À partir de janvier 2016, les gicleurs seront obligatoires dans toute nouvelle habitation au pays de Galles.

Pays de Galles: des gicleurs dans chaque maison

L'installation de gicleurs est obligatoire pour la construction de tout nouveau CHSLD depuis 2000, mais La Presse a révélé que plus de la moitié des 1953 résidences privées pour aînés dans la province ne possèdent aucun gicleur, et que 204 ne sont que «partiellement» protégées, comme c'était le cas pour la Résidence du Havre.
L'Ontario oblige toutes les résidences à se doter d'un tel système.
Aux États-Unis, l'installation de gicleurs est obligatoire depuis 2000 pour toute nouvelle construction, mais il aura, là aussi, fallu deux tragédies en 2003 pour que les autorités imposent les mêmes normes aux résidences construites avant 2000. L'échéance fixée pour août 2013 est passée, mais il y a encore 1100 résidences pour aînés, sur un total de 16 000, qui ne sont toujours pas en règle.
Encadrés par une loi
De l'autre côté de l'Atlantique, au pays de Galles, l'Assemblée nationale vient d'adopter une loi qui rendra obligatoire, à compter de mai, l'installation de gicleurs dans toute nouvelle résidence où l'on héberge des aînés, des étudiants, des enfants ou une clientèle vulnérable. La loi ne vise pas les résidences déjà construites, mais elle contient une autre disposition qui en fait une nouveauté.
En effet, à partir de janvier 2016, le système de gicleurs sera obligatoire dans toute nouvelle habitation résidentielle. Le pays de Galles est le premier pays au monde à adopter une telle norme dans la construction domiciliaire. Nous avons demandé à Ann Jones, la députée travailliste qui est à l'origine de cette loi, de nous en parler.La tragédie de L'Isle-Verte nous a fait prendre conscience du retard que le Québec accuse dans ses normes de protection contre le feu pour les résidences pour personnes âgées ou vulnérables.
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<p>Ann Jones, députée du Val du Clwyd au pays de Galles</p>
Six questions à Ann Jones
Q Pourquoi vous êtes-vous intéressée à cette question?
R J'ai travaillé 29 ans dans un service de protection contre les incendies, à la salle de contrôle des urgences. J'ai vu trop de pompiers revenir, après avoir combattu un incendie, n'ayant pas pu sauver tous les habitants. Je suis entrée en politique en 1999 et ce n'est que quelques années plus tard que les députés ont obtenu le pouvoir de présenter un projet de loi privé. Je me suis alors dit que si je pouvais faire quelque chose, ce serait pour améliorer le niveau de protection. J'en avais parlé à mes anciens collègues. On se disait que ça serait merveilleux si on pouvait rendre obligatoire l'utilisation de gicleurs. Je pensais que ça serait facile, mais en fin de compte ça m'aura demandé neuf ans de travail.
Q Avez-vous eu du mal à convaincre vos collègues?
R Au départ, ce fut un coup de chance, puisqu'un seul député, choisi par tirage au sort, pouvait présenter un projet privé. Et le sort a voulu que je sois la première, sur 45 candidats. Et heureusement, par la suite, j'ai toujours eu un appui solide de mon gouvernement et de notre premier ministre.
Q Vous êtes-vous inspirée d'autres pays ou d'autres villes pour bâtir votre loi?
R Oui, c'est une ville canadienne, Vancouver, qui nous a servi d'exemple. Les gicleurs y sont obligatoires dans la construction résidentielle depuis 1990, et cela a permis de réduire les pertes de vie de plus de 50 %. Mais l'impact d'un feu, c'est beaucoup plus que ça. Il y a tous les blessés dont il faut tenir compte et toutes les pertes matérielles aussi, qui touchent parfois des biens irremplaçables.
Q Votre projet ne couvre pas les résidences déjà en service, pourquoi avez-vous fait ce choix?
R S'il avait fallu imposer des rénovations à tous les édifices, je crois que mon projet risquait d'être battu, car il y avait déjà beaucoup d'opposition. Je mise tout de même sur un effet d'entraînement. Les gicleurs vont devenir la norme, comme les coussins gonflables pour les voitures, et ça va faire réfléchir. Je pense malgré tout que dans le cas des résidences pour personnes âgées et les logements sociaux, ça devrait être faisable. Mais je vais d'abord savourer cette première victoire avant de m'y attaquer.
Q Quel genre d'opposition avez-vous rencontré?
R Ça venait surtout des promoteurs et des constructeurs qui ne voulaient pas de cette nouvelle réglementation en disant que ça coûterait trop cher. On a aussi eu des accrochages avec le gouvernement de Westminster, qui est conservateur, mais partout où je vais, je prêche mon évangile... J'ai collaboré avec les députés travaillistes de Londres, qui veulent faire la même chose. J'ai rencontré la porte-parole pour les Finances et nous avons bon espoir d'inclure un engagement semblable dans la plateforme pour les prochaines élections au parlement britannique, en 2015.
Q Comment êtes-vous parvenue à surmonter l'opposition?
R J'ai eu l'aide d'un organisme, le National Fire Sprinkler Network (NFSN, www.nfsn.co.uk), qui regroupe d'anciens pompiers et d'autres gens passionnés par ce dossier, et aussi celle de l'Association des chefs de pompiers de Grande-Bretagne. Le problème auquel j'étais confrontée, c'est qu'il n'existait qu'une seule étude chez nous et qu'elle disait que l'installation de ces systèmes n'était pas rentable. Et c'est là-dessus que les opposants se basaient, partout où j'allais. Le NFSN a financé une étude, avec des spécialistes de la construction, qui a démontré qu'il en coûterait 2000 livres pour inclure un système dans une maison unifamiliale moyenne. C'est un coût très acceptable. Ils nous ont rendu un service énorme. Il viendra un jour où les gens se demanderont pourquoi on a attendu si longtemps avant d'agir.