Portneuf: un grimpeur tué par la foudre

Une randonnée d'escalade a tourné au drame, mercredi à Saint-Raymond dans Portneuf, quand un homme de 21 ans, Jean-Philippe Dion, de Québec, a été frappé mortellement par la foudre pendant qu'il s'adonnait à l'une de ses passions.
La victime, Jean-Philippe Dion, 21 ans, était originaire de Québec.
L'accident s'est produit en fin d'après-midi dans la zec Batiscan-Nelson à la limite du secteur exploité par la Coopérative de la Vallée Bras-du-Nord. La victime était accompagnée d'un ami, Jean-Daniel Labonté. Les comparses n'en étaient pas à leurs premières armes.
D'après les renseignements recueillis, le malheureux effectuait une manoeuvre de descente en rappel sur la paroi d'environ 120 mètres lorsqu'il a été foudroyé. De forts orages balayaient alors la région. Son coéquipier, situé plus haut, est descendu à la hauteur du corps de la victime, toujours retenu par la corde.
Après avoir ramené ce dernier au sol, il a tenté des manoeuvres de réanimation pendant une vingtaine de minutes, en vain. «Il a tracé au sol des marques pour identifier l'endroit où se trouvait le corps. Il est ensuite parti chercher des secours», raconte Ann Mathieu de la Sûreté du Québec (SQ). Il s'est rendu jusqu'à l'accueil de la zec où les services d'urgence ont été joints par radio CB, puisqu'il est impossible de capter les ondes cellulaires à cet endroit. L'appel d'urgence est entré à 18h.
La SQ a dépêché sur place un hélicoptère pour récupérer la dépouille mortelle. Elle a déployé au sol une équipe qui a ratissé le secteur une partie de la nuit. Cependant, le brouillard qui s'abattait sur le territoire pendant les recherches a obligé les secouristes à reporter à jeudi matin la récupération du corps. L'opération a pris fin vers 7h lorsque la victime a finalement été héliportée à bord de l'appareil par un sauveteur.
Une passion
De toute évidence, Jean-Philippe et Jean-Daniel avaient l'escalade comme passion commune.
«Vraiment, un bon vivant. Il était plus qu'un employé, il était devenu un ami.» Bien au fait de sa passion pour l'escalade, Guillaume Gissinger, propriétaire du bistro Talea, accordait des journées de congé rapprochées à Jean-Philippe pour lui permettre de grimper. «Il m'en parlait souvent. Des excursions qu'il faisait ou projetait avec son pote. Il m'avait aussi parlé d'un road trip aux États-Unis.»
M. Gissinger appréciait visiblement beaucoup la victime. «Une très, très bonne personnalité», dit-il en décrivant les qualités du jeune grimpeur. Malgré son jeune âge, son travail était fort apprécié. «Il était très doué», mentionne-t-il d'une voix douce, affligé par la perte de son employé.
«Il était excellent ce jeune homme-là. Je l'ai embauché à l'ouverture il y a deux mois. C'est un gars qui semblait normal, comme tout le monde, mais il avait un grand talent de cuisinier. Je voulais en faire mon sous-chef. Je lui avais dit avant qu'il parte en congé que je voulais qu'il soit sous-chef avant de devenir chef.»
Sur Vimeo, un site de partage de vidéos, le compagnon de grimpe de la victime avait mis en ligne des vidéos relatant leurs aventures. Le Soleil en a consulté deux. L'une, tournée en hiver, se déroule à la chute Kabir Kouba à Wendake.
Le duo s'amuse follement à escalader les parois glacées. Il travaille même à ouvrir sa propre voie. Une autre vidéo se déroule en septembre 2011 en été sur la paroi d'escalade de la baie Saint-Pancrace dans le secteur de Baie-Comeau. De toute évidence, en plus de faucher une vie, l'accident à séparer deux grands amis.
C'est le second accident mortel impliquant un grimpeur cette année. Le 10 mars, un alpiniste de 28 ans de Québec, Philippe Eynaudi, a fait une chute mortelle dans le parc national des Hautes-Gorges-de-la Rivière-Malbaie à quelques mètres du sommet de la Pomme d'or.
Une voie sécuritaire
En d'autre temps, la voie d'escalade empruntée par la victime est très sécuritaire et accessible aux grimpeurs débutants comme un peu plus expérimentés.
«Ce n'est pas très difficile», explique d'entrée de jeu, Yannick Girard, grimpeur et auteur d'un livre sur les parois d'escalade dans l'Est-du-
Québec. La voie appelée La petite étoile existe depuis cinq ou six ans seulement. M. Girard la présente comme une voie que peuvent emprunter intermédiaires et débutants.
