Durant Peepshow, Monia Chokri interprète avec précision plusieurs personnages. Elle s'impose en véritable caméléon.

Peepshow: mosaïque de l'étrange

CRITIQUE / Une décennie après sa création, le Peepshow de Marie Brassard a rouvert ses portes mercredi au Carrefour international de théâtre. Derrière elles, une mosaïque de personnages singuliers, explorant chacun à leur façon des facettes du désir, et tous campés par une Monia Chokri troublante. De candeur, parfois, mais plus souvent d'une étrangeté qui fait vivre une montagne russe d'émotions.
Ancré dans une relecture du conte Le petit chaperon rouge, Peepshow ne doit pas laisser grand-monde indifférent. On peut aimer ou pas, mais on ressent certainement quelque chose devant cette galerie de personnages interprétés avec précision par Monia Chokri, qui s'impose en véritable caméléon.
Malgré ce que son titre pourrait laisser croire, Peepshow n'évoque pas tant l'érotisme que le désir, la curiosité, le besoin (parfois difficile à combler) de se sentir connecté à une autre personne. Au coeur de la pièce, une jeune femme à la vision du monde un peu hors-norme, qui perd ses repères dans une rupture amoureuse. Autour, une poignée de personnages en quête plus ou moins intense de contacts, qui partagent un fragment de leur expérience et qui finissent ensemble par former une étonnante courtepointe.  
Élément pivot dans le travail de l'auteure et metteure en scène Marie Brassard, un travail sur la voix de la comédienne Monia Chokri - captée par un micro et modulée de manière électronique - appuie chacune de ses transformations, les concrétise, les rend viscérales. Et l'effet est immédiat, amplifié par la gestuelle souvent décalée de la comédienne : elle semble glisser sur les planches, elle y erre comme une somnambule ou se tient carrément immobile. Ici, le mouvement détonne pour mieux mettre la voix en exergue. 
Au fil des fenêtres qui s'ouvrent dans le récit, Monia Chokri se fera fillette et femmes, se transformera en hommes (dont un narrateur à l'accent germanique un brin maniéré), puis en bête aux râles graves, inquiétants, voire anxiogènes. L'image - et le son! - du grand méchant loup ponctue la pièce. Mais ici, le chaperon rouge n'est pas si ingénu... et il n'a pas peur non plus de suivre le monstre. 
Peepshow est présenté une nouvelle fois au Grand Théâtre jeudi.
Jeudi au Carrefour
Où tu vas quand tu dors en marchant...: Parcours déambulatoire autour de l'îlot des Palais et du parc de l'Artillerie, entre 21h et 23h
Les affinités électives: domaine Cataraqui, 19h
Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni: Périscope, 19h (Entretien avec les artistes après la représentation)
Hôtel-Dieu, Studio d'essai Méduse, 17h (répétition publique)