Pétition en ligne contre le jeu en ligne

«Une offre de jeu en ligne, intègre et sécuritaire.» C'est en ces termes que le ministre des Finances, Raymond Bachand, a annoncé mercredi que le gouvernement autorisait Loto-Québec à instaurer des jeux en ligne.
Désolé, Monsieur Bachand, mais c'est une mauvaise décision.
«Intègre et sécuritaire», dites-vous? C'est justement là, le problème. Tant et aussi longtemps que le jeu en ligne est le fait d'entreprises dont l'intégrité est douteuse, les gouvernements ont les mains libres pour le dénoncer, pour mettre leurs citoyens en garde et tenter d'en freiner le développement. Mais le jour où les gouvernements s'engagent dans cette activité, ils changent de camp. Croyez-vous sincèrement que Loto-Québec lancera des campagnes de pub pour dissuader les Québécois de se prêter à cette activité? Jamais de la vie! C'est l'inverse qui se produira. On appellera ça le «jeu responsable» et on en fera la promotion.
Certaines réactions à l'annonce du jeu en ligne donnent l'impression qu'on n'a pas le choix d'y adhérer parce que c'est une industrie en pleine expansion et que les profits iront ailleurs si on ne le fait pas. C'est une équation boiteuse. Si le gouvernement décide de s'accaparer toutes les activités illicites en expansion, pourquoi ne pas se lancer dans la pornographie en ligne? Il y a des gens qui paient pour ça! Pourquoi ne pas se lancer dans la vente du pot et la prostitution pour en sortir le crime organisé, offrir des services «intègres et sécuritaires» et en retirer les profits au lieu de laisser ça aux criminels? Une p'tite fin de semaine de plaisir dans les chalets de la SEPAQ avec plein de petits extras, quoi!
Non, monsieur! Le jeu en ligne offre sans doute des revenus accrus au gouvernement, mais il comporte aussi des coûts sociaux énormes. Ce n'est pas pour rien que Loto-Québec a dépensé une fortune en frais d'avocats pendant huit ans à refuser de payer les frais de thérapie des joueurs compulsifs représentés par l'avocat Jean-Paul Michaud. Huit ans d'avocasseries et 125 jours de procès, avant d'admettre sa responsabilité. C'est scandaleux!
La taxe à Drapeau
L'argument du gouvernement est le même que celui qu'on a utilisé lorsque l'État a décidé de se lancer dans les loteries et les appareils de loterie vidéo à la fin des années 60. C'est le maire Jean Drapeau qui avait eu l'idée d'une loterie en 1968. Il appelait ça la «taxe volontaire». Québec a copié l'idée et a lancé Loto-Québec un an plus tard, après avoir obtenu une modification au Code criminel canadien afin de permettre aux provinces de se lancer dans le jeu.
Tout comme aujourd'hui, le gouvernement plaidait qu'il valait mieux prendre le contrôle du jeu au lieu de laisser cette activité aux mains du crime organisé. Au fil des ans, Loto-Québec est devenue une machine à piastres de plus en plus gourmande. Il est d'ailleurs significatif que ce soit le ministre des Finances et non ceux de la Santé et de la Sécurité publique qui ait annoncé la décision d'aller de l'avant avec le jeu en ligne. Aux prises avec des déficits structurels, le gouvernement est devenu un accro du jeu pour financer ses dépenses.
Tout le monde, sauf Loto-Québec, reconnaît que l'offre accrue du jeu augmente le nombre de joueurs compulsifs. Si les Québécois n'ont plus les moyens de financer les services qu'ils se sont donnés au fil des ans, c'est collectivement qu'ils doivent corriger le tir, et non aux dépens des joueurs compulsifs.
Le gouvernement nous dit qu'il veut notre bien en se lançant dans le jeu en ligne. Le problème, c'est qu'il risque de l'avoir. Il y aura un grand débat sur les finances publiques à l'Assemblée nationale, à l'occasion du prochain exercice budgétaire. Si l'opposition se cherche une cause de plus, en voilà une bonne : forcer le gouvernement à abandonner le jeu en ligne. Une pétition en ligne là-dessus? En parallèle avec une pétition sur support papier cette fois!
À vous de jouer!