L'ex-journaliste Pierre Breton a eu la main heureuse avec son nouveau passe-temps, puisque son premier roman a été rapidement accepté chez Boréal.

Pierre Breton: au pied des dômes argentés

Si le fameux dôme blanc de l'anse au Foulon, visible du Petit-Champlain et même de Lévis, vous semble surréaliste, sachez que des formes semblables veillaient sur un petit village beauceron dans les années 60. Elles ont inspiré à Pierre Breton un premier roman, Sous le radar, qui vient d'être publié chez Boréal.
Nous nous trouvons à Saint-Sylvestre, le village natal de l'auteur, dans les années 60, en pleine guerre froide. L'armée américaine a installé un radar sur la montagne qui surplombe le village et une base militaire- véritable ville moderne avec des chemins asphaltés, une salle de quilles et des femmes aux airs de vedettes de cinéma - a poussé tout près de l'école, de l'église et des rangs typiquement québécois. Quant au fameux radar, il était composé de trois structures. «On les voyait des plaines d'Abraham, avant. Il y avait un gros dôme argenté et deux plus petits», décrit Pierre Breton. Maintenant, il ne reste que la base de l'un d'eux, qui aurait accueilli quelques partys rave.
Dans Sous le radar, nous suivons les aventures de deux adolescents, un narrateur jamais nommé et Tom Higgins, un Irlandais toujours à préparer un coup pendable. (Étrange hasard, un homonyme du personnage a fait son entrée dans la sphère publique québécoise cette semaine en étant nommé entraîneur de l'équipe de football des Alouettes de Montréal...)
Pourquoi avez-vous eu envie d'écrire ce roman? «Je m'emmerdais», répond Pierre Breton sans hésitation. L'ex-journaliste a eu la main heureuse avec son nouveau passe-temps, puisque son premier roman a été rapidement accepté chez Boréal.
«Un jour, on écrit une ligne, puis on en écrit une autre. Ça m'a pris environ un an et demi», indique l'auteur, plutôt surpris d'avoir accouché d'un roman, puisqu'il n'est pas, lui-même, un grand lecteur de cette forme de fiction. «Je lis beaucoup de livres d'histoire, mais j'ai choisi le roman pour le ton, j'avais envie d'écrire l'esprit léger», explique le fan de Michel Folco.
Le ton est effectivement plein d'humour et de légèreté, même si récit est construit de manière rigoureuse. Chaque chapitre est inspiré d'une tradition ou d'une situation typique de l'époque (les foins, l'élection, le périple vers Delhi, en Ontario, pour ramasser du tabac), mais tout se tient et s'écoule comme un seul grand récit initiatique.
«À 12 ou 13 ans, en particulier dans ce temps-là, on était déjà presque adulte, raconte l'auteur. C'est aussi l'époque où les villages changeaient, où on laissait tomber les écoles de rang pour créer des écoles centrales. C'est une époque que j'ai tendance à considérer heureuse. Je ne veux pas tomber dans la nostalgie, mais je sens que le monde était plus simple, que les gens étaient plus solides, se cassaient moins la tête et étaient plus aptes à absorber les chocs.»
Les personnages sont bien campés, avec des caractéristiques et des défauts très clairs, ce qui donne de la couleur au récit. Plus jeune, M. Breton s'amusait d'ailleurs à singer son entourage, comme le fait le personnage principal du roman. Comme journaliste chez Beauce Média, il dit avoir appris à jeter un regard lucide sur les rouages de sa société, jusqu'à devenir un peu blasé du métier. Maintenant retraité, avec un petit bas de laine amassé au quiz télévisé Tous pour un, il a pu cultiver une nouvelle manière d'écrire et y a pris goût. Au point de mijoter un deuxième roman, qui se déroulera cette fois entre Mont-réal et Rome. «Mais je prends mon temps», prévient l'auteur, qui a su aller chercher une belle authenticité dans ses dialogues ponctués de québécismes.
«On a voulu me faire changer le terme liqueur, mais c'était hors de question que ça devienne soda ou boisson gazeuse», illustre-t-il. «Il y a tellement de beaux mots dans notre langue.» Et de belles histoires, inspirées par des constructions incongrues.