Le drame à eu lieu au CHSLD Saint-Charles, qui porte aujourd'hui le nom de Centre d'hébergement Limoilou.

Paraplégique ébouillanté dans un CHSLD: des explications difficiles à avaler

Trois ans après la mort de son frère Réjean, Normand Simoneau se demande toujours comment Marc Laquerre, un homme au passé criminel imposant, a pu se retrouver à s'occuper de son frère, au CHSLD Saint-Charles, en mars 2008.
Le suspect de 56 ans doit faire face à une accusation d'homicide involontaire pour ne pas avoir vérifié la température de l'eau du bain avant de laver Réjean Simoneau. Ébouillanté au bas du corps le 6 mars, M. Simoneau est décédé à l'hôpital de l'Enfant-Jésus à l'âge de 38 ans, trois semaines plus tard.
Réjean Simoneau vivait depuis cinq ans dans ce centre d'hébergement en raison de son état de santé. Il y a une vingtaine d'années, il avait subi un arrêt cardiovasculaire. Depuis, il n'avait pratiquement plus de motricité.
L'enquête de la police de Québec aura duré environ trois ans, en raison des nombreux témoins et experts qui ont été interrogés. Les policiers ont aussi fait préparer plusieurs analyses et expertises pour étoffer leur preuve.
Lourd passé criminel
Normand Simoneau est satisfait que la longue enquête policière ait porté fruit. Par contre, il n'accepte tout simplement pas les explications fournies par l'agence privée Humatech, qui affirme qu'elle avait vérifié les antécédents judiciaires de Laquerre avant de l'engager. Au cours des 20 dernières années, le suspect a dû faire face à plus d'une vingtaine d'accusations, dont certaines pour des voies de fait, des vols, des bris de probation et d'engagement. Laquerre occupait un emploi de préposé aux bénéficiaires pour l'entreprise Humatech, qui offre toujours ses services de placement de personnel dans différents établissements de santé de la région de Québec.
«Les vérifications qu'on a faites ne nous permettaient pas de croire qu'il y avait des dangers pour l'intégrité physique des patients», a indiqué Jean-Philippe Trudel, le porte-parole d'Humatech, vendredi.
«Tu ne places pas un gars qui a été reconnu coupable de voies de fait et de vol avec des personnes âgées et à mobilité réduite», a lancé M. Simoneau, lors d'une entrevue téléphonique. «Ce sont des personnes vulnérables. Personnellement, je ne crois pas qu'ils ont vérifié ses antécédents avant qu'il ne soit embauché. Parce que, s'ils avaient regardé ses antécédents, il n'aurait pas été engagé.»
Après le décès de son frère, les responsables du CHSLD Saint-Charles ont invité Normand Simoneau à se rendre dans cet établissement, afin de comprendre ce qui s'était passé.
«Il y avait des directives spéciales pour donner le bain à mon frère, raconte M. Simoneau. Il fallait être deux personnes pour lui donner son bain, mais le gars a décidé de faire ça tout seul. Quand mon frère a hurlé, après avoir été brûlé par l'eau, deux infirmières sont arrivées dans la salle de bain, et il y avait de la buée partout. C'était comme dans un sauna. L'eau était chaude pas mal.»
M. Simoneau affirme ne jamais avoir étudié la possibilité de poursuivre au civil l'agence privée Humatech ou le CHSLD Saint-Charles, qui porte aujourd'hui le nom de Centre d'hébergement Limoilou.
«Je ne voulais pas faire de l'argent sur le dos de mon frère, explique M. Simoneau. Et avec toute la médiatisation de l'événement des derniers jours, je pense que ça vaut ben plus qu'une poursuite.»