Parlez-moi d'amour, dites-moi des choses gourmandes

Pour la Saint-Valentin, Régal et Restos avait pour idée d'attiser la flamme gourmande de ses lecteurs-poètes. Vous êtes plusieurs à avoir partagé en prose votre amour de la bonne chère. C'est le texte épicurien de Mme Élise Plamondon qui a été retenu pour inspirer la création de trois recettes exclusives par notre chef en résidence, Jean Soulard.
En plus de poème de Mme Plamondon en voici d'autres qui ont gagné nos estomacs...
Poème coup de coeur: «L'extase des Saveurs», d'Élise Plamondon
Je vous décrirai le liquide sirupeux
Vieillissant lentement en barrique de chêne
Délectable à souhait, ample, arômes terreux
Mousseux, goudronneux, digne du Domaine
Un mariage bucolique, lorsque confronté au chèvre chaud
Et plutôt coloré si nappé d'un trait de roquefort
Qu'importe l'association, le brie et le pruneau
Le gruyère, l'emmental ou le bleu d'Oxford
Qui peut présenter un tel cépage?
Tannins, fruité, acide ou boisé
Beurré comme un chardonnay
Charnu comme un riche breuvage
Le secret : la méthode de champenoise
Ou le millésime exceptionnel?
Amalgame de vignes sucrées et de framboises
Un délice éternel!
«Pâté chinois pour deux» de Jean Grantham
À court d'idées ou de moyens
Ou simplement peu épicurien
Envie de «popoter»
Pour l'être aimé
Le steak, blé d'Inde, patate
Peut-être une mélodieuse cantate
Ce mets traditionnel
Peut facilement être moins caractériel
Il suffit d'y ajouter quelques ingrédients
Mais n'espère pas un châteaubriant
Quelques lentilles et légumes
Rendent ce mets libre d'amertume
Termine la transformation
Pour en faire un plat de distinction
En y déposant un brie
Saupoudré de cari
Ou toute autre variation
Issue de ton imagination
Ne te soucie pas de l'accord
Choisis un vin juste pour le décor
Il ne reste qu'à le savourer
En avant-soirée
Un apéro sulfureux
Pour les amoureuses et amoureux
Au lit vous le digérerez
Par une nuit chaude du 14 février
Une pluie de mots d'amour à ta Pékinoise ou Pékinois
Lui fera oublier que ce n'était qu'un maudit pâté chinois
Il te restera une année lunaire
Pour te découvrir d'autres talents culinaires!
«Tu es mon vrai Papageno», de Romain Rousseau
Ce soir, je vais à l'opéra.
Ce sera La flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart.
Le Grand Théâtre est fébrile.
Dans le restaurant à côté, j'entre pour préparer cette soirée en dégustant un repas : une sorte de prélude avant d'entrer en musique.
D'autres convives, comme moi, des fous d'opéra et de faire bombance.
L'acte central du repas est une portée de couleurs au milieu desquelles se faufile une langue onctueuse de sauce au vin affectueuse presque érotique donnant à cet oiseau une explosion d'arômes subtils.
Est-ce l'oeil, est-ce les saveurs anticipées, est-ce le vin d'Alsace?
Est-ce le mouvement des lèvres et de la bouche qui provoque pareille extase?
Je me suis tourné vers ma blonde.
Je lui dis juste avant le lever du rideau :«Boire et manger est un si grand plaisir.»
Au deuxième acte, après avoir bu du vin, s'accompagnant de son glockenspiel, Papageno chante :
«Une femme, une petite femme,voilà le voeu de Papageno! Une douce petite colombe serait pour moi la félicité!
Alors, boire et manger seraient un plaisir, alors je pourrais me mesurer aux princes et jouir de la vie comme un sage.
Alors, je serais au paradis!»
Ma blonde me dit à l'oreille : «Tu es mon vrai Papageno.»
Le poème de Danielle Brossard
Nul besoin
D'aller bien loin
Si ce n'est à la cuisine
Le nez collé au pot de grès
Qui par son fumet
Mieux que quiconque me taquine
Pendant des heures et des heures
Au plus grand bonheur
De mes béantes narines
Et de mes gourmandes babines :
Que de bien bonnes voisines
Que ces deux coquines.
Mais, dites-moi donc ce qui mijote
Dans cette fameuse cocotte
Qui me fait tant languir
Avec autant de plaisir
Si ce ne sont pas mes honorables beans
Qui trônent sur ma table en héroïnes
Infailliblement chaque hiver
Avec le même accueil triomphal
Pour ce modeste festin qui demeure un vrai régal.