Noémie O'Farrell et Maxime Robin ont demandé à des auteurs de broder une histoire à partir d'une simple photo.

Photosensibles: noirceur lumineuse

On dit d'une matière photosensible qu'elle est sensible aux rayonnements lumineux. Et c'est justement à la lumière qui émerge de la noirceur que La Vierge Folle a voulu s'intéresser dans sa nouvelle création, bâtie autour de cinq photographies marquantes qui ont fait le tour du monde.
À Noël, il y a plusieurs années, Maxime Robin a reçu de sa mère un livre rassemblant les photos gagnantes du prix Pulitzer depuis sa création. «En feuilletant l'album et en voyant toutes ces photos, j'ai pleuré. Ma mère est tombée des nues quand elle a vu que ça me faisait de la peine. Elle m'a dit: "Il y a beaucoup de lumière et d'espoir dans ces photos-là." Et c'est là que j'ai réalisé que c'est vrai que dans les choses les plus noires, il y a de la lumière, dépendamment de comment on les regarde», raconte le comédien et metteur en scène.
Ce simple cadeau allait semer la graine d'un nouveau projet théâtral, après Iphigénie en auto et Viande. La jeune compagnie de théâtre de La Vierge Folle, associée aux Contes à passer le temps, qui reviennent depuis quelques années à la Maison Chevalier dans le temps des Fêtes, a eu envie de reprendre pour Photosensibles un même genre de formule, bâtie autour de cinq monologues, cette fois rattachés à une photo.
Question de pimenter le processus, Noémie O'Farrell et Maxime Robin ont décidé d'envoyer de façon complètement anonyme aux auteurs avec qui ils avaient envie de travailler des cartes postales des cinq photos, avec un bref historique et quelques questions. «On a eu des réactions très diverses, certains se sentaient traqués, certains ont eu l'impression qu'on leur faisait du chantage, d'autres étaient flattés», raconte Maxime Robin.
Au fil du processus, cinq auteurs ont répondu à l'appel mystérieux. Véronique Côté, Jean-Michel Girouard, Roxanne Bouchard, Jean-Philippe Lehoux et Gilles Poulin-Denis ont eu carte blanche pour s'inspirer de la photo et en tirer un texte. Ces images avaient une histoire documentaire, mais le résultat plonge allègrement dans la fiction.
«On n'avait rien précisé. On leur demandait de raconter l'histoire de cette photo. Il y en a qui sont allés ailleurs, mais le thème reste lié avec la photo, qui, au fond, est la ressource sensible de la création des textes», explique Noémie O'Farrell. «On a trouvé un fil conducteur pour unir ces cinq tableaux. Ils sont liés par un personnage, par son parcours vers la lumière, vers une nouvelle façon de regarder, dans un monde où on est bombardés d'images.»
Les deux acolytes et leurs concepteurs ont choisi de travailler une mise en scène minimaliste, en ayant en tête d'abord et avant tout la perception du spectateur. Une première étape de la création de ce langage a été réalisée lors des derniers Chantiers du Carrefour de théâtre. Une expérience qui a marqué leur création d'une façon inusitée. «Tout juste après notre laboratoire, alors qu'on venait de mettre toute notre énergie à créer une chambre noire sur scène, il y a eu une panne de courant», raconte Maxime Robin. «Le quartier Montcalm a été plongé dans le noir pendant une heure, alors qu'on discutait avec une auteure. Moi, je suis superstitieux jusqu'au bout des ongles, et ça m'a fait bizarre.»
D'autres petits incidents, comme une ampoule éclatée dans un drôle de synchronisme, les ont rendus attentifs aux détails. «Je ne sais pas ce que ça signifie, mais ce que je sais, c'est que ça nous a permis d'ouvrir l'oeil et de tendre l'oreille, ce qui est quelque chose qu'on fait moins qu'avant», conclut Maxime Robin.
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À l'affiche
Titre: Photosensibles
Textes: Véronique Côté, Jean-Michel Girouard, Roxanne Bouchard, Jean-Philippe Lehoux et Gilles Poulin-Denis
Mise en scène: Maxime Robin
Interprètes: Maxime Robin, Noémie O'Farrell, Joëlle Bond, Lise Castonguay, Guillaume Pelletier et Denis Harvey
Salle: Premier Acte
Dates: 21 octobre au 8 novembre
Synopsis: Cinq photographies qui ont forgé le XXIe siècle passent sous la plume de cinq auteurs à qui on a demandé d'en raconter l'histoire secrète.