Parc de la Chute-Montmorency: vertiges et fil de fer

Impossible de résister à l'effet. En approchant du torrent qui bascule du haut de la chute Montmorency, le vrombissement et l'espace qui s'ouvre à l'approche de la passerelle suspendue sont saisissants. Imaginez maintenant défier le vide sur la paroi escarpée qui longe l'un des côtés du célèbre cours d'eau de Québec, avec en prime la chance de vous approcher de la cascade de 83 mètres comme jamais auparavant.
C'est exactement ce que vous permettront de faire les nouveaux parcours de via ferrata qui ouvriront lundi prochain au parc de la Chute-Montmorency. Deux randonnées aériennes où en compagnie d'un guide il sera possible d'explorer l'univers vertical à proximité de la chute, attaché en permanence à un câble d'acier fixé dans le roc.
Alors que les ouvriers spécialisés de la firme Prisme étaient encore à l'oeuvre la semaine dernière pour terminer les importants travaux d'installation et d'aménagement des via ferrata, j'ai eu l'opportunité d'aller défier la gravité en avant-première sur l'Explorateur, un tracé de 200 mètres de long destiné à l'initiation.
Du coup, je me suis retrouvé à être le premier «touriste» à tester le parcours ferré. Jusqu'alors, seulement les membres de l'équipe d'ouvriers de Prisme avaient emprunté le tracé, qui sillonne le roc de la faille Boischatel.
L'autre parcours - le Torrent de Montmorency, long au total de 260 mètres et de niveau intermédiaire - n'était pas encore entièrement équipé, et donc inaccessible. «L'attrait, c'est le wow de la chute», m'a cependant décrit celui qui me guidait, Yannick Berger-Sabattel, directeur technique et grand patron de la branche québécoise de Prisme. «Même sur la passerelle, tu ne peux en être plus près!»
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Tandis que la pluie s'abattait sur nous, Berger-Sabattel a donné rapidement les simples consignes avant notre départ en paroi. Un casque, un harnais et une longe double avec mousquetons verrouillables, pour se sécuriser au câble d'acier qui suit le tracé sur la paroi, est tout ce qu'il faut comme matériel technique.
Ainsi, en conservant toujours au moins un mousqueton attaché au câble continu ou encore aux barreaux installés dans la falaise lors du passage des points d'ancrage, il est possible de progresser librement en toute sécurité, sans autre forme d'assurage.
Et c'est là la beauté de la chose. Du moment que le vertige n'est pas un problème majeur et que monter dans une échelle ne vous cause pas d'ennui, la via ferrata est à votre portée. À la frontière de l'escalade et de la randonnée, l'activité ne nécessite aucune compétence particulière.
Chez certains, la via ferrata servirait de porte d'entrée qui mène à l'escalade. D'autres se consacrent exclusivement à la discipline et deviennent des «ferratistes», activité prisée notamment en Europe.
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Sur la via ferrata du parc de la Chute-Montmorency, j'ai découvert le travail ultraspécialisé de Yannick Berger-Sabattel et de son équipe, mais aussi le «bureau» en nature de ce petit groupe de mordus. «Notre passion, c'est le plein air, et ce qu'on veut, c'est que les gens puissent en profiter de différentes manières.»
Entreprise fondée en France il y a 20 ans cette année par le père de Berger-Sabattel, Prisme se spécialise en travaux techniques dans l'univers vertical. Installée au Québec depuis 2006, la compagnie a réalisé un bon nombre de la dizaine de parcours ferrés de la province.
La jeune trentaine, fils de guide de montagne et ancien grimpeur compétitif, le Grenoblois aujourd'hui basé dans la région de Montréal s'est entouré de travailleurs qui n'ont pas froid aux yeux, en provenance de la France, du Québec et d'ailleurs au pays. Un groupe qui parcourt le monde pour bâtir des via ferrata.
Une activité en fort développement en Asie notamment, raconte Berger-Sabattel. Après la Malaysie où Prisme a installé au mont Kinabalu, sur l'île de Bornéo, la plus haute via ferrata - un record Guinness à 3776 mètres d'altitude -, c'est la Chine qui est actuellement dans le carnet de commandes. À ce jour, le directeur estime qu'une bonne centaine de parcours ont été installés un peu partout sur la planète par Prisme.
Du lot, outre la via ferrata du parc de la Chute-Montmorency, une autre oeuvre de l'entreprise vous attend dès le 15 juin dans Charlevoix, au parc national des Grands-Jardins. Cette fois, deux parcours de 350 et 650 mètres serviront de chemin d'accès à un côté du populaire parc que vous ne connaissiez pas.
Envie de vivre ce grand vertige? Il est actuellement possible de réserver les départs pour l'une ou l'autre des nouvelles via ferrata sur la page Web des deux parcs concernés, à www.sepaq.com.
Un circuit des via ferrata québécoises
Certainement un signe de la popularité grandissante pour la pratique de la via ferrata, un circuit qui rassemble 10 partenaires touristiques a été élaboré pour cet été. Sous l'appellation de Route des via ferrata du Québec, le regroupement veut mettre de l'avant la pratique de la discipline et faire découvrir une nouvelle facette de quelques-uns des plus beaux paysages du Québec. Mine de rien, le réseau de via ferrata s'est mis en place discrètement dans la dernière décennie à travers la province. La Route des via ferrata présente ainsi des destinations dans les régions de Charlevoix (parc national des Grands-Jardins, Palissades), Lanaudière (Arbraska Rawdon), Laurentides (parc national du Mont-Tremblant), Mauricie (parc de la rivière Bastican), Outaouais (parc des Chutes Coulonge), Québec (parc national de la Chute-Montmorency et Canyon Sainte-Anne) et du Saguenay-Lac-Saint-Jean (Parc aventures Cap Jaseux et, l'été prochain, parc national du Saguenay). Bientôt en ligne, le viaferrataquebec.com servira de porte d'entrée unique sur cet univers vertical excitant.