«C'est extrêmement triste. Ma blonde qui travaille à la Vallée Bras-du-Nord les a vus passer. Ils cherchaient la paroi», raconte M. Girard. Autre aspect désolant du drame, selon lui : la personne qui a créé la voie a tout fait pour la rendre sécuritaire. Mais il ne pouvait quand même pas prévenir les grimpeurs contre ce genre de tragédie.
Bien qu'il lui manque des éléments sur les circonstances de l'accident et qu'il s'agit d'une «ultime malchance», M. Girard se questionne. «Grimper après une pluie, c'est rare. Que tu trouves des grimpeurs sur une paroi pendant un orage, c'est rare. Des éclairs et du tonnerre, ça n'arrive pas tout seul comme ça», soutient-il.
Arian Manchego est celui qui a «ouvert» la voie il y a quelques années. Infiniment triste, il tente lui aussi de comprendre. «Ce n'est pas une paroi totalement dénudée. Il y a des arbres. On peut se réfugier en cas de pépin. Mais après, c'est toujours plus facile à dire.»
Comme M. Girard, il n'avait jamais entendu parler d'un grimpeur foudroyé au Québec. «C'est une malchance inouïe.»
Accident rarissime
Le réputé alpiniste François-Guy Thivierge se dit «gravement touché» par la nouvelle de la mort du jeune grimpeur, d'autant plus que c'est la première fois, à sa connaissance, que se produit un accident du genre au Québec.
«C'est gagner la loto, à l'envers», lance celui qui a conquis les plus hauts sommets du globe pour monter à quel point cette funeste malchance est rare dans la pratique de cette activité.
«Dans les livres d'instructions, on en parle, précise-t-il. Ça fait partie des dangers objectifs au même titre que les avalanches, les chutes de pierre, les crevasses.» Ses premières pensées se dirigent vers la famille du défunt, mais aussi vers son compagnon de cordée qui lui a porté secours. «Voir son ami foudroyé comme ça...», poursuit-il, songeur.
Ce drame doit au moins servir aux autres grimpeurs, estime M. Thivierge. Même si le phénomène est rare, il y a des consignes à respecter lorsque surviennent des orages comme ceux de mercredi. «S'éloigner de cinq mètres de tout objet métallique, s'asseoir sur quelque chose de non conducteur, se mettre en boule. C'est des choses qu'il faut savoir.»
Le grimpeur d'expérience devait se rendre au même endroit aujourd'hui même pour grimper la voie qui s'y trouve. «Dans les circonstances, ça me tente moins. Je vais changer mes plans», conclut-il. Jean-François Néron
Toujours un risque
C'est habituellement au milieu d'un lac ou d'une plaine que l'on est frappé par la foudre, et non sur une paroi d'escalade. Mais dès qu'on met le nez dehors, les chances d'être foudroyé, bien qu'infimes, ne sont jamais complètement nulles, rappelle la météorologue d'Environnement Canada Rebecca Schneider.
«C'est la première fois que j'entends parler d'un cas comme celui-là. Disons que ce n'est pas quelque chose de commun, mais quand on est à l'extérieur, on est toujours exposé aux éléments», dit-elle. Et même au milieu d'une forêt ou entre deux gratte-ciel, un risque, si mince soit-il, peut subsister.
Le jeune Jean-Philippe Dion, 21 ans, qui a perdu la vie mercredi en escaladant une paroi dans le secteur de Saint-Raymond, n'est par ailleurs pas le premier alpiniste à mourir de la foudre, d'après une brève recherche sur Internet. L'an dernier, en Australie, un autre grimpeur est mort de la même manière peu après avoir atteint le sommet d'une paroi - endroit qu'il faut éviter lors d'un orage. Il semble que Jean-Philippe Dion ne se trouvait pas particulièrement proche du sommet de la paroi qu'il escaladait, puisqu'il a été frappé pendant qu'il descendait en rappel et qu'il se trouvait même plus bas que l'ami avec qui il grimpait.
En 2010, 16 grimpeurs ont subi des blessures et un 17e a perdu la vie sur une paroi du mont Grand Teton, au Wyoming, quand la foudre les a frappés; ils se trouvaient alors toutefois proches du sommet, un endroit qu'il faut éviter lors des orages. Cette même montagne avait fait une autre victime, dans des circonstances similaires, en 2003.
Avec Jean-François Cliche