Petites nations cherchent pays

Minoritaires, les souverainistes québécois dirigent maintenant l'Assemblée nationale et, tous partis confondus, rassemblent 40 % des électeurs.
L'objectif référendaire n'est plus d'actualité à court terme, démocratie oblige, mais le slogan «on veut un pays» demeure de mise dans le vocabulaire des militants.
Le portrait politique actuel nous donne une belle occasion de revoir l'état du monde des petites nations en quête d'un pays malgré des opinions publiques hésitantes, sinon négatives.
Et aussi, de constater que les mouvements souverainistes frères en Écosse, en Catalogne et en Flandre haussent le ton et appuient sur l'accélérateur.
Dans les deux premiers cas, les indépendantistes contrôlent le gouvernement, mais avec l'appui d'une minorité d'électeurs. Ni l'Espagne ni la Grande-Bretagne n'admettent légalement le départ d'une région, mais cette dernière, toujours pragmatique, a choisi de négocier les modalités du référendum annoncé pour 2014.
Le Scottish National Party a pris le pouvoir l'an dernier avec 45 % des votes, mais jamais aucun sondage n'a donné de majorité à l'indépendance de l'Écosse, les plus récents plafonnant à 35 %.
Le parti souhaitait tenir un référendum à deux questions, la première sur la souveraineté et la seconde sur la dévolution de pouvoirs supplémentaires.
Le premier ministre britannique, David Cameron, confiant des résultats, a refusé, et le SNP s'est incliné. Mais le point intéressant, dans ce débat, est que les deux parties s'entendront incessamment pour légaliser une procédure référendaire sous le contrôle du Parlement écossais. Pas question, à Londres comme à Édimbourg, de Loi sur la clarté.
À Barcelone, la crise financière qui frappe l'Espagne en général et la Catalogne en particulier provoque un tel tourment social que le gouvernement indépendantiste force le jeu en provoquant des élections anticipées pour le 25 novembre, soit deux ans plus tôt que prévu.
Le président de la Generalitat, le nationaliste Artur Mas, veut que la Catalogne exerce ce jour-là son «droit à l'autodétermination». Autrement dit, il déclenche une élection référendaire sur le dos de Madrid qu'il accuse de mauvaise gestion.
Optimiste au maximum, il a même annoncé dans cette foulée la tenue d'un vrai référendum, une fois l'élection gagnée.
Les Catalans, dont 46 % s'expriment de préférence en castillan et seulement 35 % en catalan, manifestent bruyamment leur grogne et pour une rare occasion, l'indépendance a atteint 51 % d'appuis dans un récent sondage.
Financièrement à bout, le gouvernement a sauté sur l'occasion. Comme en Écosse, la Catalogne veut plus de pouvoirs et plus d'argent, mais à la différence près que l'Espagne n'a pas un rond à lui donner.
Les indépendantistes flamands, de leur côté, atteindraient le seuil des 40 % des votes, selon des sondages réalisés en vue des élections municipales du 14 octobre, et leurs dirigeants entendent utiliser ce résultat pour peser sur les législatives de 2014.
La Belgique existe par suite d'un accident historique. Les Flamands, traditionnels défavorisés du pays, se retrouvent maintenant plus nombreux et plus riches que les Wallons. D'où la volonté de plusieurs d'entre eux de larguer les francophones.
Mais il est bien difficile de prévoir l'avenir politique d'un pays qui a survécu 541 jours sans gouvernement, en 2010-2011.
La Belgique navigue à vue, avec une communauté francophone qui n'a rien à négocier, sinon à perte. Même si toute comparaison est boiteuse, disons que la Flandre a autant d'intérêt envers la Wallonie que l'Alberta envers le Québec.
De ce tour d'horizon, je constate que l'ONU n'aura pas à ajouter quatre sièges de sitôt.