterrissant au sol. Mme Daigneault se souvient avoir appelé les secours vers 15h30.
«Ça a pris quatre heures 45 me rendre jusqu'à l'ambulance. C'est les pompiers qui ont réussi à me sortir de là. C'était des conditions très difficiles, les gars ont travaillé extrêmement fort. Ce que je déplore, c'est le temps que ç'a pu prendre.»
Mme Daigneault se questionne d'autant plus sur l'intervention qu'elle a été prise en charge par une vingtaine de secouristes. «C'est comme s'ils étaient désorganisés», avance-t-elle.
Avec le recul, Nancy Daigneault se demande comment elle aurait été sauvée si les secours s'étaient butés à des conditions plus difficiles.
«Si j'avais eu une fracture ouverte et que j'avais perdu du sang, ça aurait pu arriver, ma vie aurait été en danger», lance-t-elle. «On a été très chanceux que ce ne soit pas une journée très froide, parce que j'aurais été en hypothermie. On ne peut pas être cinq heures assis dans la neige.»
Les premiers policiers arrivés sur place ont bien essayé de la réchauffer, en vain. «Mais les gens ont fait un travail exceptionnel. Toute l'équipe, autant les policiers, les pompiers que les ambulanciers, je leur lève mon chapeau, c'était hors de leur contrôle. Ils essayaient par tous les moyens de se rendre à moi», conclut-elle.
Un appel à la réflexion
Le président du syndicat des pompiers de Québec, Éric Gosselin, croit que la lenteur des secours apportés à Nancy Daigneault doit porter la Ville à réfléchir sur les outils mis à la disposition des services d'urgence.
Avant 2011, les pompiers auraient pu secourir la résidente de Beauport plus rapidement, estime M. Gosselin. Les deux casernes au nord de Québec, celles de Charlesbourg et de Val-Bélair, étaient alors équipées de motoneiges.
«On desservait un territoire assez grand, on intervenait rapidement. Mais la Ville a pris la décision de sortir les motoneiges des casernes», rappelle-t-il. «C'est sûr que les délais provoqués sont causés par ça.»
L'utilisation des motoneiges lors des sauvetages avait créé une polémique en 2012. Des pompiers avaient fait l'objet d'une enquête administrative après avoir porté assistance à une dame dont le véhicule s'était enlisé dans un sentier de motoneige.
La Ville a confié par la suite les motoneiges aux policiers, en plaidant que c'est à eux que revient le mandat de patrouiller dans les sentiers hors route et d'intervenir en cas d'accident. «Le problème, c'est que les policiers font leur possible, mais des fois les motoneiges peuvent être très loin d'une intervention», soulève Éric Gosselin.
Lors du sauvetage de Nancy Daigneault, mercredi, les policiers qui étaient équipés de véhicules tout-terrain ont demandé l'assistance du Groupe de reconnaissance et d'intervention en milieu périlleux (GRIMP) du service des incendies.
Cette équipe spécialisée aurait elle aussi peiné à sortir la dame de sa fâcheuse position, selon le président du syndicat des pompiers.
«Ce qu'il faudrait faire, c'est de se pencher sur le dossier pour faire en sorte que les citoyens soient le mieux desservis possible», plaide-t-il. «Peut-être que l'équipement qu'on a à l'heure actuelle n'est pas suffisant.»
M. Gosselin croit que les pompiers devraient de nouveau pouvoir utiliser les motoneiges lors de situations de sauvetage, «de concert avec la police, pour être plus rapides».
«On doit être là pour secourir les personnes. On peut trouver la façon la plus optimale pour le faire», conclut-il.