Oubliez l'huile de foie de morue!

Lorsque j'étais petit et que j'apparaissais un peu blême aux yeux de ma mère ou encore en manque d'énergie, elle me disait : «tu n'as pas bonne mine». Elle sortait alors la bouteille d'huile de foie de morue. Ce qu'il me restait à faire, c'était alors d'ouvrir la bouche, de fermer les yeux et de penser que c'était seulement un mauvais moment à passer. La grimace de dégoût, les plaintes, les jérémiades n'y faisaient rien. Une grande cuillérée d'huile miraculeuse vous arrivait dans la bouche, il ne restait qu'à l'avaler rapidement. Mon Dieu que c'était mauvais!
<p>André Nicole, ici avec sa femme Lise, a été un des premiers à s'intéresser à l'argousier. il cherchait une culture de plantes rares, avec le bon terroir.</p>
<p>Millefeuille d'argousier, compote de tomates et de pommes</p>
Dans le registre du «bon pour la santé», je pourrais ici vous entretenir longuement sur les bienfaits de l'argousier, la vitamine C entre autres. Mais voilà, la première question que je me pose et qui m'intéresse lorsqu'un nouveau produit se présente à moi, c'est plutôt : est-ce que c'est bon et, si oui, qu'est-ce que je peux faire avec? Néanmoins, je dois bien confesser que dans la longue liste de ses vertus, une chose m'a frappé : l'argousier, substitut de l'huile de foie de morue!
Ah! si ma mère avait eu de l'argousier, mes remises en forme de gamin auraient été vraiment moins pénibles au goût!
La première fois que l'on m'a parlé d'argousier, il y a environ une dizaine d'années, j'ai répondu : «L'argou... quoi? Ça mange quoi en hiver?»
Je ne connaissais pas ce fruit. Je le croyais de chez nous, alors que c'est une plante originaire d'Europe et d'Asie. Et à lire le nom des différentes variétés, je dirais même que certaines d'entre elles doivent venir de Russie.
C'est ce que me confirment Lise et André Nicole de la ferme du même nom. «Effectivement, il pousse en Sibérie, en Finlande, mais maintenant l'argousier est cultivé aux quatre coins de la planète. La légende veut que ce soit les immigrants des pays de l'Est, entre autres de Pologne, qui auraient apporté les premières semences au Canada. Mais sa région d'origine se situe dans les hauts plateaux du Tibet.
C'est une petite baie oblongue, jaune orangé, avec un petit pépin à l'intérieur, qui pousse sur des arbustes de deux à quatre mètres. Ceux-ci sont dioïques, c'est-à-dire qu'il y a des plants mâles et des plants femelles. Seuls les plants femelles produisent des fruits. Ils peuvent supporter des températures de - 43 à 40 °C. «Ils se portent donc bien chez nous», m'explique André.
André Nicole a été un des premiers à s'intéresser à l'argousier. Depuis 1998, il cherchait une culture de plantes rares, avec le bon terroir. C'était comme une «après carrière». Aujourd'hui, avec ses 76 ans, c'est plutôt devenu une occupation à temps plein.
«Maintenant, tous les arbres viennent de Sibérie. Nous avons des congrès, des rencontres, nous communiquons, ce qui nous permet d'obtenir différentes variétés et des informations sur cette culture. Au début, on m'avait conseillé d'en planter une centaine. Je n'ai pas écouté et j'en ai planté 6000», me raconte-t-il.
Assisté par un ingénieur du Centre de recherche de foresterie du Canada, il a testé beaucoup d'espèces, sur les 280 existantes. Il a décidé de se concentrer sur quatre d'entre elles et de se diriger vers des variétés plus sucrées.
Le ramassage des fruits est assez particulier. Lorsque ce dernier est bien mûr, on coupe la branche au complet et on la congèle. Puis, à l'aide d'une machine, on récupère les fruits sans les abîmer. Le fruit est en effet fragile. Il doit être mangé aussitôt, sinon, trois à quatre jours plus tard, il se désagrège, d'où la pertinence de la congélation.
Mais que faire dans la cuisine avec cette baie? Son goût acide, au bord de l'amertume, m'a beaucoup plu et m'a amené tout d'abord sur un magret de canard avec un filet de miel ou de sirop d'érable dans la sauce. Depuis, je l'ai essayée avec des viandes blanches : poulet, lapin, porc, mais toujours avec un léger support sucré. Dans des vinaigrettes, des chutneys, des marinades, des compotes ou des confitures, c'est très bon. Bien sûr, dans les desserts, il trouve sa place, remplaçant les agrumes.
Quand j'ai quitté la ferme Nicole, André m'a demandé : «Faites un dessert avec mon argousier et n'oubliez pas d'en prendre une poignée avant d'aller courir.»
Eh bien, j'ai suivi ton conseil André, j'en ai pris une poignée avant chaque jogging et pour la vidéo, je l'ai marié avec de la tomate et j'en ai fait un millefeuille.
Vous pouvez trouver l'argousier sur la rue Saint-Jean à Québec à la Carotte Joyeuse, chez Érico ou au Marché du Vieux-Port.
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Ferme Nicole
Lise et André Nicole
9105, avenue Royale, Sainte-Anne-de-Beaupré, Québec Tél. : 418 827-1659