Les personnalités politiques qui se sont réjouies le plus ardemment de l'arrivée de Pierre Karl Péladeau, vu comme le sauveur de l'option souverainiste, avaient bien souvent plus de 65 ans.

Peu d'écarts générationnels dans l'appui à la souveraineté

Traditionnellement, les jeunes ont toujours été plus souverainistes que leurs aînés. Tant et si bien que dans les années qui ont suivi le référendum de 1995, une impression généralisée au sein du mouvement souverainiste (et même partagée par bon nombre de fédéralistes) voulait que la réalisation de l'indépendance ne fût plus qu'une question de quelques années, le temps que de vieux fédéralistes meurent et que de jeunes souverainistes atteignent l'âge de voter.
Or en 2004, trois jeunes députés péquistes, Alexandre Bourdeau, Stéphan Tremblay et Jonathan Valois, avaient sondé leur propre génération lors d'une tournée et en étaient revenus «assommés» : les 18-34 ans, disaient-ils, trouvaient le projet d'indépendance «désuet». Et on entend périodiquement depuis des gens le décrire comme celui d'une seule génération, les baby-boomers. Voyons ce qui en est.
Les faits
La sociologue de l'Université de Montréal Claire Durand a compilé récemment les résultats de sondages réalisés en 1979 et en 1995, puis en 2010, en 2012 et en 2013. Les chiffres sont reproduits sur le graphique ci-contre.
On y voit que chez les francophones, au tournant des années 80, l'appui à l'indépendance était très clairement concentré chez les jeunes (63 %); à l'époque, les 35-54 ans étaient assez tièdes à l'égard du projet péquiste (36 %), et les plus vieux y étaient carrément réfractaires (22 %). Quinze ans plus tard, les jeunes francophones de 1980 faisaient partie de 35-54 ans et se montraient toujours aussi souverainistes (65 %), la génération qui les avait suivis l'était tout autant (63 %), et les aînés se réchauffaient tranquillement à l'idée d'un Québec souverain (40 %).
Mais voilà, a trouvé Mme Durand, depuis au moins 2010, on ne voit plus vraiment de différence entre les générations, tous, jeunes et vieux, appuyant la souveraineté dans une proportion d'environ 40 %. «Ce qu'on voit, c'est que les jeunes de 1980 sont restés souverainistes et que les jeunes de 1995 le sont devenus en bonne partie pendant la campagne référendaire. Mais, en ce moment, ce n'est pas ce qu'on a. D'une part, les jeunes de l'époque ne sont plus aussi souverainistes qu'avant, et la nouvelle génération ne l'est pas assez pour compenser», constate-t-elle.
Que s'est-il passé? Mme Durand hésite à s'avancer sur une explication, mais dit tout de même que «c'est un mouvement qui remonte à 1995. La souveraineté est passée d'option politique à idéologie ou croyance. Et les croyances peuvent bouger avec le temps. J'ai fait plusieurs enquêtes autour de 2010-2011 où je demandais aux gens pourquoi ils avaient voté pour tel ou tel parti, et chez les gens qui avaient continué à voter pour le Parti et le Bloc québécois, on entendait souvent des réponses comme "Je suis souverainiste". Bref, ils s'identifient comme souverainistes, et peut-être qu'une identité, ça ne se développe pas facilement».
En outre, poursuit-elle, en 1979, les moins de 35 ans formaient 47 % de la population, contre seulement 27 % aujourd'hui. «Ça peut changer leur rapport à la société.»
Verdict
Le fait que les appuis à la souveraineté soient à peu près égaux à tous les âges suggère que ce n'est pas seulement le «projet d'une génération». Mais cela démontre aussi clairement que les jeunes ne sont plus particulièrement souverainistes.