Paul à Québec

Paul à Québec : le dernier voyage

Paul à Québec a tout pour connaître un gros succès en salle.
Porté par une magistrale interprétation de Gilbert Sicotte, le long métrage de François Bouvier offre l'histoire universelle d'une famille qui accompagne le patriarche jusqu'à son dernier souffle. Il n'a d'autre prétention que d'être un film grand public et de faire passer le spectateur par toute la gamme des émotions. Il le fait très bien, même s'il s'enlise à la fin.
Par essence, une bande dessinée est cinématographique. Mais Bouvier et le bédéiste Michel Rabagliati ont travaillé fort pour adapter le récit à son nouveau médium. L'oeuvre originale est presque entièrement consacrée aux derniers mois de la vie de Roland (Sicotte), le beau-père de Paul (François Létourneau) qui souffre d'un cancer. Le film a ajouté tout un volet sur le quotidien de Paul avec sa blonde (Julie Le Breton) et leur fille Rose (Shanti Corbeil-Gauvreau). Et en mettant plus d'accent sur le clan familial.
Ce qui donne un peu d'épaisseur à Paul, un introverti sympathique qui observe le déclin de Roland, son antithèse. Cet homme d'affaires autodidacte autoritaire, mais père aimant est vraiment fascinant. Gilbert Sicotte interprète ce personnage plus grand que nature avec beaucoup de nuances, surtout dans la douleur sourde. Économe de ses moyens, tout en étant bouleversant, il offre une interprétation qui sera certainement couronnée aux Jutra. Létourneau et Le Breton ne sont pas en reste, d'ailleurs.
Réalisation sensible et adroite
La réalisation sensible et adroite de Bouvier, qui respecte le caractère très humain de l'original, se permet quelques clins d'oeil bédéesques et un hommage au cinéma muet. On reconnaît aussi Québec, mais la capitale joue un rôle très secondaire.
Ces cinq mois, qui s'amorcent dans la joie à la fête nationale et se terminent dans la douleur en novembre, sont surtout une belle occasion d'aborder les thèmes de la filiation, de la transmission, de la mort et du deuil. Et, bien sûr, de la maladie incurable.
Mais Paul à Québec n'a pas la même résonance, par exemple, qu'Amour de Michael Haneke, qui traitait aussi de ces moments où la santé décline de façon implacable. Le déni. Les moments de découragement et d'exaspération. Les vexations quotidiennes de la personne en perte d'autonomie. Etc.
Le film de Bouvier aborde la question avec plus de pudeur. Question de point de vue : c'est le regard du beau-fils, donc plus extérieur, que celui de l'être cher. Il reste aussi plus en surface.
D'ailleurs, cette dernière partie au centre de soins palliatifs compte plusieurs longueurs. Le film n'avait pas le choix d'illustrer l'aspect répétitif de cette longue agonie, mais un montage plus serré aurait tout aussi bien pu faire l'affaire. Curieusement, le réalisateur force un peu sur l'émotion mercenaire - cette larme en gros plan sur le visage du mourant, par exemple - alors qu'il faisait preuve de retenue depuis le début, éloignant sa caméra plutôt que de surligner les moments tristes.
Plusieurs vont se sentir profondément remués. Avec raison. Paul à Québec nous met en face d'un destin cauchemardesque dont nous ne voulons surtout pas pour nos parents. Ou pour nous... Mais je n'ai pas besoin de l'insistance de la caméra ou de la trame sonore pour m'indiquer à quel moment je dois être bouleversé.
Cela dit, Paul à Québec demeure un récit touchant, avec une très bonne distribution. Avec un message tout simple, voire un peu simpliste : profitons de chaque moment et des bonheurs tout simples que la vie peut nous apporter.
=> Au générique
Cote : ***
Titre : Paul à Québec
Genre : comédie dramatique
Réalisateur : François Bouvier
Acteurs : François Létourneau, Gilbert Sicotte et Julie Le Breton
Salles : Beauport, Clap au Musée de la civilisation, Clap, Des Chutes (Saint-Nicolas), Lido (Lévis), Sainte-Foy
Classement : général
Durée : 1h38
On aime : l'interprétation magistrale de Sicotte, la réalisation sensible, l'adaptation
On n'aime pas : le mélo un peu trop appuyé, des longueurs dans le dernier tiers