Pierre Karl Péladeau devra apprendre à ne plus être le patron, selon l'ancien président du syndicat du Journal de Québec Denis Bolduc.

Péladeau surveillé de près par l'ex-président du syndicat du Journal de Québec

«Le ministère du Travail, ce ne serait pas mon premier choix pour Pierre Karl Péladeau.»
Denis Bolduc, président du syndicat des employés du Journal de Québec lors du lock-out de 2007-2008, est aujourd'hui secrétaire général du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-Québec).
Il assure qu'il suivra attentivement le déroulement de la campagne électorale de son ancien adversaire de négociation. D'autant plus que son syndicat représente toujours ses anciens collègues du Journal de Québec - bien que bon nombre d'entre eux n'aient pas survécu au dernier lock-out.
«On le connaît comme employeur, ses antécédents en matière de relations de travail parlent d'eux-mêmes», a déclaré M. Bolduc en entrevue au Soleil. Les deux hommes ne se sont jamais croisés à une table de négociation. «Il déléguait toujours son équipe», se rappelle M. Bolduc.
Avant de commenter à savoir si une victoire de M. Péladeau aux élections pourrait envenimer le climat entre le gouvernement du Québec et son syndicat, M. Bolduc dit attendre le résultat du scrutin tenu le 7 avril prochain. «On nage dans les hypothèses. De un, est-ce qu'il va être élu? De deux, quelles responsabilités aurait-il?»
Le choix des responsabilités qui lui seraient confiées pourrait donc avoir une importante incidence sur les relations entre son syndicat et un éventuel gouvernement péquiste. Chose certaine, M. Bolduc verrait mal l'ex-patron de presse obtenir des fonctions au ministère du Travail ou à celui de l'Emploi. «Ce ne serait pas mon premier choix», a-t-il lancé, pince-sans-rire. «C'est un homme d'affaires. Est-ce qu'il pourrait être au Conseil du trésor, ministre des Finances?»
Selon M. Bolduc, la dynamique sera différente pour Pierre Karl Péladeau s'il se taille une place au gouvernement. Habitué à tout contrôler au sein de son entreprise, l'homme d'affaires devra apprendre à ne plus être le patron, estime M. Bolduc. «Chez Québecor, c'était lui le patron, il était indiscutablement le chef. S'il est élu au sein d'un gouvernement péquiste, bien le patron, c'est Mme Marois.»
Convergence
Marc-François Bernier a été journaliste pendant 14 ans au Journal de Québec. Il en est parti en 2000 et est aujourd'hui titulaire de la chaire de recherche en éthique du journalisme à l'Université d'Ottawa. Pas de doute selon lui que le magnat de la presse au Québec, surnommé PKP, a marqué le monde des médias au Québec.
À travers ses recherches, il constate que Pierre Karl Péladeau a échafaudé au début des années 2000 une stratégie de convergence entre ses médias écrits et télé malgré l'a priori négatif «de la majorité» des journalistes québécois, y compris ceux de Québecor. «L'autopromotion des produits de Québecor, c'est son oeuvre», a expliqué M. Bernier.
En 2005, rappelle-t-il, le syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal portait plainte contre son propre employeur et dénonçait la convergence mise en place par la direction du quotidien, qui utilisait de l'espace rédactionnel pour faire la promotion de l'émission de télévision Star Académie.
M. Bernier a par ailleurs rappelé que Pierre Péladeau père avait toujours été un souverainiste et s'était davantage affiché comme tel comparativement à son fils.
M. Bernier attribue cette situation par le fait que Pierre Karl Péladeau avait des visées d'expansion dans le Canada anglais, avec la filiale Sun Media. «Il se gardait un devoir de réserve en tant qu'homme d'affaires.»