De gauche à droite, Mishka Stein (basse), Robbie Kuster (batterie), Patrick Watson (voix, piano), Joe Grass (guitare)

Patrick Watson: les Plaines à échelle humaine

En concert, Patrick Watson a l'habitude d'amener les spectateurs dans une bulle souvent intimiste, à renfort d'interprétations peaufinées et d'ambiances souvent feutrées. Cette bulle, il tentera ce soir de la gonfler pour englober les plaines d'Abraham. Un défi? Certes! Mais le perfectionniste n'a pas ménagé ses efforts pour que son expérience de la grande scène du Festival d'été (FEQ) se concrétise de manière spectaculaire... mais surtout humaine.
En entrevue il y a quelques semaines, l'auteur-compositeur-interprète montréalais ne semblait pas nerveux outre mesure devant la tribune qui l'attendait dans la capitale. Après Les Trois Accords, Louis-Jean Cormier et Vincent Vallières, c'est lui qu'a choisi le programmateur Louis Bellavance pour créer un spectacle «carte blanche» exclusif au FEQ lors duquel il partagera notamment les planches avec Robert Charlebois.
«Je suis toujours content de jouer de la musique, confie Patrick Watson. Grosse scène ou petite scène, c'est juste le fun. Les grosses Plaines, c'est juste un défi différent pour moi. C'est un défi parce que je n'aime pas offrir une expérience medium. Sur les grosses scènes, c'est plus difficile d'offrir un show spectaculaire. Et je ne parle pas d'avoir plein de lumières. Pour moi, spectaculaire, c'est d'avoir un moment humain qui est touchant. Ça prend beaucoup de travail pour créer ces moments sur de grosses scènes.»
Alors qu'une facture visuelle a été développée pour l'occasion (lire l'encadré), Patrick Watson n'a pas perdu de vue l'essence de ce qui fait un «gros show». Il raconte avoir notamment visionné des vidéos de Freddie Mercury, «le champion toute catégorie» à ses yeux. Sa stratégie : mettre la dernière rangée de spectateurs dans sa poche et laisser l'énergie se propager.
«Gagner un auditoire, ça réside beaucoup dans l'intention que tu as quand tu montes sur scène, croit-il. C'est quoi ton but en tant que performeur? C'est ça que les gens vont ressentir. On le voit tout de suite quand quelqu'un est là pour vendre des billets ou être une star. Mais si un artiste pense : "hey, ayons du fun ensemble" ou "créons ensemble un moment magique", il ne vend rien. C'est plus facile pour le public de s'abandonner.»
Les pièces du récent album Love Songs For Robots trouveront une bonne place dans le programme de vendredi soir. Et si l'accueil de ce cinquième disque a été plus mitigé que pour les précédents, Patrick Watson le prend avec un grain de sel.
«C'est l'album que les gens de l'extérieur du Québec aiment le plus, avance-t-il. Et de loin. Mais on dirait que les gens du Québec s'accrochent aux plus anciens et ne veulent plus les lâcher! C'est juste drôle. Quand tu découvres un artiste avec un album, cet album va toujours être ton préféré. Même si je sortais un album 50 fois meilleur - et je ne dis pas que c'est le cas -, ça ne ferait pas de différence. C'est comme quand tu rencontres ton chum pour la première fois dans un bar. Tu t'en souviens et tu restes attaché à ce moment.»
<p>Patrick Watson et Robert Charlebois collaboreront le temps de deux chansons: Je te laisserai des mots de Watson et Lindberg de Charlebois. </p>
Robert Charlebois: «admiration mutuelle»
L'idée de réunir sur les planches Patrick Watson et Robert Charlebois est née l'année dernière, en vue du spectacle de la Fête nationale sur les plaines d'Abraham. Elle fera des petits sur la même scène, ce soir, alors que les deux musiciens collaboreront le temps de deux chansons: Je te laisserai des mots de Watson et Lindberg de Charlebois. «C'est quelque chose d'assez naturel, on appartient à une société d'admiration mutuelle, a résumé jeudi Robert Charlebois, en marge d'une répétition dans les locaux d'Ex Machina. «J'ai beaucoup d'affection et de tendresse pour ce qu'il fait, a-t-il ajouté. Et lui, il aime mes affaires. Alors voilà! Un petit clin d'oeil dans son show... J'espère être à la hauteur, parce que c'est un très, très grand musicien. Musicalement, je n'ai rien contre les Rolling Stones, mais ça va être plus varié. Il y aura moins d'énergie que Mick, mais plus de variété musicale!» Geneviève Bouchard
Une facture poétique et onirique
Fin juin, le Festival d'été a donné un avant-goût de ce dont aurait l'air le spectacle de Patrick Watson attendu sur les plaines d'Abraham. Un communiqué transmis aux médias évoquait «d'immenses ballons sur lesquels seront projetées des images, des envolées de lanternes, d'impressionnants jeux de lumière sur la scène comme dans la foule».
En marge d'une répétition, jeudi, la metteure en scène Brigitte Poupart a décrit comme un «laboratoire» la création de ces effets conçus sur mesure pour les Plaines. «Ce sont des projections sur des surfaces qui n'ont jamais encore été utilisées et que j'essaie», a-t-elle laissé entendre. Quant aux éclairages, ils ont été pensés en fonction de l'univers musical de Watson. «On est vraiment dans la poésie, a ajouté Mme Poupart. On n'utilisera pas le mur de DEL qu'on a vu dans tous les spectacles. On est dans quelque chose de plus fragile, de plus poétique, de très onirique.»
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Qui : Patrick Watson (The Barr Brothers en première partie à 20h)
Quand : vendredi soir dès 21h30
: plaines d'Abraham
Accès : laissez-passer