Le professeur en marketing des sports à l'Université Laval André Richelieu émet l'hypothèse qu'un saut en politique serait plus attrayant pour Pierre Karl Péladeau que de continuer à se battre pour le retour de la LNH à Québec, un dossier qui serait pratiquement au point mort.

PKP, politique et LNH, un mauvais trio, croit un expert

Le saut de Pierre Karl Péladeau en politique risque de nuire au retour d'une équipe de la LNH à Québec, estime le spécialiste en marketing des sports André Richelieu.
«Si vous êtes la Ligue nationale et que vous n'êtes déjà pas trop vendu à l'idée de Québec et qu'en plus vous avez un homme d'affaires qui devient politicien et qui fait des déclarations qui peuvent créer un peu de discorde au sein de la population, ça peut refroidir davantage.»
C'est l'analyse qu'a étayée lundi en entrevue au Soleil André Richelieu, professeur titulaire expert en marketing des sports à l'Université Laval.
Au lendemain de l'annonce de la candidature de Pierre Karl Péladeau dans les rangs du Parti québécois, le spécialiste va plus loin.
Selon lui, l'entente conclue en novembre avec Québecor pour les droits de diffusion d'un bloc de matchs du Canadien de Montréal pourrait être une forme de «cadeau de compensation» de la part de la LNH «parce que les Nordiques ne reviennent pas dans l'immédiat». Et cette perspective plus lointaine du retour d'une équipe à Québec aurait peut-être offert à M. Péladeau une ouverture pour se présenter en politique. «Peut-être que les Nordiques ne vont pas revenir de sitôt et que dans l'immédiat, un saut en politique est potentiellement plus attrayant que de continuer à se battre sur un dossier qui, de ce que j'en ai entendu de sources assez près du dossier, est entre parenthèses, au point mort quasiment.»
D'autre part, M. Richelieu sourcille devant l'ampleur de l'influence qu'aura l'ancien patron de Québecor, s'il est élu dans un gouvernement péquiste majoritaire. Une influence qu'il compare à une pieuvre aux multiples tentacules.
À la Berlusconi
Il n'hésite d'ailleurs pas à dresser le parallèle avec l'ancien premier ministre italien Silvio Berlusconi, comme plusieurs observateurs l'ont fait. C'est le mélange de politique et de sport, avec en trame de fond un empire médiatique qui peut très bien mener à des conflits d'intérêts et même à des abus de pouvoir, dit-il. «Dans un contexte où on parle beaucoup de bonne gouvernance, d'éthique, je suis un peu surpris que ces liens entre politique, sport et médias soient aussi étroits, à la limite quasi incestueux.»
Car bien qu'il prétende le contraire, les liens de Pierre Karl Péladeau avec son entreprise sont bien réels, soutient André Richelieu. Et le groupe médiatique peut s'avérer un «levier ou une plateforme politique extraordinaire en cas de besoin ou qui pourrait servir à ramener une équipe». «On entre dans un cercle vicieux qui ressemble étrangement à celui qu'on a vu en Italie avec Berlusconi, où une personne est chef du gouvernement, a des intérêts dans un club de soccer, contrôle les médias et finalement essaie de se servir aux trois buffets en même temps. [...] C'est pas un exemple d'éthique, d'intégrité et encore moins de bonne gouvernance.»
Affaires ou politique
Et tant qu'il ne se départira pas de ses actions, il demeurera toujours des doutes sur son indépendance. Vendre ses parts demeure selon lui «la seule chose à faire. [...] Ou on est homme d'affaires, ou on est politicien. Mais on ne peut pas faire les deux parce que ça donne l'impression qu'on essaie de valser à deux noces».
Le professeur Richelieu souligne par ailleurs qu'aucun message clair n'est parvenu de la Ligue nationale de hockey quant au retour d'une équipe. «Les choses n'ont pas changé dans l'immédiat. Québec n'est pas plus ou moins attrayante pour la Ligue nationale qu'elle ne l'était cet été lorsqu'on a vécu cette fameuse saga des Coyotes qui n'en finissait plus.»
Mais il n'en démord pas : la nouvelle donne politique pourrait refroidir les ardeurs des dirigeants de la Ligue.
«Ça pourrait faire plus de mal qu'autre chose au dossier.»