Un puit de pétrole sur les bords d'un fjord en Norvège

Pétrole : le modèle norvégien

Le Manifeste pour tirer profit collectivement de notre pétrole publié récemment par une dizaine de personnalités a suscité beaucoup de réactions. Les auteurs font un parallèle entre le développement de nos ressources hydroélectriques et la mise en valeur de notre potentiel pétrolifère, notamment dans l'île d'Anticosti et à Old Harry.
Ils citent en exemple le cas de la Norvège, qui s'enrichit chaque année grâce à la production de
3 millions de barils de pétrole par jour (bpj). Petite correction d'abord, la production a atteint un sommet de 3 millions de bpj en 2000, mais depuis, le rythme s'est ralenti, aux environs de 1,5 million de bpj. C'est le niveau le plus bas depuis 25 ans, mais la Norvège est encore un des plus gros exportateurs au monde.
Équité
Les taxes y sont aussi très élevées (voir Q & R), mais en retour, l'État assume une large part des coûts de développement des nouveaux champs pétrolifères, les entreprises assument environ 10 % de ces coûts seulement. 
Le manifeste évoque aussi un «Fonds des générations» de la Norvège. Même s'il ne porte pas ce nom, familier aux Québécois, le Fonds de pension global du gouvernement, appelé autrefois Fonds pétrolier, est l'un des plus gros au monde et il vise, en effet, à assurer une équité entre la génération actuelle et celles qui vont suivre. 
C'est ce qu'a accepté de nous expliquer Paal Bjørnestad, secrétaire d'État aux Finances, une fonction qui se situe entre celles de sous-ministre et de chef de cabinet. Depuis les élections de 2013, c'est une coalition formée du Parti conservateur et du Parti du progrès, dont est membre M. Bjørnestad, qui forme le gouvernement, minoritaire.
>> La Norvège en quelques chiffres
Population: 5,1 millions
Budget (2013): 188 milliards $US
Surplus budgétaire prévu: 67 milliards $US
Valeur du Fonds global: 750 milliards $
<p>Paal Bjørnestad, secrétaire d'État aux Finances </p>
Six questions à... Paal Bjørnestad
Q Pourquoi a-t-on créé un fonds pétrolier à l'origine?
R Cela remonte aux premières découvertes de pétrole en mer du Nord. Le pétrole qui se trouve dans le sol est un bien commun, et nous avons été chanceux d'avoir pu découvrir cette richesse, mais nous devons penser à en laisser pour les générations à venir. 
Dès sa création, il était prévu que tous les revenus iraient dans le fonds, de façon à protéger les finances de l'État des fluctuations du marché pétrolier. C'est pourquoi nous ne prélevons que les revenus de placements. On ne touche pas au capital pour que le fonds continue de générer des revenus pour nos descendants.
Q Cela doit être parfois difficile de ne pas puiser dans cette réserve.
R Quand les revenus pétroliers sont élevés, il peut y avoir des pressions politiques pour accroître les dépenses budgétaires, mais ça n'est pas une bonne façon de gérer les finances publiques que d'avoir un budget soumis à autant de volatilité. Car si les prix du pétrole font chuter nos revenus l'année suivante, on se voit forcé de réduire les dépenses, et ça devient beaucoup plus difficile. De cette façon, nous nous assurons une certaine stabilité.
Q Quelles sont les règles en vigueur pour administrer le fonds et déterminer les revenus qu'on peut en tirer?
R Nos règles font en sorte que les sommes prélevées ne doivent pas dépasser le retour estimé sur une longue période, qui se situe à 4 % de sa valeur environ. Cela est parfois remis en question, mais une majorité au gouvernement continue de soutenir cette politique.
Dans le budget actuel, les montants prévus représentent 2,9 % du fonds. Les retraits peuvent parfois dépasser le seuil de 4 %, par exemple en période de récession, lorsqu'il est nécessaire de stimuler l'économie. 
Q Qu'est-ce qui est versé au fonds? Est-ce que ce sont seulement les revenus de votre participation dans Statoil ou cela inclut-il aussi les taxes prélevées dans le secteur pétrolier?
R Cela inclut les deux. Tous les revenus que l'État tire de l'industrie pétrolière sont versés dans le fonds. Les taxes du secteur pétrolier sont d'ailleurs élevées chez nous, et notre gouvernement vient d'abaisser de 1 % les taxes sur l'entreprise. ( NDLR : Taxe de 78 % sur les profits, et le taux d'impôt sur les sociétés est passé de 28 % à 27 % cette année.)
Q À quoi servent les revenus que procure le fonds à l'État?
R Un de nos objectifs est d'éviter ce qu'on appelle la «maladie hollandaise», un problème qui affecte les pays riches en pétrole et en gaz, portés à délaisser les autres secteurs industriels d'exportation. Nous utilisons donc une partie des revenus pour maintenir le secteur secondaire afin de nous protéger contre les creux du secteur pétrolier.
Notre gouvernement veut aussi revoir les priorités et investir plus dans nos infrastructures, notamment les routes et les voies ferrées, investir en santé et en éducation et en même temps nous voulons réduire la bureaucratie et l'administration publique et diminuer les subventions versées aux entreprises.
Q Est-ce que l'extraction se fait aussi sur le continent et y a-t-il de l'opposition à propos de l'environnement?
R Tout notre pétrole provient de la mer du Nord. La production a diminué depuis quelques années, mais la découverte de nouveaux champs devrait changer cela. Il ne se fait pas de fracturation chez nous, mais il y a une forte opposition à l'exploitation des gisements près des îles Lofoten, une région riche en poissons, qui migrent de l'Islande. Nous voulons protéger notre industrie de la pêche. Il y a eu des résistances de groupes environnementaux à l'ouverture de cette zone et le précédent gouvernement avait accepté de ne pas y toucher, depuis 8 ans. Notre gouvernement de coalition est aussi d'accord pour maintenir ce moratoire pour quatre ans encore.