Pierre Greco: le train à destination de Saint-Victor

Il y a de ça presque 10 ans, Nancy Florence Savard et Pierre Greco revenaient à Québec par le train. Le réalisateur a suggéré à celle-ci de lire le livre jeunesse de sa conjointe, Johanne Mercier. L'amateur fini de bandes dessinées était loin de se douter que la productrice serait emballée au point de lui suggérer d'en faire un long-métrage d'animation! Et qu'il s'embarquait dans une aventure qui allait durer sept ans...
L'offre est arrivée à point nommé. Après l'échec d'Un petit vent de panique (2000), une fiction, «je suis tombé en réflexion. J'avais fait de la BD plus jeune et j'enseignais le dessin animé au cégep», raconte Pierre Greco.
«Quand j'ai lu Le coq de San Vito, c'était clair que ça prenait Pierre pour en faire [l'adaptation], se rappelle Mme Savard. De fil en aiguille, l'idée de [long métrage] a fait son chemin.»
Mais la chose n'allait pas de soi. Le coq de San Vito était d'inspiration italienne, très bucolique avec des personnages à la Pagnol. Pierre Greco devait convaincre sa douce que le récit se prêtait bien à un cartoon à la Chuck Jones, le créateur des célèbres personnages des Looney Tunes!
Le duo devait aussi surmonter une autre difficulté, plus scénaristique celle-là : les ellipses. Il fallait combler les trous. Le réalisateur y a vu une opportunité de traiter de thèmes plus adultes et de faire des clins d'oeil. Ainsi, les marchands du village voisin viennent commercer à Saint-Victor. Une occasion d'opposer l'achat local à la liberté de choix du consommateur et de fournir matière à réflexion aux adultes. «On vise la famille», admet Pierre Greco.
Cette séquence se termine par une bataille à coups de baguette (de pain) qui évoque évidemment les échauffourées villageoises d'Astérix et Obélix. «[Les allusions], ce sont des coups de chapeau. Mais la scène se tient tout de même», estime-t-il.
Passer à l'animation a demandé beaucoup d'adaptation, mais le réalisateur se sentait solide sur le plan cinématographique. «Ce n'était pas une préoccupation.» Il s'est donc concentré sur l'attitude des personnages et sur le timing pour les gags. Pour l'aspect esthétique - le film est superbement illustré -, «j'ai donné le ton, mais il y avait beaucoup de monde [au studio FrimaFX] qui s'en occupait».
Mais en amont, il a d'abord fallu enregistrer les voix (et tout le bruitage). «Comme j'avais déjà travaillé avec des comédiens, j'avais un atout.» Car la production a réuni une brochette de vedettes : Anne Dorval, Guy Jodoin, Guy Nadon, Mariloup Wolfe et Gaston Lepage, qui a donné voix au coq.
Dans ce dernier cas, «je cherchais comment faire passer les émotions» - le coq est parfois affolé, parfois déprimé... «Dans le cadre d'un cartoon, on y croit. Je suis super emballé.»
À n'en pas douter, la sortie du Coq de Saint-Victor représente un soulagement pour Pierre Greco. Fébrile, un brin anxieux en entrevue avec les mots qui se bousculent, le réalisateur aux lunettes dépouillées et aux cheveux poivre et sel mesure le chemin parcouru : cinq ans de développement et deux ans de production. Malgré tout, «j'adore ça. Je me suis senti comme un poisson dans l'eau : j'ai jamais eu de doute.»
Au point où il se lance dans la création de Mission Katmandou, qu'il coréalisera avec Nancy Florence Savard, sans arrière-pensée, même si «on part toujours de rien, il faut tout concevoir».
Pierre Greco a quand même une petite idée où puiser pour donner vie à ce duo de détectives : chez Franquin. «Un peu comme Spirou et Fantasio : des aventures, mais avec de l'humour.» Ça promet.