Hier soir, Patrick Bruel a su doser l'intensité, créer des vagues d'énergie, entre la joie et l'émotion.

Patrick Bruel: la grande séduction

Quatre spectacles à guichets fermés au Théâtre Saint-Denis de Montréal et un autre un lundi soir au Capitole de Québec : Patrick Bruel est comblé de l'amour du public québécois. Et il le lui rend bien. Car visiblement, le chanteur français aime faire plaisir à son public, il aime le séduire, le faire vibrer, le faire danser, le faire chanter.
Dès la deuxième chanson du concert, son grand succès Qui a le droit, Patrick Bruel n'était plus seul pour chanter. Même pas presque seul, comme le titre du spectacle. Car il y avait des centaines de voix pour chanter avec lui.
À la guitare ou au piano, parfois accompagné d'un autre guitariste, Bruel a revisité son répertoire en version acoustique, ajoutant à la nature intimiste de la musique des anecdotes et des souvenirs de création. Et aussi, un large sourire, des pointes d'humour, et quelques fois, des accents de gravité.
La popularité immense de Patrick Bruel, auprès du public féminin en particulier, occulte parfois la qualité du répertoire.
Car Bruel a un regard sensible sur le monde qui l'entoure, que ce soit sur l'enfant, l'ami, l'amoureuse ou la victime; de la violence ou du terrorisme, de l'injustice ou du racisme. Il a des mots simples qui évoquent beaucoup et des mélodies qui laissent une empreinte.
Hier soir, son spectacle était bien mené. Bruel a su doser l'intensité, créer des vagues d'énergie, entre la joie et l'émotion (magnifiques et poignantes Peur de moi et Combien de murs au piano). Il a offert deux nouvelles pièces, dont une très belle chanson de rupture au rythme joyeux, puis il repris ses grands succès, mais en y posant une touche de nouveauté qui allait au-delà des instrumentations.
La mélodie de Casser la voix, par exemple, prenait ses distances avec l'originale. Et l'interprétation était moins rageuse et plus douloureuse. Vraiment touchante. Mais on aurait aimé que Bruel abuse un peu moins de la voix du public, beaucoup moins juste que la sienne! Souvent, il faisait appel à la salle, à coups d'éclairages agressifs dirigés vers nous. On aurait compris son envie de communiquer sans se faire aveugler.
Sauf cette réserve, et quelques ennuis sonores avec les guitares, dont Patrick Bruel a pris le parti de s'amuser, c'était un concert généreux, sympathique et énergique.