Mission accomplie! Quarante-six jours et plus de 1400 km plus tard, Manu Simon, Jean Bériaux, Richard Mardens et Martine Turcotte touchent terre à Gaspé après avoir pagayé le Saint-Laurent à partir de sa source, à Kingston en Ontario.

Pagayer pour sauver le fleuve

Ils ont voulu inspirer le plus de gens possible, le temps de faire en kayak de mer le Saint-Laurent, de Kingston à Gaspé. Plus de 1400 km en 46 jours contre vents et marées pour sensibiliser la population à l'importance de protéger le fleuve. Un voyage d'une vie pour des pagayeurs expérimentés... ce que n'étaient même pas au départ les trois gars de l'expédition Un coup de pagaie pour le Saint-Laurent.
«On doit bien être les trois meilleurs [kayakistes] Belges», rigole maintenant Richard Mardens, l'instigateur de l'aventure, en faisant référence à la faible popularité de l'activité au pays de Jacques Brel. «On avait tous au moins fait, à un moment ou à un autre, une sortie guidée...» raconte le biologiste de 29 ans, qui a malgré tout su convaincre ses vieux amis, Jean Bériaux, un géographe de 31 ans, et Manu Simon, un infirmier de 36 ans, de traverser l'Atlantique pour le suivre dans son voyage sur le Saint-Laurent.
Certes, une expérience limitée comme pagayeurs au départ, mais des expertises en plein air variées et un goût de l'aventure sans borne qui ont visiblement compensé. Sans compter l'apport essentiel du quatrième membre de l'expédition, Martine Turcotte, une Lavalloise de 27 ans qui travaille comme guide en kayak dans le coin des Bergeronnes. «Sans Martine, c'est sûr qu'il aurait fallu se préparer davantage», résume Manu, reconnaissant.
Parti de la source du Saint-Laurent, en Ontario, le 12 juillet, le quatuor a rejoint l'embouchure du cours d'eau, à Gaspé, le 26 août dernier. En moyenne, 43 km par jour à admirer le fleuve et sa faune sous toutes ses coutures.
Le groupe voulait simplement faire la démonstration de la beauté du cours d'eau afin de toucher les gens et de les inciter à en prendre soin. «Je ne voulais pas transposer des Belges qui débarquent pour faire la morale», explique Richard, qui a étudié à l'Université Laval.
Le déclin des bélugas
Inspiré à la fin de l'été dernier à passer à l'action, celui qui a travaillé comme plongeur scientifique et guide naturaliste pour Explos-Nature et Parcs Canada sur la Côte-Nord s'inquiétait alors d'un nouveau déclin des bélugas. Une situation qui ne faisait pas assez de bruit à son avis.
L'idée de donner Un coup de pagaie pour le Saint-Laurent était née. L'expédition allait servir de fenêtre sur le fleuve, tandis que le quatuor allait notamment documenter les échanges avec des intervenants qui voient à la protection du cours d'eau.
Un côté «formel» du voyage qui a servi à constater l'état du Saint-Laurent, à mieux en comprendre les enjeux. Des entrevues ont d'ailleurs été tournées et seront partagées avec le public au moment de leur faire revivre l'aventure dans les mois à venir, en conférences ou directement sur le Web.
Mais plus encore, ce qui a animé le quatuor sont les nombreuses rencontres sur les deux rives, au hasard des détours. «Ce sont les plus riches», s'enthousiasme encore Manu. Durant 46 jours, des cafés partagés, des conversations amorcées, des débats lancés... Autant de moments où les pagayeurs étaient en contact direct avec ceux qui font battre le coeur du Saint-Laurent; les riverains et les utilisateurs. 
Mais est-ce que pagayer peut vraiment aider à faire avancer autre chose qu'un kayak? Pas de doute pour le groupe de sportifs, leur mission est réussie. «On ne va pas changer le monde entier», tempère cependant Richard Mardens. Mais pour lui, le simple fait de parler du Saint-Laurent est un pas dans la bonne direction. 
«Il y a déjà une différence», enchaîne Jean Bériaux. «Les gens nous rencontrent et nous disent : "C'est cool ce que vous avez fait!"» Un intérêt significatif, juge-t-il.
«Juste de parcourir le fleuve en kayak, on montre que ça se fait», résume à son tour Manu Simon. Car déjà, le quatuor a inspiré d'autres pagayeurs à prendre le large. Des ambassadeurs qui prendront le relais...
Et pour Richard Mardens et sa bande, c'est là une belle victoire.
Vol dans la nuit
Fin juillet. Le quatuor de l'expédition Un coup de pagaie pour le Saint-Laurent campe à proximité de la résidence d'une gentille dame à Saint-Siméon, dans Charlevoix. Une nuit calme sous la tente comme bien d'autres depuis le départ à la mi-juillet. Un bruit suspect réveille Richard Mardens. Une fois à l'extérieur, il constate que du matériel a été dérobé. Pagaies, vestes de flottaison, vêtements techniques, matériel électronique... Pas mal de choses. Préparés à bien des éventualités durant leur voyage de 1400 km sur le Saint-Laurent, les aventuriers n'avaient pas prévu se faire voler. «C'était juste un con!» décrit Richard Mardens au sujet du suspect qu'ils ont confronté avant qu'il ne s'enfuie en voiture avec 7000 $ d'équipements. Assez pour mettre en péril l'expédition. Heureusement, le groupe a pu repartir rapidement grâce à la généreuse collaboration du public et des commanditaires qui se sont mobilisés pour remplacer l'essentiel de ce qui manquait. Au moment de notre entretien, un homme de Québec avait été arrêté et une partie du matériel avait été retrouvé par la SQ.