Pourquoi Québec n'a pas besoin de Superman

Au fil des ans, le maire Régis Labeaume a pourfendu les pompiers «paresseux», les pacifistes «minables», les fonctionnaires qui «fourrent le système», les défenseurs du patrimoine «qui n'ont pas une crisse de cenne», les journalistes «colonisés», les nigauds «qui rêvent de prendre l'autobus», les syndicats «voleurs de taxe», les femmes qui se baignent en burkini et j'en passe, sinon vous allez croire que Monsieur possède un tempérament belliqueux.
Entre nous, une charge de cavalerie de plus ou de moins, ça change quoi?
Sauf que ces jours-ci, M. le maire s'est encore surpassé. Après avoir échangé toutes sortes d'impolitesses avec le nouveau propriétaire de l'ancien hôtel Le Concorde, le colérique s'est emporté.
«La mafia essaye d'investir encore plus à Québec», a-t-il expliqué, avec l'air mystérieux de l'écolier qui se vante d'avoir aperçu un petit bout de la brassière de l'institutrice.
On oublie presque que le 13 février, le même Régis Labeaume invitait les uns et les autres à faire preuve de retenue, pour tout ce qui touchait au Concorde! Sous peine de faire échouer la relance de l'hôtel!
- Ce qui est important, dans ces choses-là [c'est] d'être très discret, parce qu'il y a beaucoup d'argent en jeu, devisait-il alors.
Qui faut-il croire? Le Labeaume de février, qui prônait la retenue, avec toute la crédibilité d'un éléphant prêchant les vertus du vol plané dans les magasins de porcelaine? Ou celui qui brandit tellement d'épouvantails qu'il pourrait envisager une deuxième carrière pour effaroucher les oies sauvages qui pillent les champs de maïs?
Pour une rare fois, Régis Labeaume n'a rien à ajouter. Ce qu'il sait qu'on ne sait pas sur la mafia, il l'aurait confié à la police.
N'écoutant que son courage, qui ne lui disait rien, le maire n'a même pas annoncé que la mafia allait en «manger une maudite», comme il l'avait fait pour les travailleurs soupçonnés de vouloir déclencher une grève sur le chantier de «son» amphithéâtre.
Quoi qu'il arrive, M. Labeaume sait qu'il ne risque pas d'être contredit. De nos jours, affirmer que la mafia ou le crime organisé veulent s'étendre, cela apparaît aussi audacieux que de prédire de la neige en janvier.
Même qu'à l'échelle mondiale, le crime organisé ne cesse de progresser. Au point de cumuler un chiffre d'affaires qui dépasse les 1000 milliards $, selon les Nations Unies.
D'ailleurs, entre nous, qui a peur de la mafia, quand Régis Labeaume veille? Et qui a peur des secrets, quand M. le maire fournit toujours un coupable à l'opinion publique, tel un dompteur lançant de la viande fraîche aux fauves?
Tant pis si, au final, notre Superman municipal se trouve dans la position absurde de la police irlandaise, qui avait lancé un appel au public pour retrouver une camionnette qu'on lui avait volée. Mais comme il s'agissait d'un véhicule banalisé, utilisé pour les filatures, la police refusait de fournir la moindre description, pour ne pas donner d'indice sur ses méthodes d'enquête!
On m'accusera peut-être de conclure un peu légèrement, avec cette blague sur la mafia. À ma décharge, ce n'est pas moi qui ai commencé...
«Le parrain avait engagé un sourd-muet pour récupérer les commissions chez les mauvais payeurs. 
Au début, le gars fait bien son boulot. Mais après quelques années, il se met à garder beaucoup d'argent pour lui.
Le parrain demande à deux tueurs d'aller chercher le fripon. Ce dernier est emmené dans un entrepôt abandonné. Le parrain l'attend sur place, accompagné par un interprète.
Les durs à cuir demandent à l'interprète de traduire : «Où est l'argent?»
L'interprète traduit en signes.
Imperturbable, le sourd-muet répond en signes : «Je ne sais pas.»
L'un des voyous lui braque un pistolet sur la tempe. Il demande à nouveau où est l'argent.
Le collecteur de fonds panique. Il répond par signes, en direction de l'interprète.
«L'argent se trouve enterré dans la cour de la maison de ma mère, juste au pied du gros chêne», explique-t-il en signes.
L'interprète traduit aussitôt :
«Il dit qu'il ne sait pas de quoi vous parlez et que, de toute manière, vous n'avez pas les couilles pour appuyer sur la gâchette.»