Les joueurs de l'Avalanche ont une excellente relation avec leur nouvel entraîneur-chef, Patrick Roy.

Patrick Roy a tenu parole

Patrick Roy n'a jamais fait de détours pour faire passer son message. Dès le premier jour du camp d'entraînement de l'Avalanche du Colorado, il avait déclaré le plus sérieusement du monde qu'il voulait «surprendre le monde du hockey» avec son club qui avait terminé 29e, avant-dernier au classement général de la Ligue nationale, le printemps dernier.
Il a toujours eu du culot, le 33. Mais à sa défense, il a toujours trouvé le moyen d'arriver à ses fins. Sauf que cette journée-là, bien peu de gens le prenaient au sérieux. D'ailleurs, les experts étaient à peu près unanimes en début de campagne. Bien peu d'entre eux voyaient la troupe de Denver se tailler une place en séries. Surtout pas dans l'Ouest, où les clubs de pointe étaient facilement identifiables et combien nombreux.
Mais Roy... et surtout ses joueurs... avaient d'autres idées en tête. Nous voilà à quelques semaines de la fin du calendrier régulier avec l'Avalanche au cinquième rang du classement général. Seuls les Blues de St. Louis, les Ducks d'Anaheim, les Sharks de San Jose et les Bruins de Boston les devancent. Derrière eux, les Penguins de Pittsburgh, les Blackhawks de Chicago, les Kings de Los Angeles et tous les autres. Vraiment pas banal comme revirement de situation.
Ce que l'on appelle l'effet Roy a métamorphosé l'organisation qu'il avait jadis propulsée aux plus hauts sommets et qui avait malheureusement sombré dans la médiocrité. Un changement de culture, d'attitude si vous préférez, s'imposait. Le fameux country club tel que décrit par le vétéran Jean-Sébastien Giguère à la fin de la dernière campagne était devenu la risée de la LNH.
L'entrée en scène de Joe Sakic comme vice-présidentexécutif aux opérations hockey et la nomination de Roy comme entraîneur-chef et vice-président aux opérations hockey ont soulevé l'imaginaire à Denver. Mais jamais dans 100 ans aurait-on cru à la résurrection aussi rapide de l'équipe.
Avant de se lancer dans l'aventure, Roy a su s'entourer de gens de confiance, d'entraîneurs partageant sa passion et sa façon de faire. André Tourigny et Mario Duhamel de la LHJMQ pour structurer la stratégie, son vieux mentor François Allaire pour mettre de l'ordre devant le filet, et Tim Army pour agir comme trait d'union avec l'ancien régime qui n'allait nulle part.
À partir de là, l'Avalanche était en voiture. Roy a su communiquer son message à ses joueurs qui, charmés par ses méthodes, ont tous embarqué. Plutôt que de les voir comme des employés, il les a traités comme des partenaires. Le jour et la nuit avec le style à la John Tortorella chez les Canucks. Avec le résultat que l'on connaît. Munis des meilleurs outils que l'on pouvait mettre à leur disposition, les joueurs ont parlé. Avec l'ajout de l'excellente recrue Nathan MacKinnon, le réveil de l'arrière de premier plan Erik Johnson, le jeu solide du noyau Duchesne, Landeskog, Stastny, Parenteau et compagnie et le brio du joueur par excellence de l'équipe, le gardien Semyon Vallamov, tout baigne dans l'huile.
C'est en lisant les entrevues publiées dans le Denver Post que l'on est en mesure de comprendre l'appréciation des joueurs pour leur nouveau patron. «Il a ce don de nous calmer, a commenté Matt Duchesne. Il ne panique jamais. Nous jouons de la façon dont notre club a été bâti. L'objectif est de s'améliorer de jour en jour. À la différence [avec l'an passé] que tout le monde a le sourire au visage. C'est bien mieux comme ça.»
UNE COLÈRE PAYANTE
Mais s'il a si bien réussi à communiquer son message pendant le camp d'entraînement, ce sont ses actions à la toute fin du premier match du calendrier régulier contre les Ducks d'Anaheim qui ont servi de catalyseur. Qui ne se souvient pas de Roy qui pousse la baie vitrée séparant les deux bancs vers son vis-à-vis Bruce Boudreau?
«Avec une vue de recul, a noté le capitaine Gabriel Landeskog au collègue Adrian Dater, ses agissements ce soir-là ont créé un lien entre lui et nous. Nous savions à partir de là que nous avions quelqu'un de notre bord.»
Quant à Roy, il a admis à Dater qu'il savait très bien qu'à un moment donné, il aurait à prouver qu'il était à 100 % derrière ses joueurs. Sauf qu'il ne savait pas que ça se produirait aussi rapidement.
«Depuis plusieurs semaines, je parlais de partenariat avec mes joueurs, a-t-il révélé. Je leur répétais tout le temps que j'étais derrière eux. Les événements de fin de match ce soir-là m'ont donné l'opportunité de le prouver. C'est bien beau parler, mais à un moment donné, il faut que tu agisses.» Pour agir, il a effectivement agi. Il n'avait pas un match écoulé derrière un banc dans la LNH qu'il y avait déjà mis sa touche personnelle.
Et le voilà qui débarque à Montréal pour affronter le Canadien. Dans le Centre Bell où son numéro 33 est bien en vue au plafond. Un match ordinaire pour lui? Il aura beau dire que oui. Mais il se sentira certainement un peu plus fébrile qu'à l'habitude en mettant les pieds derrière le banc des visiteurs. Pendant quelques instants, du moins.