Pénurie de Valentin pour les super riches!

Nous vivons une époque formidable, au cours de laquelle les causes les plus inusitées trouvent parfois des défenseurs.
En France, signalons l'existence d'une association qui défend l'image des communes affublées de noms «burlesques». Ces dernières années, l'association a ainsi organisé des rencontres dans les villages de Bouzillé, de La Tronche et d'Arnac-la-Poste. En attendant le tour de Lorgies, de Saint-Pompon ou de Longcochon.
Attendez, vous n'avez encore rien vu.
En 2011, le Journal of Animal Ethics, de l'Université de l'Illinois, s'était même porté à la défense des animaux malmenés dans plusieurs expressions du langage courant.
En résumé, on suggérait fortement de ne plus dire «têtu comme une mule», «sale comme un cochon», ou «myope comme une taupe». Cela risquait de renvoyer une mauvaise image des animaux, bande d'inconscients que vous êtes!
Les chercheurs déconseillaient même d'utiliser le terme injurieux de vermine, pour désigner les rongeurs ou les insectes. On ne craignait pas de diminuer l'amour-propre des coquerelles, mais presque.
Défense de rire! Au besoin, inspirez-vous du légendaire coureur Emil Zatopek, expliquant pourquoi il ne souriait jamais.
«Je n'ai pas assez de talent pour courir et pour sourire en même temps.»
Nous vivons une époque formidable, au cours de laquelle on trouve même des gens pour s'apitoyer sur la réputation des punaises de lit.
C'est pour ça qu'on remarque davantage le faible niveau de popularité des super riches, un peu partout à travers le monde. Aux États-Unis, par exemple, pas moins de 65 % des électeurs estiment que les lois sont conçues en fonction de leurs intérêts.
À qui la faute? Aux statistiques sur la richesse mondiale, qui sait?
Selon Oxfam, les 85 personnes les plus riches du monde auraient accumulé une fortune de 1 800 milliards $. Autant que la moitié la plus pauvre de la population terrestre, soit 3,5 milliards de personnes!
Mieux, la richesse des 1 % les plus fortunés de la planète dépasserait 110 000 milliards $. Cela représente 65 fois ce que possèdent les 3,5 milliards de Terriens les plus pauvres.
Vous avez le vertige? Accrochez-vous! Parce que lorsque les super riches parlent de leurs malheurs, c'est souvent pire.
Récemment, le milliardaire américain Tom Perkins a comparé les critiques à l'égard des grandes fortunes aux attaques des nazis contre les Juifs.
L'an dernier, un grand bonze de la finance avait comparé l'élimination d'échappatoires fiscales à «l'invasion de la Pologne par Hitler, en 1939».
Plus déconnecté du monde, il y a peut-être un grille-pain, durant une panne d'électricité.
Tout compte fait, on s'ennuie presque du temps où la starlette Paris Hilton demandait innocemment : «C'est quoi une soupe populaire?»
À l'époque, les mauvaises langues se contentaient de persifler : «Heureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière...»
Soyons beau joueur. Il paraît que c'est pas toujours facile d'être un super riche.
Comme l'a si bien résumé l'ingénieur Luc Leclerc, durant son témoignage devant la commission Charbonneau : «On va vous donner 500 000 $ et essayez de le dépenser sans vous faire remarquer. Vous allez voir que c'est plus dur qu'on peut penser. C'est un cadeau empoisonné.»
Il s'en trouvera pour dire qu'un menu fretin comme M. Leclerc manquait cruellement d'imagination. En particulier chez les clients de la boîte de nuit La Movida, à Londres, où l'on peut commander le cocktail le plus cher du monde.
Baptisé «Le Parfait», le mélange coûte la bagatelle de 64 000 $. Il se compose notamment de cognac rarissime, de champagne hors de prix et d'une généreuse pincée de poudre d'or 24 carats, comestible. Sans oublier la bague de diamant de 11 carats qui baigne au fond de la mixture.
À ce prix-là, deux gardes de sécurité suivent le cocktail dès sa conception. Et ils se tiennent à vos côtés jusqu'à ce que vous ayez terminé, peut-être pour vous rappeler de ne pas essayer d'avaler la bague.
Rendu là, il ne vous reste plus qu'à pousser le cynisme plus loin, en imitant le baron d'un roman célèbre.
«Monsieur le baron, je n'ai rien mangé depuis trois jours», lui avait dit un pauvre type, d'une voix suppliante.
«Eh bien, Monsieur, répondait le baron, il faut vous forcer!»