Pourquoi Poutine n'a pas peur

Vladimir Poutine n'a pas peur. Ni des États- Unis. Ni de l'Europe. Ni de personne.
À la fin, peut-être que les soldats russes occuperont une grande partie de l'Ukraine.
Peut-être que oui.
Peut-être que non.
En attendant, Monsieur peut dormir tranquille. Il sait qu'on a plus de chances de faire tenir des bigoudis sur la tête d'un chauve que de dénicher une once de sincérité dans les méandres de la diplomatie mondiale.
Quoi qu'il arrive, Vladimir Poutine fait le pari que l'Amérique et l'Europe ne renonceront pas au marché russe. Le fric aura le dernier mot. Ses alliés milliardaires vont continuer à s'acheter des palais à Nice ou à Londres. L'argent russe plus ou moins propre va continuer à trouver refuge dans des paradis fiscaux. Le pétrole et le gaz naturel russes vont continuer à alimenter l'Europe.
Les sautes d'humeur américaines? Les menaces de sanctions économiques européennes? Les «vives inquiétudes» des Nations Unies?
Du mauvais théâtre.
Rien de plus.
Avec le recul, on comprend mieux ce commentaire désabusé d'un manifestant ukrainien, déjà cité. «À l'époque de l'URSS, tout ce qu'on nous disait de bien à propos du communisme était faux. Malheureusement, tout ce qu'on nous disait de mal à propos du capitalisme était vrai!»
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En août 2008, peut-être que Vladimir Poutine a eu peur. Juste un peu, qui sait?
L'armée russe venait d'envahir la petite république de Géorgie, dans le Caucase.
L'Europe avait mis ses yeux de Monsieur Patate en colère. Les États-Unis s'étaient fâchés tout rouge.
On parlait d'exclure la Russie du G8, le club des grandes puissances économiques. On envisageait de reporter l'adhésion du pays à la sacro-sainte Organisation mondiale du commerce (OMC). Il était même question du boycottage des Jeux olympiques de Sotchi.
Sur le coup, les marchés financiers russes avaient paniqué. Était-ce le début d'une deuxième guerre froide?
Sauf qu'après quelques gesticulations diplomatiques, les choses sont rentrées dans l'ordre. Les Olympiques ont eu lieu. La Russie a fait son entrée dans l'OMC. Mieux, le pays n'a pas raté un seul sommet du G8.
Pour reprendre l'expression consacrée, même à partir d'un brin de spaghetti beaucoup trop cuit, on aurait pu sculpter plus de colonne vertébrale à la grosse colère de l'Europe et des États-Unis.
Peu importe. Car cinq ans plus tard, l'armée russe occupe encore deux régions de la petite Géorgie. De quoi rendre hommage à l'humour désespéré des Tchécoslovaques, après l'invasion de 1968.
«Pourquoi les Russes ont-ils envahi notre pays?», disaient-ils.
Réponse : «Parce que quelqu'un les a appelé à l'aide.»
«Et combien de temps vont-ils rester?»
Réponse : «Jusqu'à ce qu'ils découvrent qui les a appelés à l'aide.»
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Vladimir Poutine n'a pas peur. Ni des États-Unis. Ni de l'Europe. Ni de personne.
Il y a quelques jours, le monde entier se prosternait encore devant lui pour les Jeux olympiques de Sotchi. Tout était oublié. Les dirigeants du mouvement olympiques répétaient qu'il ne fallait surtout pas mélanger les Jeux et la politique.
Pendant deux semaines, on pleurait davantage pour une médaille nationale en bobsleigh féminin à deux que sur le sort des ouvriers traités comme des esclaves sur les chantiers olympiques...
Quand on y pense, le seul véritable risque encouru par Vladimir Poutine lors de ses Olympiques, ce fut celui d'être étouffé d'amour par notre Marcel Aubut national, lors de sa visite à la Maison du Canada.
Mais ça, c'est une autre histoire.
À la fin, Vladimir Poutine fait le pari que le fric aura le dernier mot. Il paraît tellement au-dessus de ses affaires qu'il a peut-être rigolé en prenant connaissance de la dernière blague à la mode.
«Il était une fois un automobiliste qui s'était stationné devant le Centre des congrès de Sotchi.
Un policier se précipite : Êtes-vous tombé sur la tête? Pas question de stationner ici! Ne savez-vous pas que le président Poutine et plusieurs ministres sont réunis juste en face?
Pas de problème, répond l'automobiliste. Je vais bien verrouiller les portières.»