«Pis, as-tu eu une médaille?»

Pour cette chronique, je reprends ma voix d'athlète et laisse celle du journaliste de côté. Avec la danse olympique reviennent les inévitables prédictions sur le tableau des médailles. Ah, le tableau des médailles! Où le Canada s'y situera-t-il? On peut débattre, mais une chose est certaine: les athlètes, eux, s'en balancent.
J'étais des Jeux de Turin et de Vancouver et j'ai dû chercher pour savoir combien la feuille d'érable avait remporté de médailles en 2006: 24, troisième au tableau du total des médailles, derrière l'Allemagne et les États-Unis. Je n'en avais aucun souvenir. 
Même pour les JO de 2010, je me rappelle des fameuses 14 médailles d'or historiques, mais je n'aurais pas parié mon emploi au Soleil sur le nombre total de pendentifs passés autour du cou des Canadiens. Avec 26, le pays s'est encore retrouvé troisième. 
Les Olympiques sont le plus grand moment de la vie des athlètes. Déjà égocentriques - de nature ou par obligation ponctuelle -, ils vivent pour deux semaines dans une bulle. Ils pensent à eux, à leur sport, à leur nombril. Sauf pour les sports d'équipe, ils songent alors au nombril de l'équipe.
J'ai demandé à quatre athlètes québécois s'ils se souvenaient de la performance du pays lors de leurs olympiques. Dans tous les cas, aucun n'avait une meilleure mémoire que la mienne.
«Aucune idée», a répondu François-Louis Tremblay, patineur de vitesse courte piste présent aux trois derniers Olympiques d'hiver. «C'est énorme, les Olympiques et c'est le moment où on est le plus occupé de notre vie.»
«Vingt-six! Je m'en rappelle parce que je ne l'ai pas su dans un quiz juste après les Jeux», a quant à lui lancé Vincent Marquis, skieur acrobatique aux derniers JO.
Joannie Rochette (Turin et Vancouver) n'a pas été mieux. «Je ne m'en souviens pas», a-t-elle avoué. Est-ce parce que les athlètes n'y accordent aucune importance? «Je ne dirais pas ça, c'est plaisant et rassembleur de suivre le décompte des médailles tout au long des Jeux, mais c'est davantage une préoccupation pour le COC [Comité olympique canadien].»
Guylaine Dumont, volleyeuse de plage des Jeux d'Athènes, conseillère en psychologie sportive, soulève un point intéressant. «Monsieur et madame Tout-le-Monde s'attendent à X médailles à cause de ce qui est propagé dans les médias. Ces attentes peuvent avoir comme effet qu'ils ne verront pas les performances incroyables de nos athlètes non médaillés», a souligné avec justesse celle qui avait agréablement surpris le pays en 2004, avec sa partenaire Annie Martin, en terminant cinquième. 
Pour Sotchi, faisons comme ces derniers et laissons le COC et les fédérations sportives s'attarder au total de médailles. Vivons ces Jeux avec les athlètes qui y écriront l'un des chapitres les plus spectaculaires de leur vie. Célébrons leurs succès et soyons derrière eux dans cette folle aventure. Et surtout, à leur retour, demandons-leur de raconter leur récit et ne nous contentons pas du trop populaire et singulier «Pis, as-tu eu une médaille?»
Merci aux nouvelles disciplines
Je remets mon chapeau de journaliste et prédis que les nouvelles disciplines faisant leur apparition olympique à Sotchi sauveront le Canada. Le pays gagnera sensiblement le même nombre de médailles qu'aux deux derniers JO, mais ce sera grâce au slopestyle et à la demi-lune en ski. 
Les skieuses acrobatiques québécoises Kaya Turski et Kim Lamarre (Lac-Beauport) ont d'ailleurs fait une exceptionnelle démonstration de leur talent, dimanche, en terminant première et troisième de l'épreuve de slopestyle au X Games d'Aspen, au Colorado. 
Leur compatriote skieuse de l'épreuve de demi-lune Rosalind Groenewoud, le planchiste québécois Maxence Parrot et son coéquipier Mark MacMorris (slopestyle) sont tous montés sur le podium. 
Préparez-vous, les exploits de nos athlètes à Sotchi seront acrobatiques.