La tournée de Paul Rodgers démarrera en mai aux États-Unis

Paul Rodgers signe un album à saveur soul et R&B

Dans le milieu du blues rock, «The Voice» ne réfère nullement à la populaire émission de téléréalité qui sévit dans plusieurs pays. C'est plutôt le surnom que les fans ont donné à Paul Rodgers, chanteur redoutable auquel on doit les All Right Now, Feel Like Makin' Love et autres Muddy Water Blues, défendus au sein de Free, de Bad Company ou en solo. Du haut de ses 64 ans, celui qui a aussi oeuvré avec Queen affiche toujours sa voix des beaux jours. Il le prouve une fois de plus avec The Royal Sessions, la mettant au service de classiques de la soul et du R&B. Rodgers s'est entretenu avec le Soleil pour parler de l'ensemble de sa carrière, sans ne jamais mâcher ses mots.
Q On connaissait vos racines blues et on vous avait déjà entendu dans un contexte soul ou R&B, mais vous n'aviez jamais consacré un projet entier à ces genres, comme sur The Royal Sessions, paru mardi...
R Oui, c'est à plein régime et c'est aussi authentique qu'on pouvait le faire. Celui qui m'a amené là est Perry Margouleff, mon réalisateur. On travaille ensemble sur des chansons depuis des années. On parlait de musique, de nos influences et je lui disais souvent comment j'aime la musique soul de Memphis. Un jour il m'a appelé et m'a dit : «Devine où je suis? Aux Royal Studios de Memphis, l'établissement existe toujours et est fonctionnel. Boo Mitchell, le fils de Willy Mitchell s'occupe des lieux et connaît la crème de la crème des musiciens de studio. Voudrais-tu venir enregistrer quelques chansons et voir ce que ça donne?» J'ai dit : «Tu blagues? J'adorerais!» J'y suis allé, on a enregistré durant trois jours et ç'a été tellement productif, c'était hallucinant. L'accueil était chaleureux, la musique était bonne et j'ai senti que je devais y retourner pour enregistrer un album.
Q Vous avez aimé être uniquement dans la position de l'interprète qui reprend les I Thank You ou Born Under a Bad Sign sans vous soucier de l'écriture du matériel?
R Ils m'ont tellement rendu la vie facile! La base pour chacune des pièces était là, pour que je me les accapare. J'ai grandi avec ces chansons, elles sont dans mon ADN en quelque sorte. Cependant, il y en a plusieurs que je n'avais jamais chantées. C'est une chose de les fredonner dans l'auto, ç'en est une autre chose d'être devant le micro et de les entonner devant la section de cuivres, le bassiste, la batterie... C'était une formidable expérience!
Q L'album a été enregistré live, sur des bandes analogues. Cet aspect vintage du projet était important?
R Oui, le studio de Perry est entièrement analogue aussi; il tient à retenir la beauté artistique de l'enregistrement analogue, qui est tellement chaleureux. [...] On a enregistré ça en direct, en gardant un contact visuel. Tout au long du processus, c'est demeuré sur support analogue, sauf à la dernière étape, pour ceux qui veulent le CD. Mais c'est disponible sur vinyle, si vous voulez vivre la véritable expérience...
Q Quand Ian Gillan a quitté Deep Purple en 1973, c'est vous que le groupe souhaitait recruter. Et quand Jim Morrison est décédé, c'est également vous que les membres voulaient avoir à leur côté. Il y a quelques années, Queen s'est associé avec vous... Êtes-vous le chanteur le plus prisé du rock?
R C'est très flatteur d'être approché par Deep Purple. À l'époque, je mettais Bad Company sur pied et donc ça ne pouvait pas fonctionner. Je n'étais pas au courant de l'épisode des Doors jusqu'à ce que je tourne en compagnie d'une autre version du groupe, beaucoup d'années plus tard - évidemment sans Jim Morrison. [Le guitariste] Robby Krieger est venu me voir et il m'a dit : «Réalises-tu que dans les années 70, après le décès de Jim et à la fin de Free, on est tous montés dans un avion et on voulait te rencontrer? Mais on ne t'a jamais trouvé. On voulait te demander de joindre le groupe.» J'étais complètement renversé. C'était un énorme compliment. Bien des gens croient que Paul Rodgers joint d'autres groupes, mais je fonde des groupes. [...] Queen est le seul band avec lequel je me suis associé. L'idée était qu'ils jouent mon matériel aussi et ils ont fait un bon travail.
Q Votre projet The Firm, avec Jimmy Page, a duré le temps de deux albums, en 1985 et en 1986. Est-ce que le fait que la synth pop et le hair metal étaient au goût du jour ont nui à la longévité de cette aventure?
