La salle dédiée à Jean-Paul Riopelle présente entre autresdes sculptures de l'artiste.

Pellan, Riopelle, Lemieux et Leduc sous un même toit

Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) a franchi mercredi le premier pas dans sa grande transformation. L'institution a réuni sous un même toit, celui du pavillon Charles-Baillairgé, des expositions monographiques sur Jean Paul Lemieux, Alfred Pellan, Jean-Paul Riopelle et Fernand Leduc.
«C'est l'art du Québec à son meilleur», a souligné Line Ouellet, directrice générale du MNBAQ. «[Lemieux, Pellan, Leduc et Riopelle] sont là à long terme, c'est leur maison. Ils ont chacun leur chambre», a-t-elle illustré, sourire en coin.
Les quatre salles sont le fruit d'un premier redéploiement thématique des collections du Musée. Le pavillon Charles-Baillairgé, une ancienne prison construite en 1867, a subi notamment des rénovations extérieures. La facture pour donner un nouvel écrin à ces quatre figures majeures de l'art moderne s'élève à 4,5 millions $.
«C'est dès maintenant que le Musée se transforme», a confirmé Pierre Lassonde, président du conseil d'administration du MNBAQ. La prochaine étape consiste à terminer la construction du pavillon Lassonde, qui recevra dès l'automne 2015 des collections d'art contemporain. En 2016-2017, le pavillon Gérard-Morisset (le bâtiment original des beaux-arts) subira lui aussi une cure de jeunesse pour accueillir des collections à saveur historique. «C'est très important, quand on a une architecture pavillonnaire comme ça, d'avoir une identité très claire pour chaque pavillon», a expliqué Line Ouellet.
En attendant, voici un aperçu des quatre nouvelles expositions permanentes accessibles dès jeudi aux visiteurs.
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<p>Dans la nouvelle salle consacrée à Fernand Leduc, l'attention est attirée vers un grand cube noir qui met en valeur ses «microchromies» des années 70, des recherches sur l'action vibratoire de la lumière.</p>
Fernand Leduc: Peintre de lumière
Le peintre Fernand Leduc aura eu le privilège de savoir de son vivant qu'une salle lui serait dédiée au Musée national des beaux-arts du Québec. L'équipe du Musée a pu lui présenter le concept et les oeuvres choisies pour l'exposition avant son décès, le 27 janvier dernier, à l'âge de 97 ans. «Il était très heureux de ce dénouement. Nous sommes les dépositaires de la collection de référence de M. Leduc, on a plus d'une centaine d'oeuvres de cet artiste qui représentent l'ensemble de sa carrière», a précisé Line Ouellet, directrice générale. Dans la nouvelle salle du pavillon Charles-Baillairgé, l'attention est attirée vers un grand cube noir qui met en valeur ses «microchromies» des années 70, des recherches sur l'action vibratoire de la lumière. Le signataire du Refus global se distingue par sa recherche artistique «rigoureuse», note Paul Bourassa. «C'était un intellectuel», poursuit-il à propos du «peintre de lumière».
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<p>Jardin bleu, d'Alfred Pellan</p>
Alfred Pellan: le rêveur éveillé
L'exposition Alfred Pellan. Le grand atelier présentée l'été dernier au Musée avait quelque chose de très ludique. Dans Le rêveur éveillé, on retrouve certaines oeuvres comme ses Souliers et ses Masques, ainsi que ses Bestiaires et ses Mini-bestiaires. «Ce qu'on a voulu faire, c'est de montrer comment il a été influencé par le mouvement surréaliste», précise Paul Bourassa. À l'entrée de la salle, c'est d'abord sa période parisienne, influencée par le cubisme et Picasso, qui est mise en valeur. On y retrouve notamment le tableau Instruments de musique - A, qui a mérité le premier prix d'art mural à Paris en 1935. Le Jardin vert, qu'on avait pu voir cet été, est jouxté par un Jardin bleu, tableau d'une série inspirée des couleurs primaires et secondaires. «C'est intéressant de voir comment il a joué entre la figuration et la non-figuration», expose le directeur des collections.
