«Le  doppelgänger», un enfant démon au teint vert, nous dévisage les sourcils froncés.
«Le  doppelgänger», un enfant démon au teint vert, nous dévisage les sourcils froncés.

Paul Brunet - Mortal Kombat: super tragédies

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
Si vous avez manqué l'exposition de Paul Brunet à Regart l'an dernier, vous avez l'occasion de vous reprendre jusqu'au 18 septembre à l'Espace Parenthèses. Le jeune peintre coloriste et iconoclaste réexpose ses sept grandes toiles et y ajoute un tableau, La peur d'Andy Warhol. Un corpus aussi pop qu'étrange, qui donne envie de sourire avec un brin d'effroi.
Dans le monde pictural de Paul Brunet, les zombies mutants côtoient les familles parfaites des fifties, les fluos compacts cohabitent avec les dégradés texturés et le rire s'agence à l'horreur et aux larmes.
Les personnages
Dans Le doppelgänger, un enfant démon au teint vert nous dévisage les sourcils froncés. Le jumeau maléfique, le reflet inquiétant d'un sosie d'un univers parallèle, est peint sur une toile circulaire, qui rappelle justement un miroir. Dans une autre architecture, ce serait une toile à dissimuler dans un coin incongru, pour que l'image nous surprenne au détour.
La plupart des personnages sont, de même, des reflets décalés de héros de la bande dessinée, du cinéma ou de l'imagerie populaire. Une toile sans titre montre une relecture de Nosferatu, en gilet matelot, qui regarde un couple de danseurs. Le portrait joue sur les contrastes, les agencements d'éléments banals et d'éléments fantastiques, figuratifs et abstraits. C'est ce qui fait l'intérêt de la peinture de Paul Brunet : elle remet en question nos références, nos perceptions du réel, tout en nous injectant dans l'oeil une dose de sucre hyperconcentrée.
On retrouve le même mélange tonique et étrange dans Portrait de famille, où le père est un squelette à pois, la mère une créature aux yeux rouges et aux dents pointues et le bébé, un petit être violacé. Tous ont des vêtements communs et sourient gaiement à la caméra. Comme les familles dorées et unies en maillot de bain qui surgissent des vagues du ciel dans d'autres toiles du corpus. Mais on sent que sous la dorure, les sourires sont rongés par quelques tares secrètes.
L'impression est confirmée devant les toiles plus tragiques, voire violentes, comme La mort d'Alba. Ledit Alba est un véritable lapin fluorescent dont l'ADN avait été mélangé à celui d'une méduse dans le laboratoire de Louis-Marie Houdebine. Un artiste, Eduardo Kac, affirmait être à l'origine de sa création et souhaitait le présenter dans une exposition sur la beauté à Avignon. Sur la toile de Brunet, le lagomorphe se fait éviscérer par un aigle blanc, alors qu'un homme en jogging contemple la scène, au bord du cadre. On réalise que la mort devient drôlement plus poignante et vaine lorsqu'on y accole des spectateurs impassibles.
Et Mortal Kombat? «J'ai choisi ce titre parce que c'est un jeu populaire, mais aussi parce que dans ces tableaux-là, il y a toujours un combat contre la mort», explique Paul Brunet. L'artiste confie que La peur d'Andy Warhol s'inspire de la mort du roi du pop, décédé de façon mystérieuse (ou vraisemblablement d'une erreur médicale) sur une table d'opération, mais aussi de souvenirs personnels, «qui impliquent une force qui rejoint directement le spectateur», raisonne-t-il. «Je fais du détournement d'images, tout en m'attardant beaucoup à la couleur et aux effets qui ont quelque chose de pop et de psychédélique.» Ses toiles, narratives, mais aussi, d'une certaine façon, expérimentales, se prolongent dans son travail vidéo (dont on peut visionner un aperçu au http://vimeo.com/23990173).