L'univers de Paryse Martin est aussi fantasmagorique et rigoureux qu'un roman de Jules Verne.

Paryse Martin: vingt mille lieues sous la surface

Chaque dessin de Paryse Martin est comme une porte sur le Pays des merveilles. Sitôt que notre regard s'y attarde, on est plongé au coeur d'un combat d'escrime masqué ou d'une expérience sous-marine surréaliste, au milieu des animaux et des scaphandriers en pyjama.
La fantaisie de Paryse Martin n'a toutefois rien de candide. Elle est mordante, inquiétante, ludique, lucide et un brin absurde (d'où l'allusion à Lewis Caroll). «Ce sont de drôles de constructions, de petites étrangetés. Il y a toujours du drame et de l'humour», souligne l'artiste.
Les protagonistes et les éléments du décor sont reliés entre eux par des tuyaux, des filets d'encre, des traits de crayons, créant des histoires abracadabrantes. «Les éléments sont mis en lien pour créer une énigme, une histoire. On a chacun nos réponses», indique Paryse Martin, qui se garde bien de livrer les siennes en termes trop définitifs.
«Mais toi, tu vois quoi?»
Trop heureux de se livrer à l'exercice, fiston, sept ans, lui-même expert en labyrinthes et en histoires kaléidoscopiques, s'approche de chacun des dessins pour raconter ce qu'il voit. Le flot de paroles qui s'ensuit est vertigineux. Pendant quelques minutes, on n'entend rien dans la galerie, hormis l'enfant qui imagine tout un monde en laissant son oeil courir sur les oeuvres. Une belle démonstration de liberté, qui ravit Paryse Martin. «Si tous les adultes qui entraient ici se montraient aussi ouverts et généreux, c'est fou tout ce qu'ils nous raconteraient.»
L'univers de Paryse Martin est aussi fantasmagorique et rigoureux qu'un roman de Jules Verne. «Il y a un rapport à l'imaginaire très fort et une dimension surréaliste, ce qui me permet de faire à peu près tout ce que j'ai envie. J'ai un certain ancrage dans la réalité, mais je ne suis pas obligée de faire une chose qui se peut vraiment», souligne-t-elle.
On trouve tout de même un certain vocabulaire récurrent. «J'ai souvent des animaux, qui tirent, qui poussent, qui plongent, ils sont comme autour, ce sont des excentriques dans mes dessins», note Paryse Martin. Son bestiaire contient des pieuvres, des poissons, des oiseaux de proie, des lapins... Les masques de théâtre ou de combat reviennent aussi dans plusieurs compositions.
<p>La sculpture <i>Un savant fou</i></p>
Dans chaque dessin, les éléments ont différents degrés de finition, qui vont de l'esquisse au crayon de plomb au dessin botanique minutieux et coloré. «C'est pour hiérarchiser un peu, pour aussi favoriser la circulation des regards», note l'artiste. Les époques et les référents, eux, sont joyeusement entremêlés. «Je crois que ce sont mes préoccupations qui sont comme ça. En arts visuels, ce sont toutes les époques qui m'intéressent. Faire un petit pas par en arrière et revenir vers notre époque, ça fait du bien, je trouve.»
Pour Paryse Martin, la création artistique s'apparente à la méditation, «comme si j'étais dehors et dedans en même temps», indique-t-elle. Les femmes, la famille, l'environnement, les combats intérieurs, ces expériences qui repoussent les limites de l'humain (parachu-tisme, plongée sous-marine, remontées mécaniques) sont comme des noeuds dans les filets de ses dessins qui racontent des histoires. «C'est un arrêt sur image, il y a un avant et il y a un après.»
La série La raison du mouvement multiplie les renversements de symboles et entremêle les corps humains, les morceaux de machines, les végétaux, les animaux. Comme un grand cosmos à réorganiser sans fin, en suivant une logique de l'inconscient. 
L'exposition se poursuit jusqu'au 6 décembre à la galerie Michel Guimont, 273, rue Saint-Paul, Québec. 
Info : 418 692-1188