L'audacieux répertoire que Pierre Flynn a bâti au sein d'Octobre résonne encore.

Pierre Flynn: il était une fois... Octobre

Voilà trois décennies qu'Octobre a cessé ses activités et pourtant, l'audacieux répertoire que Pierre Flynn y a bâti avec Mario Légaré (basse), Jean Dorais (guitare) et Pierre Hébert (batterie) résonne encore. Retour sur une décennie qui a vu naître des classiques comme La maudite machine, Dans ma ville, Le vent se lève et L'imaginoir en compagnie des quatre complices.
<p>Les membres d'Octobre évoquent leurs 10 années d'activités avec fierté. </p>
<p>Jean Dorais</p>
«Octobre, c'est parti d'une amitié qui remonte bien avant que le groupe commence, explique Jean Dorais. Pierre Flynn est mon cousin, alors je le connais depuis que j'ai cinq ans. La première fois que j'ai joué de la guitare électrique, c'était avec lui...»
En 1969 et en 1970, Flynn, Légaré et Dorais sévissent au sein de Gladstone. La formation a tôt fait de s'essouffler, mais Flynn et Légaré continuent d'échanger leurs idées musicales tandis qu'ils fréquentent le Cégep de Saint-Laurent.
«On foxait nos cours, raconte Mario Légaré. On amenait une guitare, une basse et on ploguait ça dans le stéréo du salon. On n'avait pas peur de passer des heures sur un riff ou une particularité. On jouait de la musique et c'était vraiment un jeu.» 
Quand vient le temps de recruter un batteur, les gars se tournent vers Pierre Hébert, qu'ils connaissent déjà. Le trio se baptise -Maelstrom, or il manque l'apport d'une guitare. Flynn passe donc un coup de fil à son cousin.
«Il a commencé à me jouer ses chansons au téléphone, se remémore Jean Dorais. Je trouvais ça plus le fun que ce que je faisais dans mon band, alors je suis allé les rejoindre!»
«On était des ti-culs et on ne pensait à rien d'autre qu'à la musique, poursuit Pierre Hébert. C'est comme ça que ça s'est développé. Je n'avais même pas 18 ans quand on a enregistré notre premier album!»
En français, svp!
Les gars n'ont pas perdu de temps. Après quelques mois d'activités, ils ont enregistré une maquette de six chansons. Une moitié en anglais, l'autre en français.
«On était assis sur la clôture, constate Pierre Flynn. Parce que ce n'est pas d'hier que les groupes québécois chantent en anglais. Il y avait tout un mouvement francophone qui s'amorçait. [...] Il y avait là un appel auquel on ne pouvait pas résister.»
Octobre démarre donc en 1972. Avec son répertoire qui ne craint ni les métissages ni les longs développements, on l'assimile à la mouvance du rock progressif. Pas pour rien qu'en 1973, la troupe ouvre pour King Crimson à Québec et dans la métropole. Les gars nuancent toutefois l'étiquette «progressive», car leurs intérêts résident davantage dans la musique noire américaine que dans l'art-rock britannique. 
«On avait des tounes qui ne finissaient plus parce que tout le monde amenait ses influences, indique Pierre Hébert. Il y avait du jazz, du funk, du blues, du rock... On écoutait beaucoup de musiques et on se trouvait à émuler tout ça.»
Octobre ne manquait pas d'ambition. La bande est allée chercher des cordes, des cuivres et des choeurs pour l'album L'autoroute des rêves (1977). Si les Montréalais se distinguaient en studio, c'est sans doute sur scène que leur chimie transparaissait le plus, comme en témoignent les trop rares enregistrements live, qui demandent aujourd'hui à être réédités. Il faut dire que, bien que les quatre musiciens étaient à peu près tous autodidactes, ils étaient fort doués.
Les membres d'Octobre évoquent leurs 10 années d'activités avec fierté. D'ailleurs, le groupe n'a jamais éclaté. Il a plutôt mis ses activités sur la glace au lendemain de Clandestins (1980), lancé à une période où le paysage culturel québécois était en mutation. 
Flynn est parti en solo, se permettant au passage une collaboration avec Plume. Mario Légaré et Pierre Hébert, qui enseigne son art, sont devenus des instrumentistes convoités. Jean Dorais, pour sa part, s'est réorienté du côté de l'informatique, mais n'a jamais rangé sa guitare, s'impliquant dans différents projets. Comme chacun a gardé la forme, il y a eu d'épisodiques réunions en 1989, en 1996 et en 2006. Est-ce qu'une autre serait encore possible?
«Je ne dis jamais non à ça, répond Mario Légaré. Je pense que les autres gars non plus. Peut-être qu'un jour, ça pourrait se faire, pourquoi pas? Je ne pense pas que ça hypothéquerait la carrière de Pierre. Et jouer avec ces trois autres gars-là, c'est quelque chose de ben, ben l'fun  
Pierre Flynn vu par...
Jean Dorais:
«Pierre est créatif et rigoureux. Il n'y a rien chez lui qui n'est pas réfléchi. [...] Il a un sens de l'écriture qui est assez fort. Son style de texte, il n'y a pas beaucoup d'artistes qui peuvent être à son niveau.»
Pierre Hébert:
«Il a le contrôle absolu sur ses affaires; c'est normal, ce sont ses chansons. Il prend son temps, je crois, parce qu'il ne veut pas faire n'importe quoi. Il est perfectionniste et authentique.»
Mario Légaré:
«Pierre ne va jamais présenter quelque chose de mièvre ou de banal; il va tout de suite opter pour la profondeur. Il m'a toujours impressionné par ça. J'aurais aimé ça écrire, moi aussi, mais j'étais trop impressionné et obnubilé par son travail.»