Philippe David Gagné (à gauche) a réalisé Bleu tonnerre en duo avec Jean-Marc E. Roy

Philippe David Gagné et Jean-Marc E. Roy à Cannes: «un rêve de jeunesse»

Philippe David Gagné s'était promis de ne pas revenir à Cannes tant qu'il ne serait pas sélectionné. C'est arrivé plus vite que prévu. Jean-Marc E. Roy a réalisé «un rêve de jeunesse». Les deux réalisateurs du Saguenay sont au 68e Festival grâce à Bleu tonnerre, présenté aujourd'hui et demain à la Quinzaine des réalisateurs.
Assis à la terrasse de l'Espace Québec sur la Croisette, le duo se prête de bonne grâce au jeu des entrevues avant d'assister à la représentation de Dheepan de Jacques Audiard. Ils se pincent, mais pas trop, d'être là.
Bien sûr qu'ils ont été surpris que leur court métrage se retrouve à Cannes. Après tout, il s'agit des aventures d'un gars d'shop (Dany Placard) qui perd sa job, son bébé et sa blonde pour aller lutter. En chantant, en plus. «On se demandait si ça allait avoir une vie en dehors du Québec», souligne Philippe David. À cause de l'accent, des expressions...
Ils ont vite été rassurés. Le jour même de sa présentation au festival Regard sur le court métrage, où il allait remporter deux prix, la chaîne franco-allemande Arte s'en est portée acquéreuse. «Là, on commençait à y croire [à Cannes]», explique Jean-Marc. Un baume puisque Bleu tonnerre avait essuyé des refus aux festivals de Sundance et de Berlin.
Quatre ans et demi 
Les gars partaient de loin. L'idée leur est venue alors «qu'ils beuglaient des chansons de Dany Placard» en revenant d'un tournage en Abitibi, en 2010. Il leur faudra quatre ans et demi avant de réussir à tourner même si le chanteur a accepté rapidement de s'associer au projet, ainsi que Louis Champagne et Sandrine Brisson. Isabelle Blais, à la fois actrice et chanteuse, est arrivée peu après.
Car Bleu tonnerre est un conte musical chanté. «On ne voulait pas faire une comédie musicale comme tout le monde où quand la musique part, on sent que c'est plaqué. On voulait garder l'essentiel : l'émotion qui passe par les chansons, en captation directe», explique Philippe David.
Le court tient aussi sa particularité de son personnage principal. Bruno est un looser, conviennent-ils. Mais ils voulaient mettre de l'avant l'idée des fantasmes qu'on entretient. «[Un fantasme], son intérêt, c'est de ne jamais le réaliser. Il te procure de l'émotion et quand tu le réalises, ça devient un constat et une déception et tu ne peux pas revenir en arrière.»
À ce compte-là, vaut mieux entretenir ses rêves. Et les deux réalisateurs en ont d'autres ensemble, dont une série documentaire au Saguenay qu'ils tourneront cet été, et séparés. Jean-Marc E. Roy est en préproduction d'un long métrage documentaire sur le cinéaste André Forcier alors que Philippe David Gagné bûche sur son premier long métrage de fiction, Boutefeu, qu'il compte tourner, si tout va bien, à l'hiver 2016.
En attendant, les deux amis savourent chaque moment de la présence à Cannes.