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<p>Le monumental Poussière de soleil, de Jean-Paul Riopelle, est installé en plein centre dans un large cadre flottant à l'entrée de l'exposition. </p>
Jean-Paul Riopelle: Métamorphoses
C'est dans toute la diversité de l'oeuvre de Riopelle que prend racine Métamorphoses. Le visiteur est happé dès l'entrée de la salle par le monumental Poussière de soleil, installé en plein centre dans un large cadre flottant. «On a vraiment voulu magnifier nos oeuvres», explique Paul Bourassa à propos de la collection de Riopelle, qui avait déjà une salle dans le pavillon Gérard-Morisset. Plus loin, des sculptures aux figures animalières synthétisent «la façon dont son travail s'est nourri d'autres médiums», poursuit le directeur des collections. Au fond de la salle, par un petit couloir, on accède à un cabinet de collage et d'estampes où l'éclairage a été conçu pour ne pas abîmer les oeuvres sur papier. C'est là qu'a été installé un collage surdimensionné créé par l'artiste à partir des chutes des estampes aussi exposées dans cette salle.
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<p><em>1910 Remembered</em> a été vendue pour 2 340 000 $ en novembre 2011, un record canadien. Il s'agit d'une oeuvre majeure de Lemieux, prêtée au Musée national des beaux-arts du Québec jusqu'au 30 juin. </p>
Jean Paul Lemieux: de silence et d'espace
La salle consacrée à Jean Paul Lemieux est conçue comme un jeu de coulisses, en écho aux grands espaces et aux lignes d'horizon qui traversent l'oeuvre du peintre. «On a l'impression de traverser le paysage de Lemieux», explique Paul Bourassa, directeur des collections et de la recherche au Musée national des beaux-arts du Québec. Le parcours dans l'oeuvre de l'artiste est chronologique, passant du primitivisme presque caricatural des tableaux comme La Fête-Dieu à Québec, jusqu'à l'onirisme qui caractérise ses dernières oeuvres, en passant par sa période dite «classique» et sa schématisation formelle. Une oeuvre jamais encore présentée au public retient l'attention. À la brunante, un paysage sombre de L'Isle-aux-Coudres où apparaît un minuscule personnage solitaire «fait le lien entre sa période plus classique et sa manière plus tardive, plus expressionniste», raconte Paul Bourassa à propos de la nouvelle acquisition du Musée.
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Les Canada: de Pellan à Québec
En 2011, John Baird avait causé une petite commotion en délogeant deux grands tableaux d'Alfred Pellan du hall de son ministère, à Ottawa, pour les remplacer par un portrait de la reine Élisabeth II. L'histoire n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), qui a obtenu du ministère des Affaires étrangères d'exposer les deux tableaux pendant quatre mois, en marge de la nouvelle exposition consacrée au peintre. «C'est un travail formidable, très coloré. [...] Ce sont des oeuvres qui n'ont jamais été vues au Québec», a souligné Line Ouellet, directrice générale du Musée.
Canada Est et Canada Ouest avaient été commandés à l'artiste en 1942, pour l'ouverture de la première mission canadienne à Rio de Janeiro. Les oeuvres ont été rapatriées à Ottawa en 1973, avant d'être remisées en 2011. Dans un communiqué, Denis Lebel promet qu'elles seront accrochées «dans un lieu de grande importance» à leur retour au ministère des Affaires étrangères.
Les oeuvres de Pellan ne sont pas les seules à être présentées temporairement. Le monumental Bestiaire de Jean-Paul Riopelle ornera l'atrium du pavillon Charles-Baillargé jusqu'au 14 avril. L'oeuvre sur papier est trop fragile pour être exposée plus longtemps.
Dans l'exposition sur Jean Paul Lemieux, ce sont deux prêts de collectionneurs privés qui retourneront à leurs propriétaires le 30 juin: 1910 Remembered, ainsi que Julie et l'univers, un prêt de Pierre Lassonde, président du conseil d'administration du MNBAQ. «Même si beaucoup de reproductions de ces oeuvres-là circulent, c'est l'occasion de les voir en vrai. Ce n'est pas du tout la même chose», note Line Ouellet.
L'institution muséale en profite aussi pour lancer une première application mobile, qui permettra aux visiteurs de l'exposition sur Pellan d'accéder à des contenus inédits