R Il y a eu de gros changements musicaux dans les années 80 et je ne peux pas dire que j'étais très heureux de ce qui se faisait, mais on ne voulait pas que ce soit un projet à long terme. Je venais de quitter Bad Company et je voulais passer du temps à la maison avec ma famille. J'avais bâti un studio et Jimmy est venu faire un tour. On a éventuellement écrit des chansons, mais il n'y avait pas vraiment d'intention de former un groupe et de partir sur la route jusqu'à ce que l'on reçoive un coup de fil de l'entourage de Ronnie Lane, qui faisait une tournée avec Eric Clapton, Jeff Beck et Joe Cocker pour la lutte contre la sclérose en plaques. Je ne sais pas comment ils ont su qu'on était en studio, mais ils nous ont demandé si on voulait joindre cette tournée. On leur a répondu qu'on n'était pas un band, qu'on n'avait que quelques chansons et ils nous ont dit : «Écrivez-en d'autres!» On n'avait plus d'excuses, alors on y est allé! On a aimé ça et on s'est dit : «Formons un groupe». Jimmy était très enchanté, mais je dois dire que je l'étais moins : j'étais épuisé des tournées...
Q Pendant que vous preniez du temps en marge de Bad Company, le groupe a poursuivi d'abord avec le chanteur Brian Howe, puis avec Robert Hart, dans une formule pop, plutôt générique, visant les radios américaines. Qu'en avez-vous pensé?
R Vous, qu'en avez-vous pensé?
Q Pas grand-chose, pour être franc...
R Je seconde. En fait, je n'ai pas prêté tellement attention. J'ai entendu ces voix qui se ressemblaient et je n'en étais pas particulièrement content. Je leur avais donné la permission d'utiliser le nom du groupe et je croyais qu'ils feraient quelque chose avec, mais j'ai été très déçu. C'est pourquoi j'ai décidé de reprendre les rênes. [...] On sort tous les trois ou quatre ans.
Q En 1993, vous avez fait le superbe Muddy Water Blues avec une distribution éclatante, comptant entre autres Buddy Guy, Brian Setzer, Slash et Jeff Beck. Ç'a été complexe de monter ça?
R Ç'a été étonnamment facile - on ne croyait pas que ce le serait. On était en studio à faire les pistes et on faisait une liste de souhaits: ce serait bien si on avait Slash pour jouer ici, Jeff Beck là-dessus, et donc j'essayais de trouver quelles pistes iraient avec qui, comme David Gilmour ou Gary Moore - qui est décédé et que j'adorais. Tous ces gars, on les a appelés et ils ont accepté. Même que Jeff Beck voulait faire l'album en entier! Je lui ai dit : «Jeff, je ne peux pas te donner tout l'album, il y a d'autres gens que j'ai contactés, mais je peux t'offrir trois pièces, qu'en penses-tu?» [...] C'était la première fois que je jouais avec Brian May, à l'époque, et il m'a dit : «Je ne peux pas vraiment jouer le blues» et je lui ai répliqué : «Brian, fais-moi confiance, tu peux jouer le blues!» Il a été génial.
Q Vous vivez en Colombie-Britannique depuis plusieurs années, mais on vous a peu vu en tournée dans l'est du pays, en particulier au Québec. Voulez-vous remédier à ça avec The Royal Sessions?
R Je vais où les gens m'attendent, alors j'imagine que je n'ai pas eu d'invitation de ce côté, mais je vais défendre cet album cette année. On veut faire un DVD live dans un club, probablement à Memphis, avec les musiciens du studio et on verra si on peut capter ça live. [...] La tournée démarrera en mai, aux États-Unis.
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<p>Paul Rodgers (au centre assis) à l'époque de Free, en compagnie du défunt guitariste Paul Kossoff, du batteur Simon Kirke et du bassiste Andy Fraser</p>
Free: le coffret de trop
Un imposant coffret de Free, le groupe britannique au sein duquel Paul Rodgers s'est fait connaître, est sur le point de voir le jour, réunissant plusieurs versions ou titres inédits. Si, d'après les images qui ont circulé, l'objet semble attrayant, Paul Rodgers, lui, l'accueille avec froideur. Et bien que le bassiste Andy Fraser soit ouvert à une réunion le temps d'un concert, le chanteur semble peu enclin.
«Je ne sais pas où Andy Fraser a la tête en ce moment- je ne comprends pas le gentleman. Mais ce qu'ils ont fait avec ce coffret, c'est d'ouvrir la boîte, de tout graver sur disque et de mettre ça sur le marché. De la manière que je vois ça, il n'y a pas tellement de contrôle de la qualité. Je ne suis pas d'accord avec ça; je ne suis pas heureux de ça, pour être franc. Il faudrait que ce soit la dernière parution de Free, car il ne reste plus rien. Ce devrait être une leçon pour les jeunes artistes, lorsqu'ils vont en studio et qu'ils ont un contrat avec une compagnie, il faut que ce soit stipulé que ce qu'ils peuvent mettre en marché sont des versions approuvées par le groupe. Je ne vois pas la nécessité de lancer 14 versions de All Right Now. Ce qui est malheureux, c'est qu'on a donné nos droits quand on avait 18 ans, sans avoir consulté d'avocats...»