Sara Lazzaroni

Patchouli de Sara Lazzaroni: la vie devant soi

L'avenir, comme on sait, appartient à ceux qui se lèvent tôt. Sara Lazzaroni semble l'avoir compris mieux que personne. Debout à 6h, elle commence par se libérer de ses travaux scolaires. À 9h, alors que les gens comme vous et moi attaquent à peine leur journée, elle se consacre déjà aux tâches qui lui plaisent. Écrire des livres, notamment. On envie sa discipline.
<p>La couverture impose déjà le respect. Blanche, sobre, invitante. Pas de flafla. Droit au but. Le contenu est à l'image du contenant.</p>
Sara Lazzaroni est née à Bergame, a grandi à Québec, a eu 20 ans la semaine dernière et semble habitée par une urgence d'accomplir et de créer qu'on observe rarement même chez les plus âgés. Apparemment, on a beau avoir toute la vie devant soi, ce n'est pas une raison pour prendre son temps.
N'allez surtout pas lui demander pourquoi elle a senti le besoin de publier si tôt. «Si tôt?» s'écrie-t-elle en vous dévisageant de ses grands yeux bleus. «Ça fait des années que j'écris! J'y pense depuis que je suis toute petite!»
Sara n'est pas pressée, elle agit. Son esprit ne peut tolérer qu'une tâche reste inachevée. Hors de question de procrastiner. Patchouli, son tout premier roman qui vient de paraître chez Leméac, est terminé depuis un bon moment.
Son travail d'écriture ne se limite pas à un livre à la fois, mais s'inscrit dans un ensemble de projets menés de front, dont un baccalauréat en anthropologie à l'Université Laval amorcé en septembre dernier. L'été précédent, une amie et elle se sont rendues en Islande tourner un documentaire. Caméra alimentée à l'énergie solaire, temps de tournage limité, bref, des conditions pas toujours évidentes. Le film sera projeté au Studio P, rue Saint-Joseph, le 1er avril à 19h.
La future auteure se trouvait en Islande lorsqu'elle a reçu le courriel de l'éditrice Marie-Claude Fortin lui annonçant que son roman avait obtenu le feu vert. Quelques retouches, et le manuscrit pourrait aller chez l'imprimeur.
Patchouli est un bouquin tour-du-monde dans lequel l'écho des chansons populaires se mêle aux bonnes odeurs de cuisine. Un goût certain a guidé sa facture. La couverture impose déjà le respect. Blanche, sobre, invitante. Pas de flafla. Droit au but. Le contenu est à l'image du contenant. Ses quelque 120 pages concentrent l'essence d'une jeunesse qui aurait pu être la vôtre ou la mienne.
Patchouli a 24 ans, bientôt 25. Elle rentre d'un voyage de sept ans autour du monde. Sa mère ne va pas bien - son père, lui, est sorti de sa vie depuis longtemps. Comme la jeune femme compte passer un certain temps à Québec, elle trouve un boulot dans un resto du quartier Saint-Jean-Baptiste, le Dolce Chiara, tenu par une sympathique famille d'Italiens.
Le livre ne trouve pas son rythme dans d'éventuels rebondissements, mais dans l'élan même de l'écriture, dans l'enchaînement des phrases, courtes, incisives, directes, vivantes, soignées.
La narration, les dialogues et les extraits du journal que Patchouli a rapporté de ses voyages se succèdent à l'intérieur d'un montage serré, un peu comme au cinéma. Le mouvement jaillit de la structure même du récit, dans l'alternance des procédés narratifs.
C'est ainsi que le roman devient une sorte de miroir du personnage. Il fallait en effet que Patchouli se pose pour pouvoir enfin commencer à bouger de l'intérieur.
>> Sara Lazzaroni, Patchouli, Leméac, 118 pages